Léane Labrèche-Dor dans le film Le rire: Réflexions sur le deuil | 7 Jours
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Léane Labrèche-Dor dans le film Le rire: Réflexions sur le deuil

Image principale de l'article Réflexions sur le deuil
Photo : Bruno Petrozza, Groupe TVA

L’actrice de 31 ans est la vedette du film Le rire, présentement à l’affiche. En tenant son premier rôle principal dans un long métrage, elle réalise un rêve de comédienne. Je suis allé rencontrer cette amie de longue date pour parler de son expérience intense de tournage et, aussi, bavarder avec elle de son regard unique sur le deuil, sur la vie et sur sa relation père-fille. 

Dans Le rire, ton personnage, Valérie, a traversé un drame immense. Vivant avec un choc post-traumatique, elle souhaite se reconstruire et survivre. Comment as-tu abordé ce rôle pour le jouer? 

Cette douleur chez Valérie lui donne une grande force. Pour donner ce titre au film et parler du fait que rire de quelque chose peut aider à passer à travers un drame, ça prend un personnage sans amertume. Pour moi, être capable de rire de soi et de rire tout court est la plus grande preuve d’intelligence. Je voyais donc une Valérie intelligente, très sensible, heureuse malgré ce qu’elle a vécu, mais aussi déstabilisée par ce drame.

Photo : courtoisie

Cette comédie dramatique est une proposition unique et originale. On y mélange plusieurs styles. Comment décrirais-tu le film? 

Ce qui est le fun avec le cinéma, c’est qu’il n’y a pas d’obligation de raconter une histoire linéaire, comme au théâtre ou à la télé par exemple. Le rire, c’est une expérience cinématographique, je crois, car on joue avec tous les codes qu’on connaît. On va du fantastique par moments au réel en passant par le rêve. On a peu vu cela ici!

Il s’agit pour toi d’un premier rôle principal sur grand écran. Étais-tu nerveuse?

J’ai eu la chienne... et aussi de la chance! Au départ, Martin Laroche, le réalisateur, n’avait pas du tout pensé à moi à cause du casting de fille comique pour lequel on me connaît. C’est la productrice du film, qui m’avait vue au théâtre dans J’accuse, un rôle très dramatique, qui lui a proposé de me recevoir en audition. Elle lui a même donné des extraits vidéos pour le convaincre! Je ne suis pas un choix évident au départ, et ça prend du guts de m’avoir choisie!

Il y a des scènes vraiment difficiles dans ce long métrage. Quelle a été ta scène la plus dure à tourner? 

Les scènes du quotidien! Celles où je rentre du travail, où je défais ma couette et où je dois donner l’impression que j’ai fait cela toute ma vie! Ce sont celles-là les plus difficiles à jouer! 

Photo : Bruno Petrozza, Groupe TVA

Le film repose en grande partie sur cette complicité et sur l’intimité que tu partages avec le personnage de Micheline Lanctôt, patiente au CHSLD où Valérie travaille. Parle-moi de votre relation sur le plateau.

Il y a deux façons de jouer: il y a des gens qui jouent seuls et d’autres, à deux. Je joue à deux et Micheline aussi! Elle est toujours avec l’autre, elle est généreuse, authentique, vraie. Je la regardais avec admiration tout au long du tournage et je me demandais comment elle faisait pour être si naturelle et lumineuse! Travailler avec Micheline a été un réel apprentissage pour moi.

Dans Le rire, on aborde le deuil. Sur le plan personnel, tu as perdu ta mère quand tu avais 16 ans. As-tu puisé dans ton propre deuil pour jouer Valérie?

En fait... non. Valérie a perdu son amoureux devant ses yeux, tué par balle durant la guerre. Je ne pourrais jamais ressentir cela. Le sentiment de perte, je le connais, par exemple, et cela a servi de soupape, surtout dans certaines répliques comme «Tous les jours, j’y pense un peu moins». Et c’est vrai. Il y a des jours où je ne pense pas à ma mère. Ça me blesse que ce soit le cas, mais c’est vrai. 

Est-ce que le décès de ta mère est le plus grand drame de ta vie?

Je ne sais pas. Il y a des jours où le plus grand drame de ma vie, c’est d’avoir raté mon vernis à ongles! Je pense en fait que c’est plus dramatique d’être dans un état de sentiment négatif qui dure, par exemple d’être rancunier durant des années envers un ami, que de perdre sa mère, qui est un événement unique auquel on peut survivre. La rancune ronge bien plus dans une vie et a plus de répercussions sur la vie des autres que de vivre un deuil. 

Et comment vois-tu ce deuil que tu as traversé?

Ma mère est partie oui, mais je n’avais rien qui n’était pas réglé avec elle, pas de conflit. Le deuil de ma mère part d’une relation pleine d’amour, complète, sans rancune ni amertume. Tout a été nommé. Oui, c’est un événement super dramatique dans ma vie, mais ce n’est pas le plus grand drame, car ce n’est pas la chose qui m’a fait sentir le plus mal.

Léane, tu es une fille comique pour le public, ton père, Marc Labrèche, est un grand comique aussi... L’humour se traduit comment, chez les Labrèche-Dor?

Son père, dont elle a suivi la voie artistique, était présent à la première du film.

Photo : Toma Iczkovits, Agence QMI

Son père, dont elle a suivi la voie artistique, était présent à la première du film.

Il est partout. On communique avec l’humour, le jeu, la drôlerie. On met de l’humour dans des situations banales, par exemple quand on prenait notre bain, enfants, ou qu’on dansait dans le salon comme des fous! On me dit parfois: «Tu joues la comédie comme ton père.» Je réponds que c’est normal, car on apprend par mimétisme de nos parents. J’ai ses intonations comiques, le rythme... C’est naturel, car c’est à travers nos parents qu’on apprend à parler!

Demandes-tu des conseils de jeu à ton père, parfois? Qu’est-ce que tu appliques qui vient de lui?

C’est beaucoup sur le plan des questionnements et angoisses du métier. Il les a vécus et continue de les vivre à son âge. Il peut me parler de la façon dont il a géré telle situation que je vis, il peut me conseiller. Pour ce qui est du jeu, pas vraiment. Marc ne jouerait pas comme moi, car nous sommes différents, deux humains pas faits pareil. On a tourné ensemble sur La règle de (3), et j’ai beaucoup appris à le regarder travailler. Sur le plan du métier, on est vraiment dans une relation amicale.

Tu es en couple avec le comédien Mickaël Gouin. Souhaites-tu fonder une famille? 

En couple avec Mickaël Gouin, elle rêve de fonder une famille.

Photo : Julien Faugère, TVA Publications

En couple avec Mickaël Gouin, elle rêve de fonder une famille.

(Spontanément) Oui! C’est un peu égoïste dans le contexte actuel planétaire et écologique. C’est un dilemme, car il y a deux façons de le voir. Soit on ne fait pas d’enfants ou on en fait pour que ceux-ci trouvent des solutions et changent la suite des choses. J’ai toutefois envie de faire des enfants. Je trouve ça beau, élever un humain, lui transmettre tout et le voir grandir dans une version améliorée de nous!

  • Voyez Léane dans le film Le rire, à l’affiche au cinéma.

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