Le Québec, une des capitales internationales du cirque | 7 Jours
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Le Québec, une des capitales internationales du cirque

Depuis plusieurs années, le Québec est une belle plaque tournante pour le cirque contemporain. Le Cirque du Soleil, Les 7 doigts de la main, le Cirque Éloize, Flip Fabrique et le Cirque Alfonse y ont contribué en conjuguant acrobaties, théâtre, humour, danse et musique sur les scènes d’ici et d’ailleurs, dans des productions toujours plus audacieuses. Grâce à des compagnies phares aux racines et aux styles différents, à Montréal et à Québec, le cirque s’est imposé en tant que discipline à part entière. Aujourd’hui, les jeunes qui rêvent de devenir acrobates professionnels ont toutes les possibilités de tenter leur chance. 

Cirque du Soleil : Les as de l’innovation

Alegría a été présenté aux quatre coins du monde.

Photo : Production ©, Marie-Andée Lemire

Alegría a été présenté aux quatre coins du monde.

Reconnu internationalement pour ses spectacles qui sortent des sentiers battus, le Cirque du Soleil est évidemment l’un des acteurs principaux du milieu circassien! Peu importe l’endroit ou le format — De Montréal à Los Angeles, sous un chapiteau ou dans un aréna —, cette compagnie offre depuis 35 ans des numéros de haute qualité!

Les histoires grandioses démarrent parfois avec peu de chose. En 1984, Guy Laliberté, petit échassier, accordéoniste et cracheur de feu de Québec, obtient du gouvernement québécois un soutien financier à l’occasion des célébrations du 450e anniversaire de l’arrivée de Jacques Cartier au Canada. Ainsi naît, avec la complicité de son ami Daniel Gauthier, le Cirque du Soleil. 

Au fil des années, l’entreprise devient vite incontournable dans le milieu et demeure la locomotive des arts du cirque contemporain au Québec. «Le Soleil représente l’énergie et la jeunesse», affirmera Laliberté, d’où le nom du célèbre cirque. À défaut d’avoir atteint le Soleil, il s’en est approché plus que quiconque en voyageant dans l’espace en 2009, au prix de millions de dollars, signe de l’ascension hallucinante de cet entrepreneur. 

En mettant l’accent sur les costumes, les personnages, les éclairages, le jeu scénique et la musique originale, le Cirque du Soleil devient rapidement l’un des précurseurs dans l’art du nouveau cirque, qui ne met aucun animal en vedette. Il est parti d’une modeste compagnie de Baie-Saint-Paul à l’une des plus florissantes du monde entier. 

Toujours se réinventer 

Depuis, le Cirque du Soleil a charmé plus de 200 millions de spectateurs. Il a présenté des spectacles dans plus de 450 villes, 68 pays et 6 continents. Plus de 4800 employés (92 nationalités et 34 langues parlées!) travaillent pour le Cirque du Soleil à travers le monde, dont 1500 sont des artistes. Et la popularité du cirque ne cesse d’augmenter. 

«On est dans une très bonne situation au Québec et dans le monde; on vit toujours un bel essor, souligne Yasmine Khali, chef de la direction, à la production exécutive du Cirque du Soleil. Les finissants de l’École nationale de cirque trouvent rapidement des emplois ou participent à des projets ou des événements.»

Malgré son immense succès, le Cirque du Soleil ne se repose pas sur ses lauriers. «On cherche toujours à se réinventer, relate Yasmine. Lors des 35 dernières années, on n’a jamais recréé le même projet ou le même spectacle. On a récemment produit notre premier show sur glace (Crystal), notre premier souper-spectacle au Mexique (Joyà), notre premier spectacle d’action et de thriller à Las Vegas (R.U.N). On a aussi enfin eu la chance d’aller en Inde (avec le spectacle Bazzar). La seule façon d’y arriver était de revoir la taille du projet, sans jamais compromettre la qualité. Le chapiteau était plus petit, mais nous permettait quand même de présenter le cirque à sa juste valeur. Finalement, même lorsqu’on maîtrise quelque chose, on ne veut pas le refaire: on veut pousser encore plus loin. Ainsi, on réussit à toujours surprendre les gens avec de nouveaux contenus et contenants.» 

