Bruno Pelletier revient sur le décès récent de son ami et agent | 7 Jours
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Bruno Pelletier revient sur le décès récent de son ami et agent

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Laurence Labat

À l’ère du confinement et de la COVID-19, Bruno Pelletier tente de demeurer optimiste malgré les circonstances. Celui qui a dû mettre en veilleuse la promotion de son album Sous influences, en plus de reporter plusieurs spectacles, a été durement éprouvé par le destin dernièrement quand son agent et grand ami, Paul Lévesque, a succombé à une maladie fulgurante. Le chanteur nous donne de ses nouvelles.

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Bruno, comment vas-tu en cette période inquiétante?
Ça va, mais j’avoue que je trouve ça difficile de faire des entrevues pour parler de mes projets. Avant que commence cette crise, je me demandais comment j’allais pouvoir préparer mon déménagement prévu pour le 1er juin tout en montant mon nouveau show et en assurant sa promotion. Mais puisque tout le monde est maintenant en arrêt, j’ai le temps de faire des boîtes! Je profite de la situation pour lire, ce que je ne faisais presque plus, sauf en voyage, et pour appeler des gens que j’aime et que je ne vois pas souvent. On peut quand même dire que ce rapprochement à travers l’éloignement est positif! Et bien sûr, je m’entraîne et je vais marcher avec mon chien, qui est épuisé d’aller à l’extérieur aussi souvent! J’en profite aussi pour écrire. J’ai un paquet de chansons dans mes tiroirs et j’ai du temps pour regarder ça et travailler là-dessus pendant qu’on attend. 

Toi qui es un adepte du vélo, comptes-tu en faire prochainement?
Oui, si ce n’est pas interdit comme dans d’autres pays. Pour l’instant, on peut encore sortir et marcher, pourvu qu’on reste loin les uns des autres. Pour le vélo, j’attends qu’il fasse un peu plus chaud; j’avoue que je suis devenu un peu douillet. Il faut qu’il fasse au moins 16 ou 17 degrés pour que j’aie envie d’aller rouler. Ça s’en vient!

Comme plusieurs artistes, tu divertis aussi tes fans sur les réseaux sociaux...
Oui. Pour encourager les gens, j’ai publié quelques vidéos que j’ai faites. J’ai notamment changé les paroles de ma chanson Coriace, et j’ai repris une chanson de Gino Vannelli en modifiant un peu le texte. J’ai bien l’intention d’en faire d’autres, ici et là. Mon but est d’inciter les gens à ne pas être trop moroses malgré les circonstances et de leur rappeler qu’il faut penser à tout le monde. On s’ajuste tous les jours en fonction des nouvelles mesures annoncées. Je suis d’ailleurs atterré de voir encore des comportements irresponsables un peu partout. C’est troublant et décourageant. C’est pour cette raison que je ne sors pas de chez moi, sauf pour aller à l’épicerie, et que je prends soin de mon monde. J’ai d’ailleurs regardé les différentes options de commande en ligne pour aider ma mère, qui a 82 ans. Je m’inquiète pour elle, parce qu’elle ne vit pas dans une résidence et qu’une certaine distance nous sépare. Je prends aussi soin de mon chien et de moi-même.

Laurence Labat



C’est un début d’année difficile pour toi. Ton grand ami et agent Paul Lévesque est décédé en janvier. Son départ a pris tout le monde par surprise. Comment l’as-tu vécu?
Paul était atteint d’un streptocoque, qui s’est infiltré en lui jusqu’à son cerveau. Tout ça s’est déroulé en l’espace de deux semaines. Au début du mois de janvier, j’étais en tournée à Moscou à l’occasion du Noël russe, qui y est célébré le 7 janvier. Ce jour-là et le lendemain, je présentais des spectacles avec mon quatuor. Paul est venu nous visiter et a célébré avec nous dans un restaurant ukrainien. Les musiciens restaient à Moscou et moi je prenais un vol durant la nuit pour aller visiter un de mes amis dans le sud de la France. Paul restait deux ou trois jours à Moscou avant de rentrer au Québec. Quand je suis revenu à Montréal, le 15 janvier, son ex-femme m’a téléphoné pour me demander si Paul avait attrapé quelque chose à Moscou. Mais tout allait bien là-bas, il avait un début de sinusite, mais sans plus. Par réflexe, je me tenais loin de lui. Les chanteurs font souvent attention à ça. Paul savait comment j’étais et il restait loin de moi lui aussi. Je ne l’ai jamais revu ensuite... Je l’ai revu à l’hôpital, mais il était dans le coma. Sa famille a eu la grande gentillesse de me permettre de voir mon ami une dernière fois avant qu’il parte. 

