Pierre Bruneau est inquiet pour sa fille qui travaille dans un CHSLD | 7 Jours
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Pierre Bruneau est inquiet pour sa fille qui travaille dans un CHSLD

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Julien Faugère

Les journées sont longues quand on livre en ondes quotidiennement les plus récentes informations au sujet de la COVID-19, mais comme toujours, Pierre Bruneau est à la hauteur. Six jours sur sept, il est à son poste. Il nous a fait part de ses impressions en ces temps difficiles.

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Pierre, vous avez toujours été en ondes à TVA lors d’événements majeurs, notamment lors du 11septembre 2001, et c’est encore le cas aujourd’hui. Comment vivez-vous cela?
Même si on veut garder un ton optimiste et qu’on est aussi là pour rassurer les gens, ce ne sont pas toujours de bonnes nouvelles qu’on rapporte. Mais ça fait partie du métier. Et ma foi, je suis agréablement surpris de la solidarité des Québécois, de leur discipline. Vraiment. J’agis comme le porte-voix des autorités, autant du gouvernement que de la santé publique, pour passer les messages, et je réalise l’importance de mon travail. Mais je ne sauve pas de vies; je ne suis pas médecin ni infirmier. Je reçois régulièrement des messages de gens qui ont perdu des êtres chers, d’autres qui trouvent ça dur en ce moment dans le milieu hospitalier... Je dois naviguer à travers ça et assurer cette présence que j’ai toujours privilégiée pour les téléspectateurs. 

On vous a souvent entendu témoigner votre admiration pour les gens œuvrant dans le domaine de la santé...
Oui, et c’est important de le faire. Je trouve qu’on ne leur témoigne pas assez notre reconnaissance. Ils font quantité d’heures! Ma fille est dans le milieu hospitalier; elle travaille dans une résidence pour personnes âgées. Elle fait des heures supplémentaires obligatoires, parce qu’il manque de monde. Certaines personnes ne veulent pas, pour diverses raisons, travailler dans des moments de crise comme celui-ci. Celles et ceux qui vont au front, je les trouve courageux et résilients. On a besoin d’eux, et il faut le leur dire et le leur répéter. 

Cela vous inquiète-t-il que votre fille travaille dans ce milieu?
Oui, ça m’inquiète, mais je sais qu’elle prend toutes les précautions nécessaires. Pour l’instant, ça va; elle travaille dans un CHSLD où il n’y a pas de cas connus de COVID-19 au moment où on se parle. Je lui dis tous les jours de se protéger, de faire attention à elle. C’est le même message que je passe aussi à tout le personnel du milieu de la santé que je vois et que j’entends tous les jours. J’aime être sur la ligne de front et être un peu, en même temps, le regard sur le Québec. Chaque fois qu’on entre en ondes dans des moments difficiles, on est le filtre entre les événements et les téléspectateurs. C’est mon rôle et je suis encore à l’aise là-dedans.

Depuis le début de cette pandémie, bien des gens travaillent fort pour tenir le public informé.
Oui. C’est la force de TVA depuis toujours: on est capables de témoigner, dans toutes les régions du Québec, de ce qui se vit. On offre une belle couverture internationale aussi. On présente un portrait réaliste de ce qui se passe ici et dans le monde. Il faut poser les bonnes questions, même si parfois elles ne sont pas agréables à entendre, comme quand on veut savoir si on a sous-estimé la propagation de la maladie dans les CHSLD et les résidences pour personnes âgées. Vaut mieux poser les questions tout de suite qu’après, de façon à provoquer la réflexion. D’ailleurs, je suis impressionné par le gouvernement, par les représentants de la santé publique en général; je trouve qu’ils sont à l’écoute des Québécois. Ils réussissent à rassurer les gens tout en les amenant à suivre des consignes qui ne sont pas faciles, mais les Québécois écoutent. J’ai hâte de commencer à annoncer plus de bonnes nouvelles, qu’on ouvre certains secteurs d’activité par exemple. 

Êtes-vous étonné de voir à quel point les gens, en général, respectent les consignes?
J’ai été très surpris de voir qu’on est parmi les États et les provinces les plus disciplinés en Amérique du Nord. C’est une belle nouvelle. Je me rends chaque jour de chez moi à TVA, et je constate qu’il n’y a personne ou presque sur la rue. Les gens restent chez eux, et c’est la meilleure chose à faire si on veut s’en sortir le plus rapidement possible et que les activités reprennent graduellement.

Vous qui aimez les sorties et les voyages, comment envisagez-vous la suite des choses?