À la conquête du monde 

Par sa formidable ascension sur la scène internationale, le Cirque du Soleil s’est démarqué et est toujours à la conquête de nouveaux marchés. «Nos spectacles sont généralement présentés d’abord à Montréal, puis partout dans le monde. Par exemple, le spectacle Alegría a été présenté aux quatre coins du monde pendant un quart de siècle, sous un chapiteau ou dans un aréna, et a subi très peu de changements. Le Cirque touche toutes les cultures et tous les âges. La majorité de nos spectacles n’ont pas de langue spécifique. La musique a également un langage inventé, et les titres ont une signification créative, mais ne sont pas unilingues. Ce sont des façons de ne pas nous limiter et de pouvoir présenter nos spectacles à travers le monde. La Chine demeure jusqu’à maintenant un grand défi; on continue à chercher la meilleure façon de conquérir ce marché. On a encore du travail à faire pour définir les bons formats, la bonne distribution, la façon de parler aux gens. Notre marque de commerce est encore peu connue en Chine, contrairement au reste du monde, où on a une très grande reconnaissance. Cependant, on vient de lancer un nouveau spectacle fixe en Chine, en collaboration avec le Hangzhou Xintiandi Group; c’est l’un de nos plus gros spectacles, et jusqu’à maintenant, tout va bien.»

Axel : prouesses sur glace 

Photo : Production ©

«On avait créé le scénario d’Axel, le plus récent projet sur glace du Cirque du Soleil, mais on cherchait son interprète, relate Patricia Ruel, directrice de production pour Axel. On a lancé une bouteille à la mer, un appel de candidatures virtuel aux quatre coins du monde.» Lorsque la directrice de casting a vu sur son écran d’ordinateur la vidéo de Jayden Sierra, un artiste venu du fin fond de l’Australie, elle s’est précipitée hors de son bureau pour aller voir Patricia Ruel. «Il était tout ce qu’on avait imaginé, raconte celle-ci. On avait une idée très précise de ce qu’on voulait pour le rôle d’Axel, mais il fallait dénicher celui qui répondrait à nos besoins, peu importe où il se trouvait dans le monde.»

Jayden, un Australien de 25 ans, avait, comme plusieurs artistes de partout dans le monde, envoyé sa vidéo sans trop savoir s’il allait avoir des nouvelles des créateurs québécois. «Eux ne savent pas ce qu’on cherche, mais pour nous, Jayden arrivait au moment où on recherchait exactement ce type de personnage, confie Patricia. On a été très chanceux de le trouver; c’est un surdoué! Il est très fort physiquement, il chante, il joue de la guitare et il fait tout ça en patins de façon très gracieuse, même s’il n’a pas grandi à Montréal, près d’une patinoire! Il est vraiment exceptionnel.»

L’énergie de l’aréna

Le spectacle Axel réunit sur glace des numéros de patin freestyle, de patinage artistique en solo, de diablo sur patins et de contorsions aériennes. «J’avais envie de créer un spectacle qui épouse le concept des arénas, explique le metteur en scène Fernand Rainville. J’aime aller voir des joutes de hockey, des concerts et, lorsque je vais dans un aréna, je veux sentir cette énergie-là.» 

Combinant musique live et jeux de lumière, ce spectacle met en scène Axel et ses compagnons. «On a fait d’Axel un personnage plus grand que nature: il dessine, il compose, il chante, il écrit des romans graphiques et construit des robots, relate Fernand. Sa rencontre avec Lei l’ébranle, et à ce moment-là, il crée une fable et des personnages fictifs, des vilains comme des gentils. On voyage dans l’imaginaire d’Axel.»

«La facture visuelle du spectacle est très contemporaine, renchérit Patricia Ruel. C’est très graphique, très coloré, avec une scénographie complètement multimédia. Axel est donc très différent de Crystal (la première production sur glace du Cirque) dans sa facture, parce qu’on a toujours le mandat de repousser les limites de la performance, de voir ce qui n’a pas été fait. Le Cirque du Soleil innove une nouvelle fois.» 

