Marie-Thérèse Fortin parle de son lien privilégié avec sa mère de 102 ans | 7 Jours
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Marie-Thérèse Fortin parle de son lien privilégié avec sa mère de 102 ans

Image principale de l'article Marie-Thérèse Fortin: son lien avec sa mère
Photo : Dominic Gouin

La récente actualité nous a fait prendre conscience de la vulnérabilité et de l’isolement de plusieurs de nos aînés. Désireuse de contribuer à notre société, Marie-Thérèse Fortin est porte-parole de l’organisme Les Petits Frères depuis quelques années. Elle souhaite sensibiliser le grand public à la réalité des personnes âgées. Pour sa part, l’actrice a le privilège d’avoir encore sa mère qui, à 102 ans, est toujours bien entourée de l’amour de son clan...

Marie-Thérèse, comment en êtes-vous venue à vous engager pour la cause des Petits Frères?
C’est Paul Hébert qui m’avait demandé de prendre la relève il y a trois ou quatre ans, et comme je ne pouvais rien refuser à Paul, j’ai accepté. Béatrice Picard est la marraine de la région de Montréal depuis 10 ans. Moi, je prête main-forte lors des campagnes de financement et je représente Québec et le Bas-du-Fleuve. Nous sommes justement en campagne de financement. Les gens peuvent aussi s’inscrire pour faire du bénévolat. On peut donc donner de l’argent et du temps.

Qu’est-ce qui vous a sensibilisée à cette cause en particulier?
Les chiffres. Quand j’ai su qu’au Québec, une personne âgée sur cinq n’avait aucun proche sur qui compter, ça m’a touchée. La société québécoise, comme plusieurs sociétés occidentales, aura un grand bassin de gens âgés d’ici quelques années. Nos défis seront énormes. En m’engageant dans cette cause, j’avais le sentiment de pouvoir être utile. La qualité de vie de nos aînés est importante. Ma mère vit toujours, et elle a 102 ans.

Est-elle relativement en forme pour son âge?
Malheureusement, elle est rendue aveugle. Elle ne voit plus depuis trois ans et elle trouve ça dur. Avant, elle fonctionnait très bien. Ça me montre à quel point les conditions de vie de ceux qui perdent leur autonomie ou certaines de leurs facultés sont importantes. Comment accompagnons-nous nos aînés? Ma mère a eu plusieurs enfants et elle a plein de petits-enfants. Elle est bien entourée. D’autres n’ont pas cette chance. Elle est dans un CHSLD qui est vraiment très bien. C’est tout petit, presque familial. Elle se sent bien et en sécurité à cet endroit. Elle me dit toujours la même chose: qu’elle dort et qu’elle mange bien, qu’on est gentil. Je suis la plus éloignée de ses enfants, alors nous nous parlons au téléphone, mais mes frères et sœurs sont très présents pour elle. Je suis contente de la voir vieillir dans ces conditions.

Cent deux ans, c’est vraiment impressionnant!
C’est vrai, même nous, nous n’en revenons pas! (rires) Elle a travaillé fort, elle a élevé 10 enfants, mais elle est toujours là et elle a toute sa tête. Il y a des centres qui font du bon travail. Il faut le dire. Le coronavirus et le confinement m’amènent à me questionner sur tous ceux qui sont seuls. Dès les débuts de la pandémie, Les Petits Frères ont demandé à des bénévoles d’appeler deux fois par semaine des gens qui vivent de la solitude. Ce que j’aime de cet organisme, c’est qu’il n’offre pas que des services, mais du relationnel. Il offre une famille. Certains bénévoles ont développé des liens exceptionnels avec ces gens.

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Avez-vous ce type de lien avec des personnes âgées?
Je fais des lectures à distance pour elles dans le cadre du projet Au creux de l’oreille. Presque chaque soir, j’appelle une ou deux personnes et je leur lis un extrait de roman. Je leur propose différents titres. Je lis 15 à 20 minutes et nous échangeons avant et après. C’est très agréable, c’est un beau moment dans leur journée. 

Vous croyez aux vertus du bénévolat et à la nécessité de s’engager...
Plus que jamais. Les technologies ont du bon, mais elles nous poussent vers l’isolement. C’est important de contrer cela par une présence. Beaucoup de gens autour de moi font du bénévolat. Ma fille est infirmière. Je vois à quel point les besoins sont criants. L’État n’arrive plus à répondre aux besoins de tout le monde. Cette entraide m’apparaît fondamentale. 

Ces valeurs vous viennent-elles de vos parents?
Oui. Je viens d’une famille nombreuse et j’ai été élevée dans une ferme. Nous étions toujours très occupés. Ma mère et mon père ont toujours participé à la vie de la communauté. Ils étaient très généreux de leur temps et de leur talent. Plusieurs de mes sœurs sont enseignantes. Enseigner implique qu’on soit toujours en train d’aider quelqu’un... Toute ma vie, j’ai eu des exemples comme ceux-là. Ça m’apparaît naturel. Quand on m’a pressentie, ça allait donc de soi. 

Grandir au sein d’une famille nombreuse invite à la collaboration...
Oui, surtout dans une ferme. Il y avait des travaux à faire. Mon père distribuait les tâches. C’était notre vie et nous collaborions parce que c’était l’entreprise familiale. Mes neveux et nièces ont grandi dans cet esprit. Ils font perdurer cette entraide et cet esprit de partage. Ces valeurs se transmettent par l’exemple, sans trop insister. Quand ils voient vivre leurs parents, les enfants apprennent beaucoup. Mes deux enfants sont plutôt de gauche, soucieux d’une société plus juste, plus équitable et féministe.

Pour l'amour de nos aînés
Le 1er juin, l’organisme que Marie-Thérèse soutient annonçait sur Facebook: «Une autre belle initiative au profit des Petits Frères. Les 26 et 27 septembre aura lieu le Marathon Les Petits Frères, une course virtuelle de 1 km, 5 km, 10 km, demi-marathon ou marathon. Tous les profits seront remis à notre organisme. Merci de nous soutenir!» Pour tous les détails et pour vous inscrire, allez à marathonlespetitsfreres.com

Pour faire un don à la campagne Contrer l’isolement – Pour l’amour des aînés, visitez contrerlisolement.ca. Les Petits Frères ont mis en place une chaîne d’appels offerte gratuitement à travers le Québec pour les aînés de 75 ans et plus. On peut s’y inscrire en composant le 1 877 805-1955. 

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