Doc humanité: Les dérives du web | Oeil pour oeil | 7 Jours
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Doc humanité: Les dérives du web | Oeil pour oeil

Samedi 23 mai à 22 h 30, Radio-Canada

Grégory Chelli, alias Ulcan.
Photo : Radio-Canada

Grégory Chelli, alias Ulcan.

Déterminé à s’opposer à l’antisémitisme qui se répand en France, le pirate informatique Ulcan ne recule devant rien pour punir les coupables. Toutefois, au fur et à mesure qu’il dévoile son parcours dans le documentaire Les dérives du Web, on comprend que la ligne est mince entre la justice et l’extrémisme. 

Lorsque le réalisateur Daniel Sivan nous présente Grégory Chelli, mieux connu sous le pseudonyme d’Ulcan, on remarque tout de suite que le trentenaire est cultivé, intelligent et charismatique. Il suffit donc de l’écouter pendant quelques minutes pour se rallier à sa cause: la défense des Juifs sur le Web, où sévissent des leaders national-socialistes tels que Dieudonné M’Bala M’Bala, Laurent Louis et Alain Soral. 

Or, le documentaire Les dérives du Web ne tarde pas à montrer que le combat du pirate informatique dépasse largement les limites du virtuel. Ainsi, avec ses techniques agressives dont la violence psychologique a de quoi bouleverser les âmes sensibles, Chelli endosse le rôle de criminel avec une désinvolture qui donne froid dans le dos. 

Photo : Radio-Canada

Allumer la mèche

Fasciné par la programmation informatique dès l’enfance, Grégory Chelli explique qu’il a longtemps été inquiété par le retour en force de l’antisémitisme avant de voir Dieudonné mettre le feu aux poudres. Lorsqu’il constate que des milliers de spectateurs se sont ralliés à l’humoriste, à la fin des années 2000, il ressent une telle envie de meurtre qu’il décide de réagir. Un indice l’amène bientôt à infiltrer une base de données de Dieudonné, dont il dénonce les milliers de supporteurs en publiant leur identité. 

Cette liste de noms permet à Ulcan de cibler des meneurs du national-socialisme français sur le Web, dont Alain Soral, à qui il tend un piège afin de prouver sa pédophilie. Sur sa chaîne YouTube, le justicier autoproclamé affirme alors qu’il cherche à «répondre aux mots par les mots»... mais il ne tarde pas à passer à la vitesse supérieure quand il constate la popularité du nouveau concept de Dieudonné. 

Alain Soral

Photo : Radio-Canada

Alain Soral

Des techniques discutables

En effet, les fans de Dieudonné — qui mélange fruits tropicaux et antisémitisme dans le clip de la chanson Shoah nanas —, sont de plus en plus nombreux à imiter le nouveau salut nazi de l’humoriste devant des monuments aux morts et des sites juifs historiques. En réponse à cette tendance, Chelli adopte une autre technique: il pirate des lignes téléphoniques et des sites Web pour transformer le quotidien de ses cibles en calvaire. 

Pour ce faire, il leur fait livrer des produits honteux, propage des rumeurs et des menaces inquiétantes, et contacte leurs proches pour leur faire croire à la mort de leurs enfants. Il réussit également à se faire passer pour ses victimes afin de convaincre les policiers qu’elles ont tué quelqu’un, provoquant l’intervention musclée des forces spéciales. L’«hacktiviste» revendique même une attaque physique organisée contre Dieudonné, avant de déraper lorsque la guerre de Gaza éclate, en 2014. En effet, au cours des semaines suivantes, il pirate plus de 500 sites Internet supposément propalestiniens afin de défendre Israël, où il émigre afin de rejoindre la terre-patrie des Juifs. 

Un criminel insaisissable

Cette salve heurte toutefois des gens et des institutions qui n’ont rien à se reprocher, dont le journaliste Benoît Le Corre, qui publie un article sur Ulcan dans le magazine Rue89. Grégory Chelli accuse Le Corre de diffamation et le menace de détruire sa vie s’il refuse de retirer son article. Les parents du journaliste sont aussitôt victimes de son harcèlement, qui provoque un stress si intense que le père de Benoît succombe bientôt à une crise cardiaque.

Benoît Le Corre

Photo : Radio-Canada

Benoît Le Corre

 Accusé de «violences volontaires avec préméditation ayant entraîné la mort», Chelli sait qu’il risque plus 30 ans de prison s’il retourne en France. Cependant, puisqu’Israël le protège de l’extradition, il peut continuer de laisser libre cours à sa mégalomanie, qui l’a convaincu que son combat vaut tous les sacrifices... surtout ceux des autres. 

La suite logique

En juin 2019, la justice parisienne a demandé à ce que Grégory Chelli, qui a pris le nom de Yehuda Ozenkia, soit jugé par la cour d’assises malgré son absence. Ce procès, dont l’approbation est attendue par le juge d’instruction, comprendrait plus de 50 chefs d’accusation.

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