Nadège St-Philippe témoigne de situations racistes qu’elle a vécues | 7 Jours
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Nadège St-Philippe témoigne de situations racistes qu’elle a vécues

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Photo : Bruno Petrozza

Le 25 mai, la mort atroce de George Floyd a profondément choqué le monde entier. Autour du globe, la grogne a gagné les foules, on s’est rapidement mobilisé contre le racisme, notamment les membres de la communauté noire, ébranlés par cette brutalité qu’on attribue au racisme systémique dans nos sociétés. La présentatrice météo de TVA Nadège St-Philippe témoigne de ce fléau dont elle se dit elle-même victime, ici, au Québec.

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Nadège, comment vis-tu le confinement depuis le mois de mars?
Je suis heureuse, car la santé est au rendez-vous. Je n’ai pas cessé de travailler et suis à la maison avec mon mari. Mes parents ne sont pas en résidence et je m’occupe d’eux du mieux que je peux. Tout se déroulait bien jusqu’aux événements du 25 mai.

Tu parles du meurtre haineux de George Floyd?
Oh oui, absolument! Quand j’ai vu ces images atroces surgir à la télévision. J’ai instantanément ressenti une grande peine. Je suis restée sans mot devant la télé. Puis, c’est venu me chercher de manière viscérale, j’ai ressenti une rage au cœur. 

Nadège, tu es d’origine haïtienne, tu es née de parents haïtiens et tu as grandi à Montréal-Nord. Puisque tu vis au Québec, est-ce que le racisme a fait partie de ta vie?
Oui, malheureusement. Le racisme existe même au Québec, et ce, depuis que je suis toute petite. Je compare souvent le racisme au fait de marcher constamment avec une roche dans son soulier. Tu t’imagines ce que ce serait de marcher chaque jour de ta vie avec une roche sous le pied? Il y a des jours où cette roche me blesse grandement, où elle ouvre une plaie. Le 25 mai, avec la mort de George Floyd, cette roche dans mon soulier a brutalement ouvert cette blessure.

Pourrais-tu nous donner des exemples de situations racistes auxquelles tu as été exposée au Québec?
Le racisme vient dans toutes sortes de situations, mais à la base, une personne de race noire risque d’avoir moins de chances de réussir dans la vie, qu’il s’agisse de l’éducation, du travail ou du revenu. Même une simple recherche de logement peut présenter un grand défi. Dans le monde du travail, pour un même emploi et à compétences égales, une personne noire peut gagner un salaire moindre en raison de la couleur de sa peau. Eh oui, cela existe même au Québec! Quand la personne noire est en plus une femme, c’est un combat de taille.

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Quand tu regardes ton parcours et que tu constates que tu fais de la télévision depuis plusieurs années, est-ce que ça t’étonne?
Oui, je trouve même ça incroyable, parfois. Il y a quelque chose que je trouve beau malgré tout: c’est d’arriver à avoir confiance en soi et d’avoir la force de ne jamais fermer les yeux. Le racisme a de longues racines dans l’histoire, mais être capable de rester debout et de saisir les opportunités, c’est l’héritage de ma communauté. Moi, Nadège St-Philippe, quand on m’a offert d’annoncer la météo à TVA deux jours par semaine, je savais que c’était ma chance et je l’ai saisie. Or, malgré tous les progrès, il y a un problème de racisme systémique au Québec, que ce soit au travail, dans les écoles ou même dans certains quartiers.

Le 4 juin, tu as partagé sur les réseaux sociaux un message révoltant qui a fait réagir bien des gens: «Il a osé me traiter de négresse. Juin 2020.» Un homme t'a écrit ça?
Oui, un homme noir. C’est inacceptable. Mes frères noirs n’ont pas besoin de ça, encore moins mes sœurs noires. Nous voulons guérir collectivement et non souffrir.

C’est incompréhensible...
Avec le mouvement #blackoutuesday, alors que plusieurs affichaient des images noires, j’ai osé afficher l’image d’une femme noire qui pleure et qui porte un masque pour se protéger contre la covid, sauf que son masque est fait de punaises; elle ne peut donc parler. C’est à la suite de cette publication que j’ai commencé à recevoir des messages haineux, dont celui de cet homme qui exigeait plus d’action de ma part. Dans son message, il a ajouté: «Tu nous fais honte, tu portes une perruque, tu es anorexique...», et j’en passe. J’ai reçu ça comme une immense gifle au visage. Le dénigrement des femmes, c’est assez! J’ai choisi de protéger mon afro et on me dénigre pour ça: mes cheveux, mes choix.

Quel est ton message aujourd’hui, Nadège?
Je veux juste être moi, je veux faire mon travail que j’adore à TVA, avec des collègues que j’aime, donner mes cours de fitness et faire du bien aux gens, vivre ma vie entourée de ceux que j’aime. Je choisis les causes pour lesquelles je milite. Et bien sûr, il faut que le racisme cesse.

Tu as déjà eu ton lot de grandes épreuves par le passé.
Exactement! J’ai déjà été très malade avec le cancer et la vie m’a donné une deuxième chance. Si je suis encore là, c’est grâce à des transfusions sanguines que j’ai reçues avant mes traitements. J’ignore si le sang provenait d’une personne noire, blanche, asiatique ou autre. J’aimerais simplement remercier cette personne, peu importe sa couleur. Il y a un très grand sentiment de fierté dans la communauté noire, surtout quand l’un de ses membres obtient du succès et réussit dans la vie. J’ai le privilège de travailler à la télévision, et je suis donc souvent sollicitée pour donner de la visibilité à des événements organisés par la communauté haïtienne. Quand je peux y aller, ça me fait plaisir. Oui, je suis Haïtienne, alors je connais bien la réalité des femmes noires qui vivent au Québec. Je sais que j’ai une responsabilité, mais je ne choisirai pas la violence pour défendre ma communauté que j’aime.

Et à travers tout ça, tu t’impliques beaucoup auprès des jeunes femmes, n’est-ce pas?
Oui, je m’implique beaucoup auprès d’elles, je les trouve belles et je les sens fortes. Ma cause elle est là et, à elles, je vais donner mon temps et mon énergie. Je suis fière de mes racines et je sais que le racisme systémique existe partout, car je marche avec cette roche dans mon soulier depuis que je suis toute petite. Mais peu importe les embûches, je vais continuer de tracer mon chemin, à ma façon. 

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