Pas si facile, le patin!

En plus d’avoir à gérer le côté périlleux du cirque, faire des acrobaties sur glace comporte son lot d’épreuves. «Tout le monde pense savoir patiner, mais faire le tour du parc Lafontaine et faire un show du Cirque du Soleil, c’est deux choses! dit Patricia Ruel en éclatant de rire. La moitié des artistes sont des patineurs professionnels, et les autres sont des acrobates à qui on a appris à patiner. Ç’a été plus difficile qu’on croyait d’amener les acrobates à acquérir une aisance convenable en patins: on ne devient pas un patineur olympique en six semaines... Plusieurs artistes ont découvert des muscles qu’ils ignoraient avoir dans les jambes! (rires) Le froid a aussi été un challenge: il y a plein de chaufferettes dans les coulisses pour que nos contorsionnistes puissent se réchauffer avant leurs numéros sur glace. Il s’agit d’un beau défi pour toute l’équipe de création de travailler avec une nouvelle scène comme la glace.» 

Son avenir

Ce spectacle a été conçu pour la famille. Durant les deux premières années, Axel sera en tournée en Amérique du Nord. Il a déjà été présenté dans des villes en Ontario et en Floride. Puis éventuellement, l’équipe changera peut-être de continent pour la suite de la tournée. C’est parti pour longtemps avec ce spectacle! 

  • Axel sera présenté du 19 au 29 décembre au Centre Bell, à Montréal, puis dès janvier, il partira en tournée aux États-Unis. 

Cirque Alfonse: C’est de famille!

Photo : Collaboration spéciale, Chantal Lévesque

Le cirque Alfonse ne pourrait être plus familial. Son plus récent spectacle, Tabarnak, a été créé dans la grange des parents de son cofondateur, Antoine Carabinier Lépine. Comme chaque fois, la maman apportait aux artistes, entre deux séances de répétition, de quoi leur remplir l’estomac...

Le Cirque Alfonse s’est constitué en 2005, dans Lanaudière, avec des membres d’une même famille et des amis, à l’initiative d’Antoine Carabinier Lépine. Celui-ci voulait perpétuer une tradition de cirque familial itinérant tout en renouant avec ses racines québécoises. «Avec ma sœur Julie, on a fondé le Cirque Alfonse en cadeau pour les 60 ans de mon père, Alain, confie Antoine. On voulait faire un spectacle avec lui; le Cirque Alfonse est né ainsi.» 

En 2006, la compagnie crée son premier spectacle, La Brunante, présenté à Saint-Alphonse-Rodriguez, la ville natale de la famille. «On a monté un chapiteau et présenté La Brunante en septembre 2006. On l’a produit durant deux étés, puis des contrats ont suivi.»

Un clan soudé

Il faudra attendre quatre ans avant que le Cirque Alfonse présente une nouvelle création. «Après avoir parcouru d’autres horizons, on a décidé de reprendre les activités du Cirque Alfonse. On a alors créé le spectacle Timber!. Ce spectacle, présenté au festival Montréal Complètement Cirque en 2011, nous a lancés. C’était un show sur les bûcherons; mon père faisait encore partie du spectacle avec ma sœur, mon beau-frère (Jonathan Casaubon), et des copains de plusieurs années. C’était vraiment un clan, une famille. On a présenté Timber! pendant six ans et on a donné 400 représentations aux quatre coins du monde!» Trois ans plus tard, la troupe présente Barbu. «Ce spectacle était un peu plus déjanté, du type cabaret pour adultes. Mon père n’y a pas participé. Avec Barbu, on a joué dans des grandes villes, dont Londres, pendant trois mois, et aussi à Sidney, en Australie. Puis, il y a deux ans, on a créé Tabarnak. On a donné environ 200 représentations; on revient d’ailleurs d’une tournée européenne et d’une tournée en Australie.»

