«Il faut être capable d’entendre ces histoires-là», -Marie-Claude Barrette | 7 Jours
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«Il faut être capable d’entendre ces histoires-là», -Marie-Claude Barrette

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Photo : Sébastien Sauvage, Groupe TVA

À travers le tournage des deux saisons de la série documentaire Où es-tu?, diffusée sur MOI ET CIE, Marie-Claude Barrette est passée par de grandes émotions, de la tristesse à la compassion, en découvrant une douloureuse réalité, celle des personnes disparues et de leurs proches. L’animatrice nous a parlé de son expérience, de son approche du sujet et de l’impact qu’elle souhaite avoir sur les téléspectateurs. 

La deuxième saison d’Où es-tu? vient de débuter. Avez-vous vécu les tournages différemment cette fois? 

Le fait que c’était la deuxième saison a un peu changé la donne. Pour la première, on était en terre inconnue et il fallait trouver une façon de construire les épisodes pour qu’on se retrouve dans chacun. On a créé un modèle qui nous a servi à nouveau. On avait donc une meilleure expérience sur la façon d’aborder le sujet. En même temps, on ne sait jamais dans quoi on s’embarque, on ne connaît pas le niveau d’émotivité des personnes qu’on rencontre ni la façon dont on réagira à ces histoires où il n’y a pas vraiment de réponses. On parle de gens disparus et qui n’ont pas été retrouvés, ni vivants ni morts. 

De quelle façon composez-vous avec cette réalité? 

Ce sont des histoires où le mystère plane toujours et où les proches sont encore dans le doute. Il faut être complètement ouvert et capable d’entendre ces histoires-là, qui sont toujours difficiles. Il faut faire attention à ne pas tomber dans l’émotivité de la personne, mais plutôt la soutenir dans ses émotions. Ça, je l’ai plus apprivoisé pour la deuxième saison. 

Comment trouvez-vous vos sujets et les gens qui témoignent? 

On fait des recherches pour trouver des dossiers de personnes disparues, et il y a de nombreux cas. Puis on entre en contact avec les familles. On ne peut pas en faire tant que ça, parce qu’il faut que la famille accepte de parler. Il nous faut aussi trouver suffisamment de témoins afin d’avoir de la matière pour une émission d’une heure sur un seul cas de disparition.  

Outre l’entourage, vous rencontrez d’autres gens impliqués dans les recherches. 

Oui. Par exemple, dans un des cas, des chiens pisteurs avaient été utilisés. Un maître-chien qui avait travaillé, entre autres, pour la GRC nous a expliqué comment le pistage fonctionnait et on s’est rendus dans le bois pour des exercices avec des chiens. Dans un autre cas, un crâne avait été trouvé, il y a plusieurs années, au Nouveau-Brunswick. On est allés voir un spécialiste qui a reconstruit le visage à partir de ce crâne, et il nous a expliqué comment il procédait. On apprend donc beaucoup de choses scientifiques ou techniques liées à chacun des cas. 

Lors de ses rencontres avec les proches de Diane.

Photo : Production ©

Lors de ses rencontres avec les proches de Diane.

Considérez-vous ce que vous faites comme du journalisme d’enquête? 

Non, j’aimerais bien faire du journalisme d’enquête, mais ce n’est pas le cas. On ne règle pas des dossiers; on ne se met pas à la recherche des personnes disparues. On offre une vision à
360 degrés d’un dossier de disparition. On pose des questions aux proches, aux policiers ou à d’autres personnes qui peuvent nous donner des perspectives sur ce qui est arrivé, et celles-ci sont parfois différentes. Mais on ne tente pas de déterminer ce qui est vrai ou ce qui est faux. 

Vous avez sûrement eu affaire à des cas plus troublants que d’autres... 

Oui, je pense entre autres à Nathalie Champigny, qui a disparu à Cowansville, en 1992, à 22 ans. Son chum a été le dernier à la voir. Ils ont soupé ensemble le soir de sa disparition, pendant une tempête de neige. Il a bien sûr été soupçonné et il a, de fait, avoué après avoir été arrêté par les policiers... sauf que le corps n’a jamais été retrouvé. Or, pour faire un procès pour meurtre, il faut un corps, une scène de crime ou une confession du suspect avant qu’il soit arrêté. Il n’y a donc pas eu d’accusations formelles, il a été relâché et il est toujours en liberté. Imaginez comment se sentent les parents et la famille de la jeune femme. Ils pensent que c’est lui, mais ils voudraient connaître un jour la vérité. 

Quel cas vous a le plus marquée? 

Celui dont on parle dans le dernier épisode de la deuxième saison. C’est l’histoire d’une petite fille, Véronique, qui a été enlevée à sa sortie de l’école et a subi des abus pendant plusieurs jours. Elle a toutefois réussi à s’évader. Dans ce cas-ci, oui, la disparition a été résolue, mais on s’est posé la question: «Est-ce que ça règle tout?» La réponse est non, car un tel drame entraîne de profondes séquelles psychologiques à long terme, pour la victime mais aussi pour ses proches. On voit à quel point il y a du non-dit dans cette famille. L’enquêteur au dossier nous a aussi avoué que ce cas le hante encore, plus qu’aucun autre dans sa carrière, même si la victime s’en est sortie. 

Qu’est-ce que tout cela vous a apporté sur le plan humain? 

C’est comme si j’avais ouvert la porte sur quelque chose qu’on ne voit pas à moins de le vivre. C’est cela que ça m’apporte. Ça ouvre les yeux, de découvrir une autre réalité et de constater que des gens vivent des drames qui vont teinter le reste de leurs jours... Ils vont encore connaître des moments de joie, mais il y aura toujours une faille, quelque chose de cassé. Une odeur, une photo, un souvenir peuvent rouvrir la plaie et faire revenir ce qu’ils ont vécu.  

Pensez-vous que l’émission a aussi ouvert les yeux du public sur cette réalité? 

Oui, les gens m’en parlent beaucoup. Ce qui est intéressant, c’est qu’ils ramènent souvent cela à eux-mêmes: «Qu’est-ce que je ferais si je vivais une situation pareille?» Il faut dire aussi que la société a beaucoup évolué ces dernières années, tout comme les méthodes d’enquête des corps policiers. Beaucoup de choses ont changé. Des dispositions comme les alertes Amber, entre autres, représentent un grand progrès. D’ailleurs, saviez-vous que tous les cas de ces alertes au Québec ont été résolus?  

  • Retrouvez Marie-Claude Barrette dans la deuxième saison de la série documentaire Où es-tu?, le mardi à 22 h, à MOI Et CIE. 

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