Le retour attendu de Matt Holubowski | 7 Jours
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Le retour attendu de Matt Holubowski

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Photo : Gracieuseté, Geneviève Ringuet ©

Pour ce nouvel album, écrit au cours de ses pérégrinations autour du monde dans les deux dernières années, Matt Holubowski s’est posé beaucoup de questions. Il a même décidé de changer complètement sa façon de créer des chansons pour se déstabiliser et se rapprocher le plus possible de son essence. Aujourd’hui, il nous livre 12 chansons tout en nuances et en délicatesse qui nous font voyager dans des atmosphères très disparates.

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Matt, vous revenez avec un nouvel album plusieurs années après le précédent. Pourquoi sa création a-t-elle été aussi longue? 

J’ai senti à un moment donné que je n’avais plus grand-chose à dire; je ne savais pas de quoi parler. Je faisais face à un problème, car je devais écrire des chansons: un album était attendu. J’ai alors décidé de changer mon processus d’écriture... Avant, j’écrivais toujours les paroles en premier. Là, j’ai commencé par composer la musique, ce qui s’est avéré beaucoup plus laborieux. Ça m’a obligé à travailler les textes de façon plus concise: ç’a été aussi instinctif, mais ça a demandé plus de raffinement. Avant, je prenais ma première ébauche, et c’était ça la chanson. Cette fois-ci, j’ai travaillé et retravaillé les textes.

Dans le livret, vous dédiez votre album aux «gens bizarres». Qu’est-ce qu’une personne bizarre pour vous?

C’est vraiment relatif. Il y a une marginalité qui est devenue très populaire dans un certain genre de musique, et j’ai toujours été fasciné par les personnes extravagantes, comme Tom Waits ou David Bowie. J’ai toujours eu un peu envie d’être comme ça, mais en fin de compte, ce n’est pas vraiment qui je suis. Il fallait donc que j’arrive à assumer mon étrangeté à ma manière. Un jour, quelqu’un m’a dit que j’étais vraiment bizarre. C’était étrange: je l’ai pris comme un compliment, alors que ça ne devait pas être le cas. J’ai alors réalisé qu’on est tous un peu bizarres chacun à notre façon et surtout pour les autres.

Photo : William Arcand ©

Vous avez écrit ces chansons entre Cracovie, en Pologne, et Banff. En quoi retrouve-t-on ces voyages sur l’album?

Voyager, c’est pour moi une façon de vivre de nouvelles expériences, de voir le monde autrement, de faire de nouvelles rencontres... J’aime être émerveillé par les choses que je vois. Et cet émerveillement inspire un bon nombre de mes chansons. À force de voyager pour la tournée, j’avais un peu perdu cette flamme. J’étais devenu un peu blasé: j’avais de la misère à apprécier les choses. L’an dernier, j’ai passé deux mois en Pologne, et ça m’a permis de retrouver ma capacité d’émerveillement. Ç’a été un moment incroyable! Je me suis senti renaître. C’était comme si la flamme s’était rallumée. Sur l’album, il y a cette étincelle-là. Je suis ensuite allé écrire à Banff, à Montréal et à Paris. C’est la raison pour laquelle il y a beaucoup de couleurs dans mes chansons. En fait, c’est un album sombre quand on s’arrête aux paroles, mais c’est aussi une célébration des belles choses de la vie et des rencontres.

Justement, restez-vous en phase avec les chansons que vous avez écrites dans des situations et des lieux très différents?

Généralement non, mais c’est dans la nature des choses. On écrit une chanson et, le temps qu’on l’enregistre en studio, que le disque sorte et qu’on en fasse la promo, on a vécu plein d’autres choses. Quand le disque sort, c’est comme si on présentait une version un peu datée de soi-même. Certaines chansons de Weird Ones traitent de sujets vraiment très personnels. Dans la chanson Eyes Wider, par exemple, je dis: «Don’t be so hard on yourself.» Au départ, la chanson ne devait pas être sur l’album, mais j’ai finalement décidé de l’inclure, car j’ai tendance à être très dur envers moi-même. Ça me permet de me rappeler de ne pas trop m’en faire avec les petites choses. Par contre, comme j’ai mis certains moments difficiles en musique, il peut parfois être difficile de me replonger dans des sentiments que je ne ressens plus. Écrire une chanson est toutefois tellement cathartique que ça me permet d’évacuer bien des choses.

Vous dites que vos chansons sont très personnelles et souvent mélancoliques, voire déprimantes. D’où vient cette tendance à la déprime?

Il doit y avoir un déséquilibre chimique dans ma tête; je ne sais pas! Notre nature humaine nous amène à connaître la peine et le bonheur. Les deux existent et cohabitent. Je me suis beaucoup questionné sur la quête du bonheur... Je trouve que c’est en fait une idée dangereuse. Si on passe notre vie à rechercher le bonheur, ça va être difficile: dès que quelque chose va arriver dans notre vie — un décès, une rupture, la perte d’une job... des choses qui arrivent à tout le monde —, on va être malheureux. Par contre, quand on accepte que c’est dans la nature des choses qu’il y ait un va-et-vient entre le bonheur et la peine, on devient plus serein. Pour moi, cet album est celui de l’acceptation.

Photo : Mario Beauregard, Agence QMI

Le texte de la chanson Weird Ones II («It’s been a strange day, but I wouldn’t want it any other way») résume bien votre vision des choses, non?

Exactement. Cette chanson résume les cinq dernières années de ma vie, qui ont commencé assez paisiblement, quand j’étais dans un état un peu rêveur. Par la suite, c’est devenu plus intense vraiment rapidement, puis cette intensité s’est arrêtée soudainement (avec la fin de la tournée). Je me demandais si la musique était ce que je voulais faire, si je ne serais pas mieux d’être charpentier ou autre. Mais ça me rend très heureux de faire ce que je fais et d’être entouré de tant de gens inspirés et inspirants. En fin de compte, je ne changerais rien. Les deux côtés de la médaille viennent ensemble. 

Lors de votre précédente tournée, vous avez fait plus de 200 concerts. Comment abordez-vous celle qui va commencer prochainement?

J’ai pris l’année pour me ressourcer et pour reconnecter avec ma vie. J’ai plus d’énergie maintenant que j’en avais au début de la précédente tournée. Je pars d’ailleurs très prochainement pour faire quelques spectacles sur la côte est des États-Unis, ainsi qu’à Vancouver, en première partie du chanteur Tamino. Je proposerai une version solo de certaines chansons de mon nouvel album que j’ai complètement réarrangées. Ensuite, je m’arrêterai en Ontario, avant d’aller en France pour faire une tournée en première partie de Lou Doillon. On ne se connaît pas, elle et moi, mais on a la même personne qui s’occupe de la tournée. Mais je vais surtout faire le tour du Québec avec mes musiciens.

Photo : Gracieuseté

  • L’album Weird Ones est offert en magasin et sur les plateformes numériques.
  • Pour suivre les activités du chanteur: mattholubowski.com.

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