«J’ai dû me bâtir une carapace», -Andréanne A. Malette | 7 Jours
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«J’ai dû me bâtir une carapace», -Andréanne A. Malette

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Photo : Catherine Deslauriers ©

La chanteuse a récemment lancé la pièce Le brasier, le tout premier extrait d’un troisième album à paraître plus tard cette année. Celle qui roule sa bosse dans le milieu musical depuis près d’une décennie fait le point sur sa vie.

Andréanne, ta nouvelle chanson, Le brasier, traite de violence conjugale. Comment cette pièce est-elle née?

C’est un sujet d’actualité. J’ai commencé à écrire cette chanson il y a plus d’un an, après avoir lu le livre Le Monstre, d’Ingrid Falaise, qui est une fille que je connais bien. C’est le seul livre que j’ai lu avec une boîte de mouchoirs à côté de moi. J’ai pleuré tout le long! Cette histoire m’a fendu le cœur et m’a touchée au point que j’ai commencé à écrire le premier jet d’une chanson. Puis, en voyant la série inspirée du livre et en lisant Le Monstre, la suite, j’ai terminé la pièce. Pour ce texte, j’ai choisi d’utiliser le pronom «elles», parce que ce n’est pas mon histoire et que je voulais vraiment donner la parole aux femmes victimes de tels actes.

Cette chanson annonce-t-elle un nouvel album à venir?

Oui. J’aimerais idéalement présenter ce nouveau disque à l’automne. Je devais d’ailleurs partir à Nashville au début du mois d’avril pour y écrire et faire de la musique, mais avec tout ce qui se passe en ce moment, mon voyage a été reporté. Je devais aussi aller tourner un clip en Californie ou en Australie, mais ç’a aussi été reporté. C’est pour le mieux, car c’est le chaos en ce moment!

Que peut-on attendre de ce nouveau disque?

Je me suis donné le défi de réaliser cet album. J’ai réalisé ma première chanson, Le brasier, et ç’a été un processus périlleux pour moi. J’étais en mode apprentissage, et j’ai dû tout refaire deux fois. Je suis revenue du studio en pleurant tellement j’étais en dehors de ma zone de confort; ça ne se passait pas comme je voulais. Ça a coûté deux fois plus cher et ç’a été deux fois plus long, mais j’ai beaucoup appris. J’ai l’impression de m’être payé une formation. En ce moment, je suis dans une espèce de quête pour aller au bout de mes idées. Je suis fière de cette chanson!

De quoi sera teinté cet album?

Il va avoir les couleurs de mon voyage en Alaska. Je m’étais fait la promesse de faire un voyage seule avant mes 30 ans, et je l’ai fait. Je suis partie alors que j’étais en peine d’amour et démolie. Ç’a donc été un voyage de bilans très thérapeutique, et je pense que mes chansons seront assurément teintées par tout ça. Fred St-Gelais a fait les maquettes de ce disque. On va y retrouver mon côté folk et son côté pop.

Photo : Catherine Deslauriers ©

Que retiens-tu de ce voyage en Alaska?

Je me souviens que je n’ai parlé à personne durant tout le voyage, mis à part à mon valet de chambre et à des gens que je croisais quand je sortais faire de l’équitation ou escalader des montagnes. J’ai été solitaire comme jamais dans ma vie! J’ai écrit des chansons; c’était vraiment un trip personnel. Ç’a été marquant pour moi, d’autant plus que c’était un de mes objectifs de réussir à partir seule. Je suis en constante introspection, mais ce voyage m’a permis de faire la paix avec certaines choses et de pardonner certains trucs. J’ai aussi réalisé que je devais changer certains aspects de ma personnalité afin de devenir plus forte. J’aimais beaucoup la personne naïve et très sensible que j’étais, mais je me laissais beaucoup trop marcher sur les pieds.

En amour ou dans la vie en général?

