Jacques Brel, fou de vivre | Soif de liberté | 7 Jours
/magazines/tvhebdo

Jacques Brel, fou de vivre | Soif de liberté

Lundi 27 avril à 20 h 30, ARTV

Image principale de l'article Soif de liberté
Photo : Jean-Pierre Leloir

Acclamé de par le monde et qualifié d’«orage magnétique» par le New York Times, Jacques Brel a commis l’impensable en abandonnant la scène à 37 ans. Découvrez ce qui a fait vibrer ce génie atypique dans Jacques Brel, fou de vivre. 

Au fil des deux heures du documentaire Jacques Brel, fou de vivre, on constate que le Belge légendaire — du petit garçon malheureux qu’il fut au marin assoiffé de nouveaux rivages qu’il est devenu — a carburé à la liberté. Cette soif de s’arracher à la routine et à l’ordinaire lui a fait tourner le dos, au faîte de son succès, à un public qui buvait pourtant ses paroles. «J’ai une envie de liberté, une envie de respirer. Il y a 15 ans que je me balade et j’ai envie d’une plus grande liberté de mouvement», révélait-il pour justifier ses adieux à la scène. 

L’héritier de carton 

L’envie de scier tous les barreaux qui pourraient l’entourer est certainement ce qui a causé le malheur du petit Jacques, qui est né en 1929 dans une famille bien nantie. En lui montrant son fauteuil, son papa le destinait à suivre ses pas dans l’usine de carton familiale, un cauchemar à ses yeux. «Pour moi, l’enfance, c’est un ciel bas. C’est gris, c’est humide, et il y a des adultes que je ne comprends pas», s’est-il souvenu. Bien qu’il se soit découvert un talent scénique au théâtre, à l’adolescence, et une plume habile dans la Franche Cordée, il a d’abord suivi le chemin tracé par son paternel. Il a travaillé pendant six ans dans l’entreprise qui portait son nom et a épousé Thérèse Michielsen en 1950. Incapable de supporter cette vie, Jacques Brel a quitté à 24 ans sa femme, sa première fille et son emploi afin de tenter sa chance à Paris.  

Les années maigres 

Le chanteur doit travailler dur avant de trouver son public.

Photo : Roger Viollet

Le chanteur doit travailler dur avant de trouver son public.

Avec sa gueule d’abbé et son bagage de bon petit catholique, il a d’abord ennuyé le public. D’audition en audition, on l’a traité de rabat-joie. Pourtant, Brel a choisi de continuer, même si la mélancolie le gagnait. En 1954, alors que la Ville lumière connaissait son hiver le plus froid, il écrivait à sa femme: «Il y a en moi un ressort qui s’est brisé. Depuis sept mois je n’ai pas écrit une chanson. Depuis sept mois, je me dessèche lentement. La seule source qui me reste est moi-même, et l’eau qui s’en écoule est à présent imbuvable, elle est devenue amère.» Trois années ont passé avant que Brel rencontre son public avec Quand on n’a que l’amour.  

Bête de scène 

À la fin des années 1950, Brel arrête de jouer de la guitare sur scène.

Photo : Jean-Pierre Leloir

À la fin des années 1950, Brel arrête de jouer de la guitare sur scène.

Ce coup de foudre avec Brel s’est confirmé en 1959 avec Ne me quitte pas, magnifique chanson d’amour pour les uns, mais plutôt «hymne à la lâcheté de l’homme», selon le principal intéressé. À ce point de sa carrière, le chanteur a lâché sa guitare au profit de l’éloquence sur scène et est devenu une véritable bête derrière le micro. «Il faut un manque de pudeur pour se présenter sur une scène et chanter. Ce n’est que de l’exhibitionnisme, rien de plus», disait-il. Il a chanté de Moscou à Paris en passant par New York, parfois devant des spectateurs qui ne comprenaient rien de ce qu’il disait, mais qui ressentaient la passion qui lui faisait perdre 800 g à l’heure sous les projecteurs. Il finissait toujours son récital par Madeleine et ne revenait jamais chanter en rappel, même pas après l’ovation qui l’a fait saluer sept fois les 2000 spectateurs venus lui faire leurs adieux lors de son dernier concert, à l’Olympia, le 6 octobre 1966. 

L’artiste renonce à la scène à 37 ans et quitte la France.

Photo : Bridgeman

L’artiste renonce à la scène à 37 ans et quitte la France.

Renonçant aux tournées à 37 ans, Brel le chanteur est devenu acteur, puis réalisateur au cinéma, avant de s’exiler. Pendant trois ans, il a fait le tour du monde sur son voilier, puis s’est servi de sa licence de pilote pour jouer à l’avion-taxi afin d’aider les habitants des îles Marquises, un archipel du Pacifique situé à 18 000 km de Paris, où il résidait. Le cancer du poumon a finalement coupé court au vagabondage de Brel, qui s’est éteint le 9 octobre 1978 à 49 ans. Plus que jamais, on aurait voulu un rappel...

À lire aussi

Et encore plus