«Il faut avoir du vécu pour jouer certains rôles», -Luc Senay | 7 Jours
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«Il faut avoir du vécu pour jouer certains rôles», -Luc Senay

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Photo : Daniel Daignault / Les

Que ce soit comme animateur dans La guerre des clans, comme acteur au petit et au grand écran ou comme joueur dans les matchs d’impro de la LNI, Luc Senay n’a ménagé ni ses efforts ni son talent. Aujourd’hui encore, il incarne des personnages criants de vérité, comme celui du Dr Landry dans la nouvelle série Mon fils.

Luc, vous tenez le rôle du psychiatre Jean-Christophe Landry dans Mon fils. Parlez-nous de cette nouvelle série.

Ça raconte l’histoire du jeune Jacob (Antoine L’Écuyer), qui souffre de schizophrénie; ça tourne beaucoup autour de son rapport avec sa mère. On peut avoir l’impression que la personne qui souffre le plus est celle qui est affectée par cette maladie, mais son entourage en vit aussi les contrecoups. On voit toute la douleur que la mère de Jacob ressent — Élise (Guilbault) est incroyable dans ce rôle, comme toujours! On veut faire quelque chose pour l’aider, mais on est impuissant. J’ai compris cette dimension-là à travers ce rôle. 

Cette série vous apporte un autre éclairage sur cette maladie...

Oui. J’avais aussi un préjugé défavorable concernant la surutilisation de la médication, mais j’ai réalisé que si on ne passe pas par ça pour calmer la personne qui souffre de schizophrénie, il n’y a pas d’issue. Il faut calmer l’état de crise. C’est la première fois que j’interprète un psychiatre, et toute l’impro que j’ai faite à la LNI m’a servi. Je me suis dit que mon personnage devait être à l’écoute.

Il incarne un psychiatre dans <em>Mon fils</em>.

Photo : Eric Myre, Club Illico

Il incarne un psychiatre dans Mon fils.

Ce personnage a donc été exigeant à incarner?

Ce qui est formidable, c’est que le père de Mariloup Wolfe, qui a réalisé la série, est psychiatre. Il venait sur le plateau, et parfois sa présence venait juste cautionner mon approche. J’avais confiance en Mariloup quand elle me disait qu’on était à la bonne place — et je n’ai pas toujours besoin d’être rassuré. Mais quand j’ai vu ce monsieur-là et son énergie, je me suis dit que Jean-Christophe Landry, mon personnage, était de cette trempe. Un psychiatre ne peut pas être en situation de panique. Dans la plupart de mes scènes, j’étais avec Antoine. Les auteurs, Anne Boyer et Michel D’Astous, ont une grande qualité: ils arrivent à amener de l’émotion dans leurs séries. Ils écrivent des histoires qui sont proches des gens. Et j’ai aussi découvert Mariloup! Elle est tellement bonne! Elle était très préparée. Ce rôle a été un beau cadeau. J’aime mon métier, je réalise en vieillissant qu’il me permet d’explorer différents univers.

Avez-vous l’impression qu’à cette étape de votre carrière, les producteurs et les réalisateurs tiennent pour acquis que vous pouvez jouer n’importe quel rôle?

Je ne le sais pas. Moi, je pense que je peux jouer bien des affaires. C’est sûr qu’à 67 ans, je peux jouer des rôles que je n’aurais pas pu faire il y a 20 ans. Si je pense à un personnage comme Paul dans Faits divers, je ne l’aurais pas interprété de la même façon, plus jeune. Ce n’est pas prétentieux ce que je dis; je pense simplement que, quand on a une certaine maturité, on est capable d’aller dans nos zones d’ombre. Il faut avoir du vécu pour être capable d’incarner certains personnages. Je vais piger dans mes propres blessures, dans mes failles. Je vais chercher des parts de moi et je les amplifie un peu. Tout est là!

Avez-vous beaucoup de projets en vue?

Oui, il y a les tournages de 5e rang. Sinon, on termine le show Ladies Night à la Place des Arts les 14 et 15 mai; ça fait trois ans que j’ai remplacé Michel Charette. C’est du bonbon, la gang est tripante. (Ces représentations sont pour l’instant maintenues, mais les choses pourraient changer en raison de la situation liée à la pandémie.)

On peut dire que vous avez diversifié vos activités, que ce soit avant La guerre des clans ou après...

J’ai joué plus souvent ces dernières années dans des fictions populaires, grand public, sinon j’ai toujours fait des personnages secondaires qui gravitent autour de l’histoire principale. L’an dernier, je tournais dans Boomerang, Les pays d’en haut, Faits divers et aussi 5e rang, en plus d’avoir participé à la comédie Madame Lebrun. À un moment donné, les gens se mettent à dire: «Coudonc, il est partout!» Mais, pour chaque série, il n’y avait pas tant de journées de tournages que ça. À l’âge que j’ai, j’ai besoin de défis comme acteur et de rencontrer des personnages qui vont m’aider à mieux comprendre la vie. J’aborde chaque projet comme si j’étais à l’école et j’apprends des affaires. 

Par ailleurs, vous célébrez votre 10e anniversaire de mariage cette année...

Avec sa conjointe, Janie, il célèbre cette année 10 ans de mariage. Ici le couple, en 2013.

Photo : Daniel Auclair, Groupe TVA

Avec sa conjointe, Janie, il célèbre cette année 10 ans de mariage. Ici le couple, en 2013.

Oui. Janie et moi, ça fait 18 ans que nous sommes ensemble. Il y a eu des hauts et des bas, et je travaille sur moi... Je suis d’ailleurs retourné en thérapie pour essayer de mieux comprendre mon mal et j’avance là-dedans. Elle aussi, elle chemine. Depuis deux ans, nous vivons une très très belle période. Quand on est en relation, on ne peut pas cacher tout le temps nos faiblesses. Alors parfois, la part d’ombre sort, et ce n’est pas toujours facile. Je compare souvent cela à un jardin: si tu veux avoir des fruits et des légumes, il faut que tu travailles dans ton jardin, que tu te mettes les mains dans la terre.

Vous nous recevez chez vous, en Estrie. Est-ce le bonheur pour vous de vivre pratiquement en pleine forêt?

Ça fait 20 ans que je vis ici. C’est mon refuge. Je n’ai pas gardé de pied-à-terre à Montréal, je voyage. C’était le prix à payer parce que je ne voulais pas avoir une double responsabilité. Même si parfois je suis fatigué et que je dois faire la route jusqu’à la maison, je sais qu’en me levant le lendemain matin, je serai heureux d’être chez nous. 

Vous avez franchi la mi-soixantaine. Cela a-t-il changé quelque chose pour vous?

Tu sais, je me dis parfois que je suis chanceux de m’être rendu jusque-là. Adolescent, j’avais comme une fixation: j’étais persuadé que je ne dépasserais pas mes 28 ans. Pourquoi? Je ne le sais pas. Et quand j’ai eu 28 ans, un jour, je me suis dit que je n’étais pas «passé date», que j’allais continuer! Tant mieux si ça dure et que c’est l’fun.

Après toutes ces années, arrive-t-il qu’on vous parle encore de La guerre des clans, que vous avez animée de 1992 à 1997?

Oui! Tu n’as pas idée du nombre de fois où je me fais demander de faire la split! Si j’ai une pierre tombale, je pense que je vais faire mettre dessus un bonhomme qui fait la split!

  • Luc joue dans la série Mon fils, offerte sur Club illico.  

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