Tabarnak

Aux yeux d’Antoine et des membres de la compagnie, il est primordial de ne jamais se couper de leurs racines. «Nos inspirations sont toujours les traditions québécoises, d’où on vient, explique Antoine. On dit souvent “qu’on est le plus québécois des cirques québécois”. Pour le spectacle Tabarnak, on voulait présenter le lieu de rassemblement commun d’un village: l’église. On a misé sur l’aspect architectural, le bâtiment et ce qu’il représentait.» Pas besoin d’être pratiquant pour apprécier la mise en scène signée Alain Francoeur. L’acrobate nous assure d’ailleurs que la création n’a rien d’occulte. «On ne voulait pas faire un show sur la religion; on utilise plutôt des symboles et des rituels de plusieurs religions. C’est très libre comme appropriation. On a d’ailleurs joué dans des pays qui ne sont pas catholiques. À l’étranger, les gens ne connaissent pas la signification du titre, donc ils n’ont pas d’attente particulière. Le monde tripe à fond partout où on va, il y a des standing ovations, ça marche super bien! On ne savait pas trop comment ça allait réagir, car ce sont des thèmes très québécois, mais le public embarque et en ressort le sourire accroché au visage. On voulait présenter un spectacle rassembleur. On fait quand même du cirque; ce sont de grands tableaux, c’est très aérien.»

De l’Amérique du Nord à l’Europe

Si le Cirque Alfonse campe ses exploits physiques et poétiques dans des histoires à saveurs québécoises — univers de bûcherons, foires d’antan ou messe à gogo —, ses artistes donnent beaucoup plus de spectacles à l’étranger qu’au Québec. «Il y a une pression particulière quand on joue à Montréal: c’est une des capitales du cirque, précise Alain Francoeur. Et il est toujours difficile de jouer en région, car les coûts de production sont élevés. Les théâtres ne sont pas vraiment habitués à ça, comparativement à l’Europe ou ailleurs dans le monde, où ils ont peut-être de meilleurs budgets pour nous soutenir. On va généralement dans une dizaine de villes au Québec. Même si c’est difficile pour le cirque, on n’arrêtera pas de se battre pour continuer en région.»

Le Cirque Alfonse ne chôme pas et prépare de nouveaux numéros. «On répète et on travaille beaucoup afin de présenter un nouveau spectacle l’été prochain. On ne veut pas tout dévoiler... mais ce sera probablement la même équipe de création et les mêmes artistes, donc ce sera du Alfonse!»

Les 7 Doigts de la main : Créer ses propres histoires

Le spectacle Passagers présentement en tournée.

Photo : Production ©

Le spectacle Passagers présentement en tournée.

Comme les doigts de la main, chacun des sept membres fondateurs du collectif apporte au groupe sa personnalité artistique propre. Certains proviennent du théâtre, d’autres de la danse, et en assemblant leurs talents, ils ont pu explorer les possibilités infinies offertes par le mélange des disciplines artistiques. Rencontre avec l’un des membres des 7 doigts, Samuel Tétreault.

En plus d’avoir étudié à l’École nationale de cirque à Montréal, Samuel Tétreault s’est investi à fond dans le développement des arts du cirque au Canada. Il a été président d’En Piste (Regroupement national des arts du cirque du Canada) de 2013 à 2019 et a siégé 18 ans au sein de son conseil d’administration. «Le collectif Les 7 Doigts de la main a été fondé en 2002 par sept amis et collègues de cirque. On avait tous à l’époque entre 10 et 15 ans de carrière au sein du Cirque du Soleil, du Cirque Éloize, des grands cabarets dans le monde (surtout en Allemagne), et on avait, pour la plupart, étudié à l’École nationale de cirque, raconte-t-il. On était désormais à un moment de notre carrière où on avait envie de créer, d’exprimer certaines choses à travers un spectacle. On avait tous envie d’orienter notre carrière vers la mise en scène, la direction artistique et la dramaturgie contemporaine. Notre tout premier spectacle a été Loft.»

