«J'avais besoin d'être là pour mes enfants» -Hélène Bourgeois-Leclerc | 7 Jours
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«J'avais besoin d'être là pour mes enfants» -Hélène Bourgeois-Leclerc

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Photo : Julien Faugère, TVA Publications

Il y a une belle ambiance dans le studio de photographie. Hélène Bourgeois Leclerc arrive d’un brunch avec des amies, l’air léger et heureux. Les tournages de la deuxième saison de Toute la vie reprenant seulement au printemps, la comédienne profite d’un congé (bien mérité!) de quelques mois. Entretien sur son métier, ses choix de vie et sur son plus grand rôle: celui de maman. 

Hélène, tu as un parcours professionnel qui t’offre de magnifiques défis. Encore une fois, dans Toute la vie, tu as eu la chance d’inaugurer une nouvelle série... 

Je suis chanceuse, n’est-ce pas? Je suis surtout très reconnaissante. Je sais qu’on est très peu d’actrices à travailler autant et à avoir une carrière aussi diversifiée. J’ai fait Les Bougon, Aurore, Annie et ses hommes, Mauvais karma, des Bye Bye, du théâtre... Je gagne aussi ma vie avec ma voix et j’étais sur un show extraordinaire — District 31, pour ne pas le nommer! J’avais besoin de passer à autre chose, de plonger dans le vide, et Toute la vie m’a accueillie.  

Photo : Julien Faugère, TVA Publications

Tu ignorais que tu avais cette option avant ton départ de District 31? 

Je ne le savais pas. Pour toutes sortes de raisons, je devais prendre une bouffée d’air et me réapproprier ma vie, retrouver ma famille et prendre plus de temps pour moi. 

Avant de quitter District 31, la saison dernière, tu disais avoir discuté avec l’auteur, Luc Dionne, pour lui expliquer les raisons de ton départ. Il y avait du respect dans ta démarche... 

Le respect, c’est la base. Je l’ai annoncé à Luc et, dans la même demi-heure, à la productrice, Fabienne Larouche. J’ai exprimé clairement les raisons pour lesquelles je quittais cette émission que j’aimais profondément et qui m’avait amenée ailleurs dans mon travail. Quelques mois plus tard, Fabienne m’a parlé de Toute la vie. Quand on prend des décisions avec notre cœur et notre tête — et c’est plutôt rare de pouvoir lier les deux —, ça ne peut que donner de bons résultats. 

Même si tu avais la conviction de faire les bons choix, il t’aura fallu une part de courage... 

Ça m’a fait vraiment de la peine, ç’a été des mois de réflexion, de pleurs, à parler avec mon chum, avec des proches... Tout le monde me disait: «Lâche pas ça! Voyons donc!» (Elle réfléchit.) Tu fais quoi quand tu as envie que ça sente la soupe à la maison, mais que tu ne peux pas en faire? Quand tu étudies tes textes la fin de semaine et que tes enfants te demandent de venir jouer avec eux et que tu réponds: «Je ne peux pas, je n’ai pas le temps»? Le choix que j’ai fait, ce n’était pas pour le travail, mais pour ma famille. Et la vie est bien faite, parce que le projet Toute la vie est arrivé. C’est une série qui se tourne sur environ sept mois et qui a un horaire plus léger. 

Photo : Julien Faugère, TVA Publications

Dans Toute la vie, ton personnage compose avec le quotidien d’adolescentes qui poursuivent une grossesse. Selon toi, est-ce encore un sujet tabou?  

Je ne crois pas que c’est tabou, mais je pense qu’il n’y a pas une grande place pour ces filles qui veulent poursuivre leurs grossesses et continuer leurs études. Par chance ou par bonheur, l’auteure Danielle Trottier ne pose pas de jugement. Elle porte plutôt un regard critique sur la société et sur la façon dont on se positionne par rapport à ces jeunes filles-mères. De quelle manière on les soutient et de quelle manière on les outille pour la suite des choses? Il n’est pas question de poser un regard critique sur le fait qu’elles ont fait l’amour trop jeunes ou qu’elles ont pris une décision trop jeunes. La question est plutôt: une fois que c’est fait et que tu as un bébé dans ton corps, qu’est-ce que tu fais avec? Qu’est-ce qui t’est offert socialement et dans ta famille? On ne fait pas la promotion de la grossesse chez l’adolescente, et on n’essaie pas non plus de décourager les gens d’avoir des enfants, peu importe leur âge. Ce fil-là est ténu et pas facile à tracer. 

Dans Toute la vie, le personnage d’Hélène, Tina, accompagne des jeunes filles tout au long de leur grossesse.

Photo : Véro Boncompagni, Radio-Canada

Dans Toute la vie, le personnage d’Hélène, Tina, accompagne des jeunes filles tout au long de leur grossesse.