C’est une pause prolongée. J’espère que les gens ne perdront pas les bonnes habitudes qu’ils avaient sur le plan des sorties culturelles ou sportives, entre autres. Ce sont souvent des gens plus âgés qui vont voir des concerts symphoniques ou des pièces de théâtre, et cette clientèle sera peut-être plus craintive de faire des sorties où il y a beaucoup de gens. Je crois que ce retour à la normale sera un peu plus long, mais je souhaite que ça reprenne vite pour les artistes et les artisans pour qu’ils puissent nous émerveiller à nouveau grâce à leur talent. 

Le terme est on ne peut plus juste: le Québec, comme le monde, est sur pause.
Oui, la Ville de Montréal a suspendu ses activités culturelles et sportives jusqu’au 2 juillet. La vie est paralysée. Même si on se dit que ce ne sera plus pareil et qu’on aura appris d’autres façons de vivre et d’être après tout ça, ce ne sera pas nécessairement facile non plus. Il va y avoir un apprentissage à faire. 

Comment vos journées de travail se déroulent-elles à TVA?
Je suis complètement isolé dans un petit bureau. Quand j’arrive sur le plateau, je suis seul avec l’équipe de caméramans, et nous sommes tous à une bonne distance les uns des autres. Les chroniqueurs sont soit à l’extérieur, soit dans un autre studio. On est vraiment très confinés, même si je travaille du dimanche au vendredi. 

Votre femme, Ginette, craint-elle que vous tombiez malade?
Oui. Elle a peur pour moi, vu que je sors pour le travail. Il y a toujours cette crainte que, par inadvertance, je touche à un objet contaminé. Cela dit, on fait tellement attention à tout, et on se lave les mains constamment. Les consignes, on les donne aux autres, mais on se les répète, et on les met en pratique. 

Qu’en est-il de vos enfants et de vos petits-enfants?
Ils sont tous confinés, ils font leurs choses et ils acceptent la situation. Ils font contre mauvaise fortune bon cœur, puisque c’est une étape qu’on doit tous traverser. Je dois dire que je m’ennuie d’eux! Pâques a toujours été une grosse fête pour nous, mais cette année on s’est contentés de se faire un tchin-tchin par FaceTime. Au moins, on garde ce contact, qui est important. 

Ce qui nous semblait presque banal — par exemple souper dans un restaurant bondé — est devenu irréalisable pour un moment...
Malheureusement, pour de nombreux restaurateurs, ce sont des temps très difficiles. On a trouvé d’autres façons de s’alimenter, on mange à la maison, on cuisine plus ou différemment. Ça va changer nos habitudes par rapport à ça aussi; tout ce monde-là va changer. La vie qu’on aura après tout ça, on ne l’avait pas imaginée avant. Notre société, l’économie, le commerce, tout ça va se transformer. Il faut être réaliste, je pense que les relations... les peuples vont se refermer davantage. On parle de plus en plus d’autosuffisance. Je crois que l’hyper mondialisation va devenir l’hyper consommation locale. Et pour y arriver, ça prendra de la solidarité. Ça aura des conséquences aussi, qu’on n’a pas toutes mesurées encore. On verra ça au fur et à mesure. 

Vous croyez qu’en étant éloignés les uns des autres les gens vont finir par se rapprocher?
Je parle à mes enfants et à leurs enfants, et ils sont maintenant tous disponibles pour manger à la même heure, alors que chacun a habituellement une activité, un cours... Là, ils prennent le temps de s’asseoir, de manger ensemble, de placoter. Ça a du bon. Par contre, je sais qu’il y a beaucoup d’appels de détresse, et les plus vulnérables, malheureusement, sont encore plus vulnérables en raison de la situation. Il faut penser à eux. Je dis souvent que l’aide sociale, peu importe de quelle organisation on parle, c’est la bouée. Mais quand la bouée ne se rend plus à toi... Une chance qu’il y a de beaux gestes qui sont posés un peu partout; j’espère que ça va marcher et que ça va durer. 

On voit effectivement des gestes de solidarité. Dans une moindre mesure, il y a aussi des gens pas trop brillants...
Je ne m’arrête pas trop à ça, mais on en parle quand même, parce que ça en amène d’autres à prendre conscience qu’on peut parfois être «ben ordinaires». Je me dis qu’on peut apprendre de ça et, surtout, que l’ensemble des gens sont plus intelligents que ça et qu’ils vont plutôt profiter de ces moments-là pour se ressourcer un peu. 

Durant votre jour de congé, le samedi, arrivez-vous à vous changer les idées?
Il le faut, il le faut! Je passe mes journées à baigner là-dedans, à écouter les réseaux américains, à surveiller tout ce qui se passe dans le monde, alors une fois à la maison, le seul bilan que je veux faire est celui de ma santé mentale! Ne serait-ce que pour être capable de reprendre le lendemain. Alors le samedi, j’en profite pour tout fermer et décompresser.

Écoutez le chef d’antenne aux TVA Nouvelles 12 h, TVA Nouvelles 17 h et TVA Nouvelles 18 h. 

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