Loft

Ce spectacle mettait en scène les sept membres fondateurs (Isabelle Chassé, Shana Carroll, Patrick Léonard, Faon Shane, Gypsy Snider, Sébastien Soldevila et Samuel Tétreault) et a été présenté près de 900 fois. Dans le scénario, l’action se déploie dans un loft où sept amis utilisent tout ce qui leur tombe sous la main pour briser la monotonie. C’est un mélange de cirque, de théâtre, de danse et de projections vidéo. 

«Je pense qu’avec Loft on a été les pionniers d’un nouveau genre de cirque contemporain qui comprend un rapport beaucoup plus intime et humain avec le spectateur. Il s’agissait d’une espèce de huis clos où le spectateur arrivait dans la salle par les coulisses, puis traversait la porte d’un réfrigérateur pour arriver sur la scène, dans le décor. On était déjà là, en sous-vêtements, comme surpris par des invités qui arrivaient en avance à la maison. Donc, déjà, il y a 20 ans, il y avait ce petit côté immersif et surtout la volonté de rendre l’artiste de cirque plus humain, plus accessible. C’est un spectacle qui n’aurait pas pu être créé par un seul directeur artistique. Ça prenait sept visions qui se conjuguent pour arriver à faire ce premier spectacle; on était tous à la fois acteurs sur scène, metteurs en scène, auteurs et chorégraphes du spectacle.»

Depuis, Les 7 Doigts ont donné naissance à diverses créations: solos, spectacles sur la scène internationale, comédies musicales ou événements spéciaux, comme la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Sotchi. «Je le dis sans prétention, poursuit-il, mais Loft aura poussé plusieurs jeunes artistes québécois à fonder leur compagnie. Je pense au Cirque Alfonse, à FLIP Fabrique et à beaucoup d’autres, dont les fondateurs ont d’abord été artistes chez Les 7 Doigts. À travers notre processus créatif, ils ont pu explorer leur propre individualité et, un jour, ils ont eu envie de faire ce qu’on a fait, c’est-à-dire s’émanciper.» 

Explorer

Fascinés par les enjeux humains, Les 7 Doigts créent pour célébrer notre monde, en mélangeant les genres et en explorant de nouveaux vocabulaires. «Le spectacle La vie portait sur notre rapport à la mort, le spectacle Psy, sur les maladies mentales et les troubles psychologiques, en explorant la frontière entre la folie et le génie. Passagers (actuellement en tournée mondiale), créé par Shana Carroll en 2018, explore l’idée du voyage, des départs et des arrivées. Notre ami Raphael Crouze, qui était un artiste extraordinaire, est décédé beaucoup trop jeune: à 31 ans. Ce spectacle était aussi une façon d’extérioriser notre deuil, en exprimant que la vie est un voyage. Et il y a des voyages où il n’y a pas d’arrivée... Depuis 17 ans, notre collectif d’artistes est devenu un collectif de directeurs artistiques et de metteurs en scène. Il y en a toutefois quelques-uns qui sont restés sur scène, dont Patrick Léonard. On fait du cirque d’auteur. On a toujours un engagement envers l’intelligence du spectateur afin de le rejoindre sur un plan vraiment personnel et humain qui va au-delà du spectaculaire.»

Le cirque au Québec

Ses engagements en tant que président d’En piste ont permis à Samuel Tétreault de voir l’évolution du cirque au Québec. Qu’en pense-t-il? «J’ai été aux premières loges pour voir l’évolution du cirque au Québec. J’ai d’ailleurs travaillé très fort avec mes collègues pour arriver à faire reconnaître les arts du cirque comme une discipline artistique à part entière au Conseil des arts du Canada. Le cirque se porte très bien au Québec, par rapport au reste du Canada et à d’autres pays. Quand on se compare, on se console!»

Cirque Éloize : Le plus grande des petits cirques

Photo : Production ©

Considéré comme précurseur du cirque contemporain, le Cirque Éloize contribue au rayonnement culturel du Québec et a un impact sur le paysage circassien à l’échelle internationale depuis 1993. l’un de ses fondateurs, Jeannot Painchaud, nous raconte.

