Doc humanité: Québec my country, mon pays | 7 Jours
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Doc humanité: Québec my country, mon pays

Samedi 27 juin à 22 h 30, Radio-Canada

John Walker au belvédère du mont Royal.
Photo : © Production

John Walker au belvédère du mont Royal.

En tant que Québécois anglophone, John Walker s’est toujours demandé pourquoi ses parents ont fui sa province bien-aimée dans les années 1980. Pour répondre à sa question, il a réalisé un documentaire intimiste et touchant, qui tente de construire un pont entre deux communautés secouées par l’Histoire. 

L’histoire du Québec est un sujet délicat pour les francophones comme pour les anglophones, qui n’ont pas toujours vécu les événements de la même façon. Opposés par des siècles de méfiance, ces deux communautés continuent de se déchirer sur des questions d’identité nationale, sans savoir qu’elles partagent les mêmes sentiments d’isolement et de menace culturelle.

Afin de comprendre ces sentiments qui ont poussé ses parents à se déraciner, à l’image des 300 000 à 600 000 anglophones qui ont quitté le Québec entre 1960 et 1995, le réalisateur et scénariste John Walker mène l’enquête. Dans le documentaire Québec My Country, mon pays, il interroge ses parents, ses amis cinéastes et ses amis d’enfance, et nous offre une quête de sens à la fois personnelle et sociale qui redéfinit notre vision des deux solitudes québécoises. 

Avec l’auteur et cinéaste Jacques Godbout.

Photo : Katerine Giguère

Avec l’auteur et cinéaste Jacques Godbout.

Coupable par défaut

Pour l’occasion, John Walker emprunte la langue de Molière afin d’évoquer son enfance passée à Mont-Royal, ainsi que la patinoire de hockey où il a ressenti la rivalité des langues pour la première fois. À l’époque, il ignore que la religion catholique refuse toute ambition économique aux francophones, ce qui le classe, lui, parmi les privilégiés de la province. Il a 11 ans lorsqu’il doit faire face à cette réalité, le 17 mai 1963, quand une bombe du Front de libération du Québec (FLQ) explose près d’une école où sa grand-mère enseigne. 

Sur le plateau avec l’archéologue Yolande Simard Perrault, l’épouse du cinéaste Pierre Perrault.

Photo : Joanne Walker

Sur le plateau avec l’archéologue Yolande Simard Perrault, l’épouse du cinéaste Pierre Perrault.

Malgré leurs craintes, les parents de John continuent d’appuyer la Révolution tranquille et ses promesses d’un Québec moderne. Afin de contrer l’arrogance dommageable de personnalités telles que Donald Gordon et Pierre Elliott Trudeau, ils se rallient même au nouveau parti politique de René Lévesque, qui dénonce la violence du FLQ en 1970. Walker suit leurs traces dès qu’il peut voter, car son séjour à Toronto lui permet de réaliser qu’il doit protéger ses racines québécoises.

Oublier ses alliés

Malheureusement, l’instauration de la Charte de la langue française («loi 101») et la montée du mouvement nationaliste a de quoi effrayer les anglophones, qui se sentent directement attaqués par un discours politique devenu ethnique. Ils sont de plus en plus nombreux à quitter le Québec afin de protéger leur langue et leur citoyenneté, accélérant un exode déjà bien entamé. Victime de ce déracinement qui a déchiré sa famille, John Walker est donc peiné lorsque Denys Arcand lui explique, dans la langue de Shakespeare, que les nationalistes étaient plutôt contents de les voir partir.

Le réalisateur et Denys Arcand.

Photo : Katerine Giguère

Le réalisateur et Denys Arcand.

Il est encore plus choqué de découvrir que l’indifférence règne toujours en maître au Québec, que les anglophones doivent souvent quitter pour trouver du travail. Affectés par des taux de chômage et de pauvreté plus élevés, ces citoyens ont également du mal à trouver leur place dans les grandes entreprises d’ici, même s’ils sont bilingues et parfaitement compétents. Tandis que John Walker revient à Montréal avec sa mère, qui visite la tombe de son mari pour la première fois, il n’a aucun mal à comprendre pourquoi elle a choisi de s’en aller. Par contre, il ne cessera jamais de défendre sa québécité, ses racines multiethniques et la langue de ses ancêtres, tout comme le font les Québécois francophones. 

Avec sa mère, Diana, et sa sœur au cimetière.

Photo : © Production

Avec sa mère, Diana, et sa sœur au cimetière.

Les faits en chiffres

• En 1850, le Québec était anglophone à 40 %. Aujourd’hui, les anglophones unilingues composent moins de 10 % de la population.

• La majorité des anglophones du Québec habitent Montréal, formant 12 % de sa population.

• Lors de la signature de la Constitution du Canada, en 1867, le tiers des Canadiens parlaient français. Aujourd’hui, ils sont moins de 10 % à le faire.

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