Patient zéro: l’origine du sida | Un héros au pilori | 7 Jours
/magazines/tvhebdo

Patient zéro: l’origine du sida | Un héros au pilori

Jeudi le 13 février à 22 h, Canal D

Originaire de Québec, Gaëtan Dugas a été emporté par le sida le 30 mars 1984.
Photo : Canal D

Originaire de Québec, Gaëtan Dugas a été emporté par le sida le 30 mars 1984.

À la suite de l’éclosion des premiers cas de sida aux États-Unis, l’agent de bord québécois Gaëtan Dugas est désigné comme le «Patient zéro» de cette nouvelle épidémie. Quarante ans plus tard, le réalisateur Laurie Lynd s’attaque à ce mythe afin de laver l’honneur d’un héros méconnu.  

Au milieu des années 1980, ces célèbres photos ont fait le tour du monde... mais pas pour les bonnes raisons.

Photo : Canal D

Au milieu des années 1980, ces célèbres photos ont fait le tour du monde... mais pas pour les bonnes raisons.

Dans la mémoire de ceux qui ont vécu la crise du sida, le nom de Gaëtan Dugas est souvent associé à l’image du monstre de promiscuité qui a propagé le VIH dans toute l’Amérique du Nord. Afin de démanteler ce malentendu tenace, le réalisateur et auteur Laurie Lynd nous raconte le parcours de Dugas avec l’aide de dizaines d’intervenants qui l’ont connu. Grâce à leurs confidences touchantes, ces amis, amants, collègues, chercheurs, auteurs, journalistes ou activistes peignent le portrait d’un héros flamboyant, cloué au pilori pour son honnêteté exemplaire.  

La libération gaie 

Afin d’exposer toute l’histoire, les proches de Dugas nous invitent à remonter à la fin des années 1960, alors que l’homosexualité est encore considérée comme une maladie perverse. Contrairement à la majorité des hommes gais, Gaëtan n’a aucun problème à assumer son appétit sexuel et son excentricité, et il profite de son emploi d’agent de bord chez Air Canada pour papillonner de ville en ville. À la suite des émeutes de Stonewall, en 1969, personne n’est donc surpris de le voir se joindre au mouvement de libération sexuelle qui éclate à New York. 

La décennie suivante est un véritable âge d’or pour Gaëtan et ses amis, dont Pedro Levaque et Richard Bisson, qui se rappellent avec humour cette époque «sexe, drogues et disco». À la fin des années 1970, des rumeurs évoquant l’émergence d’un nouveau «cancer gai» foudroyant menacent cependant de replonger les homosexuels dans la honte.  

Un bond en arrière 

L’augmentation dramatique des cas de sarcome de Kaposi, en 1981, confirme la rumeur: les victimes sont toutes des hommes gais sexuellement libérés, ravivant l’homophobie latente à un tel point que les communautés homosexuelles ne savent plus quoi penser. Même si certains individus limitent leurs relations par précaution, comme le suggèrent les spécialistes, d’autres ont effectivement des raisons de croire qu’il ne s’agit que d’un nouveau moyen de brimer leur liberté. 

C’est le cas de Gaëtan Dugas, qui se sait atteint de la maladie depuis peu et qui refuse d’adhérer aux consignes à moins d’obtenir la preuve de leur efficacité. Bon joueur, il accepte alors de livrer tous les détails de sa vie sexuelle très active au chercheur William M. Darrow, en plus de fournir des échantillons sanguins à un laboratoire de l’Arizona. 

Gaëtan Dugas

Photo : Canal D

Gaëtan Dugas

 

Les mots qui changent tout 

 

Le réalisateur, Laurie Lynd, en compagnie de Michael Denenny.

Photo : Canal D

Le réalisateur, Laurie Lynd, en compagnie de Michael Denenny.

Les informations transmises par Gaëtan deviennent essentielles au travail de Darrow, qui est en mesure de remonter plusieurs années en arrière afin de suivre le comportement de la maladie. Son étude, publiée en 1984, soit quelques semaines après le décès de Dugas, prouve enfin que le sida est un rétrovirus qui peut être transmis sexuellement. Elle dissimule cependant l’identité de Dugas sous les noms de Patient 57 et de Patient OH (pour hors Californie)... que certains confondent avec le Patient 0 (zéro), un patronyme désignant le point de départ d’une épidémie.  

C’est alors que Randy Shilts entre en scène. Déterminé à dénoncer l’inaction du gouvernement Reagan face à la crise du sida, le journaliste et activiste trouve et nomme le Patient zéro dans son livre afin de donner un visage humain à la maladie. Michael Denneny lui suggère ensuite de se servir de l’homophobie du New York Post afin de faire passer son message: voilà qui se révèle une grave erreur, puisque tous les médias récupèrent bientôt l’histoire afin d’accuser Gaëtan Dugas d’être le seul responsable de la propagation du sida. 

Prouvé par la science 

Cette offrande de mouton noir est évidemment acceptée avec soulagement par le public — toutes orientations sexuelles confondues —, qui cherche à expliquer les 800 000 décès provoqués par le sida. Malgré tout, ceux qui ont connu Gaëtan Dugas espèrent que la vérité saura redorer le blason de ce personnage historique, dont la franchise nous aura permis de mieux comprendre le sida ainsi que la réalité des jeunes hommes homosexuels de l’Amérique. 

À lire aussi

Et encore plus