Philippe Lapeyrie: «On a du plaisir en famille» | 7 Jours
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Philippe Lapeyrie: «On a du plaisir en famille»

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Photo : Daniel Daignault, TVA Publications

C’est dans leur appartement situé dans le Vieux-Québec que nous avons rencontré Philippe Lapeyrie et sa famille. Et si vous croyiez que le sommelier est vraiment passionné et emballé lorsqu’il parle de vins, c’est que vous ne l’avez jamais entendu parler de sa femme et de ses enfants! Pascale et ses deux fils constituent son port d’attache, son équilibre, et il est beau de voir toute la tendresse et l’amour qui l’habitent lorsqu’il parle d’eux.  

Philippe, tu travailles énormément. Comment arrives-tu à concilier le travail et ta vie familiale?  

J’essaie de passer plus de temps avec les enfants, de jouer avec eux. C’est fini les couches. C’est tripant, car on a du plaisir en famille. Je suis bien chez nous à faire des casse-têtes devant le foyer avec mes deux petits. Et Pascale est une mère tellement incroyable! Avant que Thomas arrive, en 2010, j’ai eu des années très occupées. J’ai fait 13 voyages en 2009 pour le travail, dont 1 pendant que ma blonde était enceinte: je suis parti 19 jours en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Tasmanie. Et la même année, je suis entre autres allé en Afrique du Sud, en France, en Grèce et en Californie. Ma blonde le savait, ces voyages étaient prémédités parce qu’on voulait avoir des enfants. Entre nos deux gars, on a eu des petites jumelles qu’on a perdues, à quatre mois. Ç’a été un deuil difficile, surtout pour Pascale.  

Je l’ignorais...  

On n’en a jamais trop parlé. Ç’a été un deuil qui a duré très longtemps. Ç’a été un épisode très tough, ça nous a rapprochés. Et deux ans plus tard, sa mère est décédée d’un cancer. C’était sa meilleure amie, une vraie bonne Beauceronne, et sa vie s’est écroulée. Ç’a été un autre moment difficile.  

Photo : Daniel Daignault, TVA Publications

Fais-tu maintenant moins de voyages pour passer plus de temps avec la famille?  

Oui, après la naissance de Théo, j’ai décidé que les 10 ou 12 voyages par année pour le travail allaient passer à 4 ou 5, dont 2 que je fais avec eux. Cette année, on a fait une croisière en famille, en Espagne, en France et en Italie. Et je fais environ trois voyages avec mes trois collaborateurs qui sont géniaux parce que, s’ils ne sont pas là, il n’y a pas de livre. Mais tu vois, cette année, à Noël, je pars cinq jours seul avec un de mes amis pour faire de la plongée au Mexique, et Pascale va venir me rejoindre la semaine suivante. C’est le seul moment dans l’année où on se retrouve seuls tous les deux. On a fait la même chose l’an passé, et ç’a été génial.  

Avec sa conjointe, Pascale, et leurs fils, Thomas et Théodore.

Photo : Daniel Daignault, TVA Publications

Avec sa conjointe, Pascale, et leurs fils, Thomas et Théodore.

Vous êtes ensemble depuis 19 ans, Pascale et toi. C’est une belle histoire d’amour!  

Je travaillais au Toqué à Montréal, j’étais heureux, quand un de mes amis est parti travailler à l’Auberge Hatley. Il m’a appelé pour me dire qu’il y avait un emploi pour moi, et je m’y suis rendu pour une entrevue. On m’a fait faire le tour de l’Auberge, et c’est à ce moment que j’ai vu, dans la cuisine, une petite Émilie Bordeleau avec ses lulus, qui était en train de faire des beurres, et je me suis tout de suite dit: «C’est qui, elle? Elle est donc bien belle!» Ça a fait boum, le 15 mai 2001, et elle m’a raconté par la suite que le soir même, elle avait dit à sa mère qu’elle pensait avoir vu l’homme de sa vie. Et moi, j’étais convaincu qu’elle était la femme de ma vie, que c’était avec elle que je voulais avoir des enfants. Ç’a été un coup de foudre réciproque, mais ç’a été long: ça a pris six mois avant d’avoir un p’tit bec!  

Vous avez vraiment une belle complicité!  

Oui, et elle me calme et me comprend. Tu me connais, j’embarque dans tout, je joue au hockey trois fois par semaine, et elle sait que j’en ai besoin, que ça me fait du bien. Tu sais, il y a 19 ans, Pascale a connu un busboy à l’Auberge Hatley, qui faisait 200 $ par semaine et que personne ne connaissait, et c’est avec lui qu’elle est tombée en amour. Et ça dure depuis ce temps-là.  

Photo : Daniel Daignault, TVA Publications

Tu as présenté récemment la neuvième édition de ton guide du vin, Le Lapeyrie 2020. Es-tu étonné du succès que connaît ton livre?  

On ne pensait pas du tout faire ça pendant si longtemps. Quand Les Éditions de l’Homme m’ont contacté pour me proposer de faire un livre au printemps 2010, je ne trouvais pas que c’était une bonne idée. Il y en avait déjà plusieurs sur le marché. Puis, une nuit, j’ai eu l’idée de faire un agenda du vin. J’ai réveillé Pascale pour lui faire part de mon idée, et c’est comme ça que le premier livre a vu le jour quelques mois plus tard. On a fait trois agendas du vin puis, en 2015, on a présenté un premier guide, et ça a fait boum!  