Ça a dû sérieusement te secouer...
Ç’a été une période difficile et émouvante. Je suis encore sous le choc. Notre amitié, c’est 30 ans de ma vie; j’ai bâti toute ma carrière avec cet homme. Ça a commencé avec une relation d’affaires, mais ça s’est terminé avec une grande relation amicale. C’était plus l’aspect humain de notre relation qui comptait. À part mes parents, Paul est la personne avec qui j’ai eu la plus longue relation dans ma vie. Il y a trois ans, mon agente en France, Danièle Molko, nous a aussi quittés, et ça m’avait donné un coup. En décembre 2019, mon producteur russe est décédé, et un mois plus tard Paul est décédé. En l’espace de trois ans, j’ai perdu tous ceux avec qui j’ai bâti l’entièreté de ma carrière. Le départ de Paul a créé un choc dans le milieu culturel; sa famille et moi avons reçu de très beaux témoignages de soutien. C’était un homme droit et il était très apprécié. Il a fait beaucoup pour plusieurs artistes.

Il avait une longue feuille de route derrière lui!
La plus grosse partie de sa carrière, il l’a faite avec moi, mais il s’est aussi occupé d’autres artistes, comme Luba et Frank Marino. Il n’était pas connu du grand public parce qu’il était discret, mais il était reconnu et respecté dans notre métier. Je pouvais toujours compter sur lui. Il y a quelques semaines, j’ai commencé à me demander comment j’allais réorganiser ma carrière. Est-ce que je veux une nouvelle équipe et un autre agent ou je veux plutôt mener ma barque moi-même et engager des gens à la pige? J’étais en plein dans cette réflexion quand le virus est arrivé et a tout stoppé.

Tu as annulé tes spectacles, mais les gens peuvent au moins écouter ton nouvel album, Sous influences, qui est maintenant disponible. Selon toi, quel impact la crise actuelle a-t-elle sur l’industrie de la musique québécoise?
Je ne sais pas si, avec le confinement, les gens écoutent plus de musique sur les différentes plateformes. Les artistes québécois, comme toutes les entreprises d’ici, essaient d’encourager les gens à consommer ce qui vient de chez nous, question de tous s’entraider. La musique fait partie intégrante de notre culture. Tous les artistes d’ici se font un devoir de divertir le public, en faisant des petites vidéos, par exemple. C’est comme un exutoire pour nous, une façon de faire en sorte qu’on reste tous en contact les uns avec les autres. On continue à vous parler, mais d’une autre manière. C’est évident qu’il y a présentement un réveil mondial sur l’interconnexion, sur l’individualisme et sur ce qu’on représente dans ce monde globalisé. Mais il y a aussi beaucoup d’ignorance et d’insouciance par rapport à tout ça. Or ceux qui veulent rester dans l’ignorance ne pourront pas le faire encore bien longtemps si la majorité se réveille. On assiste peut-être à un tournant de l’humanité.

Tu as reçu des critiques positives pour cet album. As-tu hâte de le présenter sur scène?
J’ai effectivement eu de beaux échos, mais justement je comptais beaucoup sur le spectacle pour faire avancer la machine. Ça ira à plus tard; j’avoue qu’avec tout ce qui se passe, c’est difficile de se mettre en mode promotion. Ce qui nous arrive est tellement plus grand que nous; on est beaucoup et peu de choses à la fois... 

Sous influences est disponible sur toutes les plateformes musicales.

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