Procès d'Éric Salvail: l'histoire racontée de l'intérieur - 1ère partie | 7 Jours
/magazines/echosvedettes

Procès d'Éric Salvail: l'histoire racontée de l'intérieur - 1ère partie

Image principale de l'article L'histoire racontée de l'intérieur
Photo : Paul Ducharme, TVA Publications

À quoi pensait Éric Salvail, le matin du lundi 17 février, au moment de se préparer pour son procès? Dans le miroir, a-t-il vu l’image d’un homme de 50 ans qui a soigneusement choisi un complet bleu pour se rendre au tribunal ou celle d’un animateur déchu? Pendant ce temps, devant le palais de justice, des photographes, des journalistes, des cameramen l’attendent déjà...  

Des cordons de sécurité ont été placés pour contenir les membres des médias et les curieux à la porte de la salle d’audience. Étonnamment, peu de gens font la file. Celui qui cherchait les caméras, qui était déterminé à attirer la lumière sur lui et qui y avait réussi en bâtissant son royaume télévisuel souhaite désormais les éviter. À son arrivée au tribunal, un peu avant 9 h, il feint de ne pas les voir, demeure sourd aux questions des journalistes, le regard droit, fixe, se dirigeant vers l’entrée du palais de justice où il sait qu’il saura échapper aux sollicitations directes des médias.    

Lundi 17 février — jour 1 du procès   

Dans la salle, hors caméra, l’ex-animateur est plus détendu. Il est assis à la première rangée. Donald Duguay, la victime présumée, arrive dans la salle à 9 h 25, après avoir répondu à quelques questions des journalistes à l’extérieur. Cinq minutes plus tard, on assiste à l’arrivée du juge, Alexandre Dalmau. Après quelques échanges entre les avocats et le juge, une ordonnance de non-publication est rendue concernant l’identité des quatre témoins à venir.   

Il est 9 h 40 quand Donald Duguay est appelé à la barre. L’homme de 47 ans revient pour le tribunal sur les faits allégués qui se seraient déroulés en 1993 alors qu’il avait été embauché au service du courrier de Radio-Canada. Très cru, son témoignage évoquant les inconduites sexuelles qu’il aurait subies de la part d’Éric Salvail ne manque pas de détails. Commentaires et gestes déplacés se seraient succédé sur une période de huit mois, jusqu’à une agression dans les toilettes de Radio-Canada.   

On est très loin de l’image du très populaire animateur et producteur maintes fois récompensé pour son travail, chouchou du public, qui avait réalisé son rêve d’enfant en travaillant à la télévision. Sans contacts dans le milieu, il avait gravi tous les échelons, d’animateur de foule à animateur de son propre talk-show, avec à son actif une boîte de production, Salvail & Co., créée en 2013. Un parcours exemplaire, un modèle à suivre. Mais l’image, trop belle peut-être, a volé en éclats en octobre 2017. Stupéfait et incrédule, le grand public prenait alors connaissance des allégations d’inconduite sexuelle à l’endroit de la star du petit écran, dont les émissions allaient rapidement être retirées des ondes.  

Un témoignage riche en détails  

La présumée victime, Donald Duguay.

Photo : Paul Ducharme, TVA Publications

La présumée victime, Donald Duguay.

Pendant près de deux heures, Donald Duguay décrit « un être extrêmement vulgaire », dont les commentaires le mettaient mal à l’aise, le faisant se sentir « comme un morceau de viande ». « J’avais une crainte de me retrouver seul avec lui », explique-t-il. Éric Salvail aurait de nombreuses fois exhibé son sexe devant le jeune homme, se masturbant même contre lui. Vingt-sept ans plus tard, voici l’ex-animateur au tribunal, prenant des notes sur son calepin avec son stylo Montblanc. Que peut-il bien griffonner? Difficile de savoir ce qu’il pense, il semble n’avoir aucune réaction. Placé sur le banc juste derrière lui, notre journaliste contemple un homme imperturbable, et même relativement détendu. Il chuchote à l’occasion quelques mots à l’oreille d’une des deux jeunes avocates de l’équipe de Me Michel Massicotte, mais ne laisse rien paraître des émotions qui l’habitent. Même quand Donald Duguay, évoquant l’agression présumée dans la salle de toilette, laisse tomber: « J’ai échappé au viol de presque rien. »   

En simultané, sur Twitter, le grand public prend connaissance des allégations, de la description faite d’un homme aux antipodes de l’amuseur public. La grande part de noirceur cachée derrière la lumière des feux de la rampe. Le nom d’Éric Salvail est sur toutes les lèvres, les images de son arrivée tournent en boucle, les réseaux sociaux s’affolent. Toute l’attention qu’il a si longtemps souhaité attirer sur lui est, en cette journée d’hiver, le plus lourd des fardeaux.  

