«Je commence un nouveau cycle» -Léa Clermont-Dion | 7 Jours
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«Je commence un nouveau cycle» -Léa Clermont-Dion

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Photo : Mario Beauregard, Agence QMI

Depuis la naissance de son fils, le 14 avril 2019, Léa Clermont-Dion a vu sa vie se transformer, se bonifier. La femme est toujours aussi engagée, mais la maman en elle a pris une place insoupçonnée. La militante et auteure profite d’une nouvelle sérénité. 

Léa, vous avez lancé un nouveau roman cet automne. Avez-vous écrit ce livre durant votre grossesse? 

Oui, et je ne sais pas pourquoi, mais ce processus créatif m’a apporté un grand calme et une belle sérénité. Je prenais l’inspiration quand elle venait. Je n’avais pas envie de sortir de la maison. Mais lorsque j’ai fini mon manuscrit, il fallait que j’accouche! (sourire) Mon fils est né en avril dernier. Ç’a été une période parfaite pour profiter du printemps et de l’été avec mon bébé. Écrire m’avait permis de me distraire. Moi qui avais peur de la mort, donner la vie m’a procuré un grand apaisement... À partir de là, je voulais juste vivre pour mon bébé. 

Votre fils est donc devenu votre priorité? 

Oui, et la maternité m’a offert une autre perspective de la vie. Ça décentre, ça libère de l’angoisse. On évoque souvent la naissance et la mort comme de grands rites de passage. Pour moi, la venue au monde de mon fils m’a invitée à franchir une autre étape. Ça m’a complètement transformée et ça a amené une grande empathie. On dirait que j’ai dit bye à l’enfance et à l’adolescence. Ça appartient à une autre époque. J’ai commencé un nouveau cycle. 

Vous restez toutefois une femme engagée. 

Oui, j’ai envie de bousculer. Quand j’ai fait la couverture de la revue Urbania l’automne dernier (où on la voyait faire un selfie pendant qu’elle allaitait), il y a eu quelques voix dissonantes à ce sujet, mais je crois que les réactions sont dues au clash générationnel. Il y a un certain dénigrement du selfie. Ça ne veut pas dire qu’on est égocentrique. C’est un nouveau code communicationnel. Je suis contente d’avoir suscité la discussion. Le mouvement #normalisebreastfeeding défend la cause des femmes qui allaitent en public. 

Parce qu’on entretient encore des préjugés à cet égard? 

Oui, et ce n’est pas normal qu’une femme qui allaite dérange... Mon conjoint est italien. En Italie, on allaite partout, n’importe quand. Cet été, dans une rencontre pour un comité national sur la condition féminine, à Vancouver, nous étions une trentaine de membres, dont la ministre Monsef (ministre des Femmes et de l’Égalité des genres et du Développement économique rural), et j’ai allaité mon bébé. Personne n’a jugé cela. C’est en intégrant les enfants que les femmes peuvent s’émanciper. 

Arrivez-vous à intégrer le vôtre à vos activités? 

Oui, mais il m’arrive d’avoir besoin de moments pour me concentrer. J’ai la chance d’avoir une mère qui m’aide beaucoup, mais j’intègre mon fils. De toute façon, après une heure loin de lui,
je m’ennuie! 

La vie a-t-elle exaucé rapidement votre désir de devenir mère? 

Oui, je suis chanceuse, parce que ce n’est pas le cas de tout le monde... J’avais fait une fausse couche auparavant, ce qui est assez fréquent.

Entre votre fils et vous, est-ce que ç’a été une histoire d’amour spontanée? 

Oui, ça l’a été. Il n’y a pas de mots pour décrire l’amour que j’éprouve pour lui. Je pense être une meilleure personne, plus sensible, plus à l’écoute. Il me fait rire, il amène tellement de joie au quotidien. C’est mon petit rayon de soleil! Nous sommes dans une époque assez sombre, déprimante, mais avec mon enfant, ça me donne beaucoup d’espoir. Je me questionne à savoir dans quel monde il évoluera, mais pour le moment, je suis dans les changements de couches et dans la joie du quotidien. Il a des besoins de base que j’essaie de combler. 

Avez-vous pris une année sabbatique? 

Oui, c’est un choix que j’ai fait et je suis bien avec ma décision. Il y a bien quelques petites parenthèses, mais je suis toujours avec lui. Je ne veux rien manquer. J’ai commencé à méditer. J’essaie de changer mon rythme et de vivre plus le moment présent. J’aime la simplicité de la vie. Je ne suis pas très matérialiste et je n’ai pas de grands besoins. J’aime la nature, ça m’apporte beaucoup de calme. J’ai grandi au bord d’un lac et j’en ai encore besoin. 

Qu’avez-vous fait de vos études? 

Je les ai poursuivies; je devrais les terminer cette année et obtenir mon doctorat en sciences politiques. J’aurai peut-être un projet de postdoc, on verra. J’ai envie de travailler avec les jeunes. J’aime leur vivacité, leur potentiel. Je souhaiterais aussi enseigner. Mon chum et moi aimons créer ensemble, et nous voulons tous deux travailler sur une adaptation cinématographique de mon roman. Nous vivons une belle complicité. 

Léa, votre plus récente publication s’intitule Crève avec moi. De quoi parle-t-elle?

Ça représente les grandes tragédies de l’adolescence. Le titre est fort, mais la couverture rose bonbon en compense la dureté. Je voulais parler d’une grande amitié, de cette relation qui a marqué ma vie. Je voulais aussi aborder la question de la culpabilité, du deuil, des premières épreuves. Tous les livres publiés dans la Collection III comportent trois souvenirs marquants de la vie de leurs auteurs à partir desquels ils dessinent une fiction. C’est riche! 

  • Le livre de Léa, Crève avec moi, est publié dans la Collection III, chez Québec Amérique.
  • Pour vous informer sur ses podcasts Elles parlent, des entretiens avec des femmes de tête et de cœur, allez sur sa page Facebook. 

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