Tu as visité l’école Rosalie-Jetté, une école ressemblant à l’école Marie-Labrecque dans la série. Quelle a été ta réflexion à la suite de ta visite?  

J’ai rencontré la directrice, des travailleurs sociaux, des intervenantes, j’ai rencontré des élèves de 15 ou 16 ans, et certaines étaient enceintes de leur deuxième enfant. Ce n’est pas tout le temps des accidents ou des petites filles qui ont la tête folle... Celles qui sont à cette école veulent poursuivre leurs études. Ça en dit long sur leur solidité, sur leurs ambitions. Pour elles et leur enfant. 

Tu as deux jeunes enfants de sept et quatre ans, Margot et Oscar. Ton conjoint et toi avez adopté votre fils, et les démarches d’adoption n’ont pas été sans difficulté. Est-ce que cette situation a pesé dans ta décision de passer plus de temps avec ta famille?  

J’avais besoin d’être là pour ma fille et mon fils. Je faisais le maximum partout où je le pouvais, mais je commençais à être essoufflée. Mes priorités me sont apparues de façon évidente: malgré le fun extraordinaire de pratiquer mon métier dans une quotidienne, ma priorité est devenue ma vie familiale. Je ne me vois pas comme une victime, là-dedans. Pas du tout! J’ai fait le choix d’avoir un enfant biologique et d’adopter un enfant avec mon chum, j’ai fait le choix de tourner dans une quotidienne pendant trois ans et d’accepter d’autres projets professionnels. Ce sont des choix que j’ai faits et que j’assume pleinement, et avec bonheur, mais à un moment donné, c’est devenu trop. Quand on prend des décisions, on gagne sur certains plans, mais on perd sur d’autres. Je sais ce que j’ai perdu, mais je sais aussi ce que j’ai gagné. C’est le fun de faire de la soupe et d’entendre: «Ah, maman, ça sent bon!», lorsque mes enfants reviennent de l’école et de la garderie. C’est cliché à dire, mais même si j’aime profondément mon travail et que je me trouve choyée, être mère est mon rôle le plus important. 

Vingt ans de métier, de nombreux films et séries à ton actif... Ton jeu évolue, une élégance s’y est installée. 

Jouer dans District 31 m’a confirmé que j’étais capable de faire autre chose que des parodies, de la grosse comédie franche ou quelque chose d’appuyé pas loin du cliché. Je ne savais pas si j’étais capable de faire un jeu réaliste, et je mourais d’envie d’essayer. Comme dans la vie, j’ai une personnalité plus expansive, je me disais que je n’étais peut-être pas capable de réduire tout ça. J’en parlais avec mes amies... Dans la vingtaine, on est énervé, on essaie des affaires sur les plans amoureux, professionnel et amical, on voyage, on découvre. Dans la trentaine, en général, on bâtit, puis dans la quarantaine, j’ai plus l’impression de peaufiner, d’expérimenter et d’assumer, surtout. Ça s’applique à toutes les sphères de ma vie. Je savoure présentement le fait d’assumer. J’ai envie de vivre les vraies affaires, je n’ai pas envie de me soucier de l’image. C’est pour ça que Toute la vie me touche autant: on parle de la vraie vie, du communautaire... La maternité touche tout le monde, ne serait-ce que parce qu’on est tous l’enfant de quelqu’un. 

Photo : Julien Faugère, TVA Publications

Tu as quatre mois de vacances devant toi... À quels endroits pourrait-on te croiser pendant ta pause? 

Peut-être au spa ou à l’épicerie, parce que je vais faire de petites courses pour cuisiner. Je n’ai le goût d’aller nulle part. En février, nous partons au soleil dans le Sud avec ma famille et mes parents, comme chaque année. À part ça, j’ai le goût d’être chez moi, de faire du yoga, d’éplucher des livres de recettes, de faire des casse-têtes... J’ai le goût d’être maman à la maison et de me refaire des forces. Au cours des dernières années, il y a eu l’adoption et j’avais déjà Margot à la maison, j’avais aussi beaucoup de travail... Je ne me suis pas beaucoup arrêtée; mon énergie vitale s’en est trouvée amochée, et je le sais. Je pense que pour être une meilleure maman, pour être une meilleure actrice, une meilleure blonde et une meilleure amie, il faut être mieux avec soi-même et trouver du temps qui nous appartient. Le temps est une denrée rare. Tout le monde le sait, les lecteurs vivent la même chose. Donc, en ce moment, j’ai quatre mois de calme, et je compte bien en profiter et me vautrer dedans. (rires) De toute façon, ce serait indécent de ne pas me rendre compte de la chance que j’ai...   

  • Toute la vie, mardi 20 h, à Radio-Canada.  

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