Mardi 18 février — jour 2 du procès  

Ce matin-là, il neige, mais c’est bien la seule différence avec la journée précédente. De nouveau, journalistes et curieux attendent et se pressent devant le palais de justice. Et de nouveau, Éric Salvail s’est composé un masque stoïque à son arrivée au tribunal, faisant en sorte que les questions des journalistes ne l’atteignent pas. Aujourd’hui encore, aucun proche ne l’accompagne. Il n’est entouré que des professionnels dédiés à sa défense, dont Me Michel Massicotte. La veille, l’avocat de l’accusé avait amorcé le contre-interrogatoire de Donald Duguay, insistant à de nombreuses reprises sur des points de détail tels que le nombre d’urinoirs dans la salle de toilette, la distance entre la porte et le lavabo, ou si Éric Salvail aurait surgi à sa gauche ou à sa droite, tentant de soulever des contradictions potentielles dans le récit du plaignant. Donald Duguay évoque le fait que la mémoire lui serait revenue en thérapie.   

Photo : Daniel Auclair, Échos Vedettes

Ce matin-là, les curieux ne sont pas non plus au rendez-vous. Moins d’une quinzaine. Le personnel des médias compose, encore une fois, la majorité des membres du public qui assistent au procès. Dans cette salle aux murs beiges, sans fenêtres, les mots de l’avocat de la défense résonnent. Il s’interroge sur les propos de la victime alléguée, lui fait répéter certaines choses, traque les omissions, tente de la déstabiliser. Mais Donald Duguay, qui n’avait pas cédé à ses émotions la veille en racontant ce qu’il aurait vécu en 1993, reste encore une fois très calme malgré une apparente fébrilité. Pourtant, quand il évoque la présumée agression, Me Massicotte le questionne sans relâche, notamment sur les termes utilisés dans la déposition, ou le fait qu’il aurait pu sortir de la salle de toilette puisque l’accusé avait les pantalons baissés. Le contre-interrogatoire est intense et se tient sur une journée et demie, mais la présumée victime répond à toutes les questions qui lui sont adressées avec constance. Même quand l’avocat de la défense lui dit qu’il aurait pu demeurer anonyme, mais qu’il a choisi de révéler son identité dans le processus judiciaire, il répond: « Je voulais faire la bataille à visage découvert. » À la demande des avocats, il doit sortir quelques minutes de la salle. C’est seulement à ce moment qu’il montre un léger signe d’impatience.   

Éric Salvail, lui, affiche la même attitude posée que la veille. Pour la pause de midi, alors qu’il dîne à la cafétéria du palais de justice avec son avocat, il se tient face aux autres personnes, ne tentant pas de leur tourner le dos. Le seul moment où son visage se crispe, c’est quand il doit passer, dans le couloir, devant les caméras. On attend désormais les témoignages de quatre autres personnes. Quant à Éric Salvail, il peut choisir de livrer sa version des faits, mais il a tout à fait le droit de garder le silence... Quelle voie choisira-t-il?  

Ce qui peut arriver à Éric Salvail  

Les trois chefs d’accusation qui pèsent sur Éric Salvail sont les suivants: agression sexuelle, harcèlement criminel et séquestration. Selon la juge à la retraite Nicole Gibeault, qui s’exprimait sur les ondes de TVA, « ce sont des accusations qui commandent une peine maximale de 10 ans d’emprisonnement. Il y a un minimum pour les peines d’agression sexuelle, ce qu’il n’y avait pas à l’époque (en 1993). Il faut que le DPCP (le Directeur des poursuites criminelles et pénales) soit convaincu moralement qu’il peut porter des accusations et les amener à terme, c’est-à-dire à une condamnation. » « S’il est reconnu coupable, il y aura une autre audience pour déterminer la sentence », expliquait l’avocat Me François-David Bernier, interrogé à ce sujet dans le cadre de l’émission Salut Bonjour Weekend. La peine? « Ça peut être des travaux communautaires si c’est mineur, ou ça peut aller jusqu’à la prison. »     

  • Ne manquez pas la suite de notre compte-rendu du procès dans notre édition de la semaine prochaine.    

Au moment où nous mettions sous presse, le procès, qui doit durer quatre jours, n’était pas encore terminé.  

À lire aussi

Et encore plus