Brigitte Lafleur: une artiste assumée | 7 Jours
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Brigitte Lafleur: une artiste assumée

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Photo : Bruno Petrozza, TVA Publications

Brigitte Lafleur s’amuse à collectionner les talents. On sait déjà à quel point elle est une brillante comédienne et douée pour la rénovation et la décoration, et voilà que l’artiste peintre laisse éclater ses idées et ses inspirations avec des tableaux qui vont ravir et en étonner plus d’un. C’est dans son atelier situé sur la rive sud de Montréal que nous l’avons rencontrée.

Brigitte, tu nous reçois à ton atelier situé près de chez toi. C’est ici que tu t’isoles pour peindre?

J’ai longtemps eu mon atelier à la maison. Après avoir vendu notre maison, on a pensé faire mon atelier dans le sous-sol de notre nouvelle demeure, mais les rénovations ont pris plus de temps que prévu. Comme ma sœur a un studio de photo près de chez nous et qu’elle en avait moins besoin, je m’y suis installée. On cohabite super bien, elle et moi. J’ai réalisé que j’aimais sortir de la maison pour aller peindre, et que c’était plus productif d’arriver dans un lieu uniquement consacré à ça. Tout le monde me le disait, je niais, mais ça marche!

Peins-tu régulièrement?

Je fais beaucoup de théâtre, j’ai environ deux à trois spectacles par semaine. Le reste du temps, j’essaie de le passer à l’atelier. Depuis que j’ai commencé à peindre des chevaux, j’ai appris à considérer la peinture comme un travail. Cavalia m’a obligée à avoir de la discipline parce que j’avais des commandes, plusieurs gros formats à livrer en une semaine. Il fallait vraiment que je fasse ça comme un peintre.

Avec son conjoint, Mario Provencher, qui confirme que Brigitte est sur son X en tant que peintre. «Elle a une super belle confiance et elle n’a pas peur de changer de direction», nous a-t-il confié.

Photo : Bruno Petrozza, TVA Publications

Avec son conjoint, Mario Provencher, qui confirme que Brigitte est sur son X en tant que peintre. «Elle a une super belle confiance et elle n’a pas peur de changer de direction», nous a-t-il confié.

Actuellement, tu as en quelque sorte délaissé les chevaux pour aborder un autre style...

Je fais encore des chevaux, et je n’arrêterai probablement pas d’en faire. Je n’ai aucun doute quand je peins un cheval, je possède ça. C’est moins dans la recherche que ce que je fais en ce moment. C’est enivrant, la création, c’est du neuf, c’est de l’exploration. C’est pourquoi, de temps en temps, j’ai besoin de retourner aux chevaux parce que ça me fait du bien de sentir que je maîtrise quelque chose. Souvent, en peignant des reines, je pense à des chevaux, j’ai des idées en voyant une coulisse de peinture ou une couleur que j’utilise. C’est comme interrelié, et j’ai envie aussi, éventuellement, de faire des femmes avec des chevaux. Il y a un monde de possibilités qui s’ouvre, entre autres avec des chevaux royaux, avec de la dorure, des attelages, c’est tellement magnifique. Ça m’appelle, ça aussi.

Donc, tu as eu une nouvelle idée, celle de peindre des reines?

Je les appelle mes reines, mais ce sont de grandes dames en sous-vêtements. En fait, mes personnages sont tous peu assumés, parce qu’ils ne sont plus habillés. Ils ont tous les épaules descendantes, et j’en imagine sur un cheval, en petites culottes. Je trouve ça drôle, et je te dirais qu’en ce moment, j’ai un peu envie de rire en peignant. Je n’ai pas envie d’être très sérieuse, même si c’est une vraie démarche et que ça me demande beaucoup de travail. Un tableau ou un personnage influence l’autre, et j’ai plein d’idées.

Photo : Bruno Petrozza, TVA Publications

Est-ce que tu continues d’utiliser des feuilles d’or sur tes tableaux?

Oui, c’est une technique que j’avais commencée avec les chevaux. Il y a vraiment un lien, je n’ai pas complètement changé de style, en ce sens que j’y vais avec des couleurs assez diffuses, très diluées. Les personnages sont encore plus doux que les chevaux, c’est comme très effacé en fait. 