Celui-ci est-il différent des autres?  

Oui, il est renouvelé à cent pour cent. On y trouve de nouveaux vins, de nouveaux textes et de nouvelles photos. Il y a aussi des anecdotes et une section portant sur les plus beaux terroirs de la planète vin. On a travaillé fort. Je dirais que chaque vin qui est présenté dans le livre représente une journée de travail, parce qu’on appelle le vigneron, on s’informe, on veut des détails sur le vin, sur son nom, tout ce qui peut être intéressant pour les lecteurs.  

Et c’est ici, dans cet appartement, que tu prépares ton guide?  

Oui, on l’appelle notre labo de dégustation. On s’enferme ici trois jours par semaine, Mathieu St-Amour (sommelier au restaurant L’Échaudé, à Québec) et moi, et on fait une journée de blancs et deux journées de rouges. Tout le travail se fait ici; j’écris cent pour cent des textes. Quand Mathieu s’en va, je suis assis ici de midi à 18 h, trois jours par semaine, de janvier à la Saint-Jean-Baptiste; c’est la partie la plus difficile du travail. Mario Landry (directeur des ressources humaines du Cégep de Rivière-du-Loup) s’occupe de l’aspect technique de la SAQ, des fiches, des photos, et Yannick Beaulieu (maître d’hôtel et sommelier de l’Auberge de la Pointe de Rivière-du-Loup) peaufine les accords mets et vins. Tout le travail se fait ici pour trouver les 300 meilleurs vins de la SAQ.  

Et toi, quels sont tes goûts en matière de vins?  

En vieillissant, à 46 ans, je te dirais que ce ne sont plus les gros vins costauds boisés que j’aime. Quand c’est maquillé de copeaux de bois ou de sucre, je n’en veux pas. J’aime le beaujolais, les pinots noirs, j’aime quand c’est délicat.  

«Philippe est un père extraordinaire et un grand romantique» -sa conjointe, Pascale  

Photo : Daniel Daignault, TVA Publications

Puisque la famille est si importante aux yeux de Philippe, on a questionné sa conjointe et complice pour savoir quel type de père et d’époux il est.  

Pascale, on peut dire que Philippe est un homme très aimé et populaire. Le courant passe vraiment entre lui et le grand public...  

Oui, il aime les gens et il a le bonheur facile. Il fait ce métier-là pour les bonnes raisons: il veut rendre les gens heureux.  

Quel genre de père est-il?  

Il est un père extraordinaire! Il n’a malheureusement pas connu la vie de famille étant jeune, alors il apprécie ça au quotidien. Il s’occupe bien des enfants et il est la patience incarnée. Il a un côté enfantin: c’est facile pour lui d’avoir du plaisir et de passer du bon temps avec nos garçons, Thomas, neuf ans, et Théodore, quatre ans.  

Photo : Daniel Daignault, TVA Publications

L’an prochain, ça fera 20 ans que vous êtes ensemble!   

Oui! Moi, je vis le moment présent, mais pour Philippe, c’est bien important, et il le sait que notre 20e anniversaire s’en vient! C’est un grand romantique, très attentif aux détails de la vie quotidienne, et il a souvent des petites attentions pour agrémenter la vie de couple. Il est vraiment un expert dans ce domaine!  

En somme, on peut dire que vous êtes comme un bon vin: vous vieillissez bien!

Honnêtement, oui. On essaie de se garder en forme, c’est important de penser à nous. On aime nos vies, ce sont des vies qu’on a choisies, et on fait ce qu’on aime chacun de notre côté.   

Dans quel domaine travailles-tu?  

J’enseigne la restauration; le DEP en service à la restauration à l’École hôtelière de la Capitale. C’est ma 17e année. C’est une passion pour moi. On se complète beaucoup Philippe et moi dans ce qu’on fait; on a des métiers connexes.   

Mis à part le travail, quelles sont vos activités familiales?  

Nous avons besoin de nous retrouver dans la nature régulièrement. Comme nous côtoyons beaucoup de gens au cours d’une semaine, aller se promener en forêt est vraiment une activité très importante dans nos vies. Sinon, on aime beaucoup faire des sports en famille. On fait du ski alpin — on va d’ailleurs initier Théodore à ce sport cet hiver —, et l’été, on aime beaucoup aller à la pêche dans des pourvoiries.  

Photo : Daniel Daignault, TVA Publications

Comment vis-tu avec la popularité de Philippe?  

J’aime être assez effacée, être à l’arrière, et ce que Philippe fait prend beaucoup de place dans notre vie. Mais on l’a vécu progressivement, ce n’est pas arrivé du jour au lendemain. Et, quand on a commencé à être ensemble, il n’était pas populaire. On essaie d’apprivoiser cette popularité au quotidien, mais on ne s’habitue pas nécessairement à ça. Cela dit, le fait de voir que les gens apprécient le travail acharné que Philippe fait est une belle récompense de la vie. Les gens sont toujours super gentils et respectueux. Les enfants voient papa à la télévision et, pour eux, c’est normal, ça fait partie de leur vie.    

Photo : Courtoisie

  • Le Lapeyrie 2020, en librairie.  
  • En plus de faire plusieurs chroniques à la radio, Philippe participe depuis 13 ans à Salut Bonjour Weekend tous les samedis.  

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