Martin Perizzolo: Le courage de rire de soi | 7 Jours
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Martin Perizzolo: Le courage de rire de soi

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Photo : Dominic Gouin, TVA Publications

Le comédien et humoriste Martin Perizzolo nous revient avec Vieux garçon, un aspect de sa vie que l’actuel célibataire assume «à 100 %». Pour ce deuxième one man show, il joue la carte de la transparence, se livrant sur ses mécanismes de défense, comme l’autosabotage.

Vous êtes en fin d’écriture de votre deuxième spectacle solo. À quoi peut-on s’attendre de Vieux garçon?

Ce sera un spectacle assez personnel. Jusqu’à dernièrement, je ne me mouillais pas beaucoup sur scène. Peut-être par pudeur ou par manque de confiance. J’ai réalisé que j’étais le sujet dont je peux parler le plus en profondeur, le plus en connaissance de cause, parce que je vis avec moi-même. À 44 ans, je les vois, mes patterns et mes mécanismes.

Et quels sont-ils?

Le sabotage, l’autosabotage, la peur du rejet. Donc je vais me rejeter avant. D’ailleurs, c’est un peu le cas de bien du monde, et je pense que ce sont des thèmes qui vont rejoindre le public. Évidemment, j’en parle avec humour, il faut que ce soit drôle. Mon pire pattern, par lequel je me suis le plus saboté, c’est de ne pas vouloir déranger. Ne rien dire quand les choses ne me plaisent pas, que je les trouve injustes. Tu encaisses et, à un moment donné, tu en viens à te révolter, à exploser, parce que tes limites ont été atteintes. Mais j’ai consulté, j’ai fait de la thérapie sur de longues périodes.

Quand avez-vous commencé à avoir recours à la thérapie?

Il y a plus de 10 ans. Depuis, c’est on and off. Je pense que c’est le travail d’une vie, on a toujours quelque chose à travailler. D’autant plus qu’on refait malgré tout les mêmes erreurs, même si on connaît nos mécanismes. Aujourd’hui, au moins, je réussis parfois à m’arrêter à temps. Alors, c’est de la matière intéressante à utiliser, pour mon spectacle et aussi pour mon podcast, Vieux garçon, que je produis et que je finance moi-même. C’est fou à quel point les gens s’ouvrent dans ce contexte-là. Je reçois les gens chez moi et j’essaie d’avoir une palette d’invités très diversifiée. Vous savez quel est mon plus grand défi, présentement? D’être dans mon équipe.

Que voulez-vous dire?

D’être de mon bord; c’est comme ça que je le définis. J’ai beaucoup de mal avec ça, parce que lorsque je le fais, j’ai l’impression d’être arrogant, colérique. Comme si je ne méritais pas d’être dans ma propre équipe. Alors je travaille à mettre mes limites, bien tenir compte de mes besoins et négocier, sans que ce soit émotif, mais doux et sain. 

Quelle a été votre pire expérience d’autosabotage?

Probablement quand j’étais jeune, sur le plan de mes relations amoureuses. C’était: «Tu ne vas pas me rejeter. Je vais me rejeter avant toi.» J’en parle dans mon spectacle, car au niveau des relations amoureuses, chacun a reçu son lot de coups. Moi, je me suis fait tromper, pas souvent, mais une méga fois. Les coups qu’on encaisse laissent des marques. Alors, j’ai eu quelques mauvaises relations et aussi des rejets professionnels. Mais qui n’a pas peur du rejet?

Comment composez-vous avec cette crainte?

L’une des choses que j’ai apprises en thérapie, c’est que nos peurs n’ont pas besoin d’avoir des répercussions dramatiques. Moi, je suis un peu colérique et c’est un réflexe pour ne pas ressentir la peine, c’est aussi un moyen de défense. Mais quand je me choque, ça ne dure jamais longtemps.

Quand on devient colérique, finalement, on se fait plus de mal à soi-même, non? 

(Sourire) Dernièrement, j’étais au cinéma pour voir Avengers: Endgame. Un groupe d’ados est arrivé derrière moi, et ils étaient dérangeants, ils donnaient des coups dans les bancs et j’ai vite compris qu’ils n’avaient pas payé leurs places, puisque j’étais dans un endroit où les places sont assignées. Intérieurement, je rageais, mais je me suis dit qu’ils n’allaient pas changer mon humeur, que ce n’était pas grave. Une ou deux minutes plus tard, un père et ses deux enfants sont arrivés et leur ont dit qu’ils occupaient leurs places. La famille s’est installée, et tout s’est bien déroulé. 

Il a joué dans Les beaux malaises, créée par Martin Matte. Ce dernier fait partie des quatre personnes qui ont aidé Martin dans sa carrière.

Photo : Pierre Crépô, TVA

Il a joué dans Les beaux malaises, créée par Martin Matte. Ce dernier fait partie des quatre personnes qui ont aidé Martin dans sa carrière.

Martin, faisons un retour en arrière. Vous avez été diplômé de l’École nationale de l’humour à 19 ans. Quels sont les gens particulièrement importants dans votre parcours?

J’ai insisté auprès de Guy A. Lepage pour qu’il prenne de mes textes à l’époque de sa série Un gars une fille. Il m’a téléphoné après les avoir lus et il m’a dit qu’il avait déjà son équipe d’auteurs. Je lui ai répondu que, peu importe, je lui donnais mes textes. Finalement, certains ont été utilisés. Jean-François Mercier, qui était l’un des auteurs qui travaillaient pour Un gars une fille, m’a donné de précieux conseils. Tous deux ont fait en sorte que je puisse avoir ma place dans ce métier-là. Plein de gens de l’industrie ont été importants. Côté artistes, il y a aussi Mike Ward et Martin Matte (avec qui il a joué dans Les beaux malaises, écrite par ce dernier). Ce sont quatre personnes qui m’ont vraiment beaucoup aidé et donné plus que des outils.

  • Martin Perizzolo présente son nouveau spectacle, Vieux garçon. Allez à perizz.com pour connaître les dates.
  • Il anime un podcast du même titre.

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