Il y a une douceur dans les couleurs, mais pas nécessairement dans le propos...

Non, pas tant. J’avais envie de retourner aux personnages parce qu’au départ, j’ai fait des ballerines. Ça faisait longtemps que j’en avais fait, et je voulais travailler avec des yeux humains, des visages, tout simplement. Et les personnages de la royauté me parlaient, parce que j’ai toujours trouvé qu’ils n’étaient pas chanceux dans leur chance! Ils n’ont pas choisi d’être dans la royauté, ils sont comme pognés, et il y a là un côté que je trouve le fun de fouiller. Je pense à des visages qui font partie d’une autre époque, à des reines du Moyen Âge, de la Renaissance, des Dames de Touraine. Elles n’auront jamais vu leur portrait autrement que dans la perfection. Jamais elles ne se seront vues le dos courbé, simplement dans un moment d’humanité. Sincèrement, je ne saurais expliquer pourquoi j’ai décidé d’aller là, mais j’ai du plaisir. 

Mis à part tes reines, tu as eu l’idée de faire une toile avec la jeune Greta Thunberg!

Oui! J’ai fait une toile de Greta dans un élan, parce qu’elle s’en venait à Montréal, et on parlait d’elle tous les jours. Et moi, je l’aime, Greta, je la trouve touchante et courageuse. Je trouve que c’est une enfant qui a un destin extraordinaire, unique, et elle contribue, à sa façon, à changer le monde et à faire bouger les choses. Le jour de la marche à Montréal, j’y étais, et c’était tellement touchant! C’était plus grand que nature, on avait enfin l’impression de participer à faire bouger les choses, et c’est grâce à elle. Bref, elle m’inspire, et ma toile était déjà faite avant le jour de la marche. J’aimerais faire d’autres toiles avec Greta, comme j’ai fait plusieurs reines Élisabeth. Elle m’inspire assez pour que j’en fasse quelques-unes. En fait, Greta va probablement aussi m’amener sur une prochaine piste que j’ai aussi envie d’explorer, soit de faire des toiles sur des femmes admirables. J’ai envie d’explorer ça, en même temps que mes personnages étranges.

Photo : Bruno Petrozza, TVA Publications

Est-ce que tu as déjà en tête un moment pour faire un vernissage et présenter toutes tes toiles?

J’ai déjà un peu l’impression de les présenter par le biais de ce reportage! Mais un vrai vernissage, il en a été question, et l’an passé, nous nous étions dit que ce serait en ce moment. Ç’a été repoussé, je dois faire d’autres toiles, dont au moins deux énormes formats, pour présenter mes toiles à l’endroit que nous avons en tête. Mon but est d’avoir au moins 25 toiles, et ce sera peut-être dans six mois ou un an que je ferai ce vernissage. 

Chose certaine, on peut dire que tes toiles sont très variées!

Il y a quelque chose que j’aime dans cet aspect un peu désordonné. Il y a plusieurs choses en ce moment: j’ai des reines Élisabeth habillées en Alexander McQueen, j’ai des reines en bobettes et en sous-vêtements, j’ai Greta qui est une femme admirable. Soit ça va demeurer désordonné ou je vais cibler, mais je vais devoir me faire une idée. En fait, je suis encore trop dans la période de création pour déterminer une ligne conductrice. Je vais sûrement aussi me laisser inspirer par ce que les gens vont me dire.

Je te sens fébrile, excitée tant par tes créations dans ton atelier que lorsque la comédienne en toi est appelée à jouer!

Je remercie le ciel parce que comme j’ai deux métiers, je n’ai pas la tête sur le billot avec la peinture. Je peux me permettre d’essayer des affaires, qu’elles plaisent moins ou qu’elles plaisent plus. C’est excitant!

  • Pour découvrir ses toiles: brigittelafleur.com  
  • Les pays d’en haut, lundi 21 h, à Radio-Canada.
  • Faits divers, dès le lundi 17 février à 21 h, à Radio-Canada.
  • La pièce Les voisins est en tournée au Québec.

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