Lorsque Jeannot Painchaud amorce sa carrière, c’est en tant qu’artiste multidisciplinaire au sein de diverses troupes. Il cofonde le Cirque Éloize en 1993 et participe à différents spectacles de la compagnie. Il délaisse la scène en 1998 pour se dévouer au développement de l’entreprise. Il est désormais le président et chef de la création du Cirque Éloize. «Je suis né de cette première génération qui a fait l’École nationale de cirque à Montréal, explique-t-il. J’ai commencé au début du mouvement, vers 1984, lorsque le Cirque du Soleil venait d’être créé. Après avoir passé quelques années à l’école, j’ai suivi d’autres formations en France, où le mouvement était naissant là aussi. On était dans une ère où la seule référence était le Cirque du Soleil; on voulait donc proposer quelque chose de différent. On avait présenté un concept théâtral de cirque qu’on peut présenter dans les théâtres et non sous les chapiteaux. Parce que le cirque en salle ne se faisait pas à l’époque, notre proposition était novatrice. On a essayé de mêler les genres: théâtre, danse contemporaine et acrobaties, ce qui a donné notre première création: Cirque Éloize.»

Un départ en lion

La compagnie a été l’une des premières à délaisser le chapiteau au profit des salles de théâtre. Son ascension fulgurante débute en 1995, alors qu’elle se tourne vers les scènes internationales. «En 26 ans, on a présenté nos spectacles dans plus de 60 pays et plus de 550 villes. En février 1995, on a fait un showcase à Philadelphie (une présentation des spectacles pour les acheteurs potentiels). On a eu un gros succès: on a vendu 125 spectacles aux États-Unis. Ç’a été le départ en lion du Cirque Éloize, avec une première grande tournée américaine, qui s’est conclue par une invitation à participer à la réouverture officielle du New Victory Theater, à Broadway, en décembre. Tout s’est mis à exploser, et on a commencé à être en tournée sans arrêt à partir de là. Depuis, on présente toujours plus de 100 représentations par année dans le monde», explique Jeannot.

Le pouls du cirque québécois

Depuis 2004, l’ancienne gare Dalhousie — le bâtiment où l’École nationale de cirque de Montréal était installée de 1989 à 2003 — abrite le siège social et le studio de création du Cirque Éloize. La compagnie réunit aujourd’hui plus d’une centaine d’employés. «Le cirque est vraiment en santé au Québec. Il y a eu une explosion formidable. Grâce à l’École nationale de cirque de Montréal, de nombreux jeunes sont devenus des professionnels et ont commencé à travailler dans des cirques. Certains ont même créé leur propre cirque. On ne pouvait pas devenir artiste de cirque il y a 30 ans si on ne venait pas d’une famille qui pratiquait déjà les arts du cirque. Ça montre à quel point il s’est passé un phénomène incroyable depuis trois décennies. Une nouvelle discipline est née et a créé un nouvel écosystème. Aujourd’hui, c’est un peu la rançon du succès: puisqu’il y a beaucoup d’offres, il faut vraiment s’exporter.»

Une recette gagnante

Plus de 5500 représentations dans 550 villes du monde entier qui ont été acclamées par 3,5 millions de spectateurs font de cette compagnie un leader mondial du cirque d’aujourd’hui. «Lorsqu’on a débuté, la première critique du New York Times avait dit de nous, par rapport au Cirque du Soleil: “A circus in the suitcase”, parce que notre spectacle comptait 10 artistes. On était comme un cirque de poche, et aujourd’hui, on est le plus grand des petits cirques. Plus de 80 % de nos représentations se font à l’extérieur du Canada. Exceptionnellement cette année, on a été très présents au Québec: non seulement on présentait un spectacle en tournée (Hotel), mais on faisait aussi le spectacle Serge Fiori, Seul ensemble. Ç’a été un énorme succès; plus de 75 000 personnes y ont assisté. Pour ce spectacle, on était 21 acrobates et danseurs portés par l’œuvre musicale et poétique de Fiori, mais toujours avec ce côté intime, innovateur, parsemé de théâtralité et de numéros de cirque forts.» 

FLIP Fabrique : Des artistes avec un cœur d’enfant

Blizzard, la dernière création.