Partout, tant sur le plan amoureux que sur le plan professionnel. Au cours de ma carrière, j’ai rencontré des gens profondément méchants, de vrais requins qui s’amusent à nous rentrer dedans. Ça fait qu’on se retrouve à ne plus avoir envie de faire de la musique pendant un moment, parce qu’on n’y croit plus. Au fil des années, j’ai dû me bâtir une carapace, mais je dois dire que je trouvais ça dommage de devoir le faire pour me protéger. Mon voyage en Alaska m’a fait comprendre pourquoi je devais changer si je voulais continuer d’avancer.

Est-ce pour cette raison que tu fais de plus en plus ta musique seule?

C’est sûr que oui. Cette réflexion m’amène une nouvelle force et une nouvelle confiance. En même temps, j’ai encore un côté naïf qui se dit que je vais être capable de tout faire. J’ai l’insouciance d’une petite fille de cinq ans qui n’a pas peur de se planter. Je me lance, et on verra ce qui arrivera!

As-tu terminé l’écriture des chansons de ce nouveau disque?

Non, je suis là-dessus en ce moment. Je ne sais donc pas encore tout à fait de quoi seront faites plusieurs des autres pièces de l’album. Ma sœur a eu une petite fille il y a quelques mois et j’aimerais lui écrire une chanson. J’ai déjà écrit environ la moitié de l’album jusqu’à maintenant, et comme je n’ai pas envie qu’on y retrouve que des chansons crève-cœur qui racontent ma rupture amoureuse ou d’autres expériences difficiles, je veux aussi explorer les aspects de ma vie qui vont bien. Je tente de redevenir une artiste en ce moment.

Pourquoi as-tu l’impression de ne plus en être une?

Je porte souvent le chapeau de productrice, alors j’ai parfois l’impression d’être une femme d’affaires plutôt qu’une artiste. J’ai réalisé dernièrement que ça prenait trop de place dans ma vie. Il y a souvent des feux à éteindre, et ça fait en sorte que la chanteuse en moi se retrouve sous la pile. Donc, en ce moment, je travaille fort pour ramener l’artiste à l’avant-plan.

Lors d’un de nos derniers entretiens, tu me disais être désillusionnée par l’amour. Est-ce encore le cas?

C’était donc bien triste que j’en sois rendue là! Non, avec le recul, je peux dire que je ne suis pas désillusionnée par l’amour. Par contre, j’ai réalisé que je suis peut-être trop analytique et que ça me nuit dans mes propres relations. Je pense que je lis trop sur les relations interpersonnelles et que ça fait en sorte que tout devient un peu trop réfléchi. À une certaine époque, j’étais tellement dans l’émotion que ça m’a amenée vers des relations qui n’étaient pas saines. Maintenant, j’ai une image beaucoup plus modérée de ce que doit être un couple, et ça fait du bien. J’ai été tellement blessée en amour que j’ai le réflexe de me protéger.

Tu as 31 ans. Comment entrevois-tu la trentaine?

J’ai envie d’être heureuse et d’avoir une famille. Quand j’étais petite, je me voyais déjà avec une maison et une famille à l’âge que j’ai. Mais les choses ne se passent pas toujours comme prévu... J’ai appris à lâcher prise et à ne pas me mettre de pression, surtout pour les choses que je ne contrôle pas. J’ai donc décidé de danser avec la vie, et il arrivera ce qui arrivera! Pour le reste, ma carrière se porte bien, je suis fière des projets que j’ai faits. Je suis également fière de mon évolution. J’étais une petite fille tellement gênée que j’étais incapable de m’acheter un cornet dans une cantine ou d’aller seule aux toilettes dans un lieu public. J’ai donc parcouru beaucoup de chemin!

Photo : Gracieuseté

  • On peut voir le vidéoclip de la pièce Le brasier ou se procurer la chanson sur les différentes plateformes numériques.
  • Pour suivre ses activités: andreanneamalette.com.

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