Photo: Collaboration spéciale, Emmanuel Burriel

Blizzard, la dernière création.

FLIP Fabrique est née de l’amitié et du rêve, à Québec, en 2011. Avec ses spectacles d’envergure Féria, Transit et Blizzard, la troupe est désormais reconnue partout dans le monde pour ses présentations rassembleuses et poétiques.

«On était des amis de longue date à l’École du cirque de Québec. On roulait notre bosse chacun de notre côté: certains étaient chez Éloize, et d’autres enseignaient à l’école ou jouaient dans des cabarets en Allemagne ou au Cirque du Soleil, relate Bruno Gagnon, le directeur général et artistique de FLIP Fabrique. Puis en 2011, on s’est tous retrouvés, on a lâché nos emplois et on a mis la main à la pâte pour créer notre propre spectacle. Notre couleur et notre première production, Attrape-moi, sont nées à ce moment-là.» FLIP Fabrique se défend de proposer des spectacles innovateurs. «Dans notre compagnie, on a différents styles de spectacles, explique Bruno. Par exemple, le spectacle Féria – L’attraction, présenté l’été devant une centaine de milliers de personnes, est totalement distinct de la nouvelle création Blizzard. On a une grosse démarche poétique, avec de l’énergie pure et dure, et des artistes authentiques.» 

Francis Julien, cofondateur, artiste, et membre de la troupe ayant le plus d’expérience de cirque, ajoute: «On est très polyvalents. Souvent, avec seulement six artistes, on remplit très bien un spectacle d’un peu plus d’une heure. On est tous jongleurs, porteurs, acrobates, trampolinistes, musiciens; on fait tout! Cette polyvalence nous permet de répondre à toutes sortes de demandes. On a aussi un
côté comique, bon enfant. Nos œuvres puisent dans la nostalgie de l’enfance, le jeu et les farces.» 

Jérémie Arsenault, Camila Comin, Christophe Hamel, Hugo Ouellet-Côté et Jade Dussault sont les cinq autres artistes fondateurs de FLIP Fabrique. 

Blizzard

Avec sa dernière création, Blizzard, mise en scène par Olivier Normand, FLIP Fabrique nous transporte en plein hiver, même si la saison est déjà bien installée. Les artistes nous invitent notamment à nous perdre dans la beauté de l’hiver. «Blizzard est une ode aux hivers québécois, souligne Bruno Gagnon. Il y a sept acrobates en plus d’un musicien. On brosse plusieurs tableaux: on fait des batailles de neige, on joue au roi de la montagne... Ce sont des clins d’œil poétiques à   l’hiver. Et visuellement, c’est du bonbon! C’est un de nos spectacles les plus aboutis, dont je suis assez fier.»

Que ce soit à Montréal, Terrebonne, Baie-Saint-Paul, Baie-Comeau, Sept-Îles ou Calgary, la troupe de cirque FLIP Fabrique rayonne. Mais elle le fait également à l’étranger. «Avec Blizzard, on est des petits Québécois qui jouent dans la neige, ajoute le directeur général et artistique. C’est quelque chose d’assez exotique. Les gens sont surpris — parce que, oui, il y a de la neige au Québec — mais surtout contents de la qualité de nos productions. À l’international, le public est vraiment satisfait; ce n’est pas partout que les gens produisent des spectacles de cirque et des productions professionnelles dont la composition va de la technique à la dernière note de musique, en passant par toutes les acrobaties possibles. On est des experts en arts du cirque et du théâtre. Les producteurs étrangers sont très contents de faire affaire avec nous.»

L’été passé, FLIP Fabrique présentait le spectacle Féria – L’attraction à la place Jean-Béliveau. Cette cinquième création estivale de FLIP Fabrique — avec Crépuscule, Crépuscule – Raviver les braises, Crépuscule – Vents & Marées et Féria — était offerte gratuitement à la population de Québec. Ces représentations ont figuré parmi les événements les plus populaires auprès de dizaines de milliers de spectateurs enchantés.

  • FLIP Fabrique présente Blizzard jusqu’au 5 janvier à la Tohu, à Montréal.

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