Forcé à l’exil: qui a volé la vie de Michaël? | Espion malgré lui
Club illico, dès le 21 novembre
Le journaliste Félix Séguin et la réalisatrice Ninon Pednault.
Michaël Lechasseur a 14 ans lorsque la police de Belœil commence à lui acheter des renseignements sur les Hell’s Angels. Trois décennies plus tard, cet ancien informateur réduit à la clandestinité se confie à Félix Séguin dans l’espoir d’obtenir réparation.
À la fin des années 2000, le Québec est choqué par l’histoire de Michaël Lechasseur, un collaborateur de la police laissé à lui-même après des décennies de bons et loyaux services. Puisque les explications continuent de se faire attendre, le journaliste Félix Séguin et la réalisatrice Ninon Pednault ont décidé de mener une enquête dont on découvre les détails dans le documentaire Forcé à l’exil.
Malheureusement, Michaël ne peut pas rejoindre Félix au Québec afin de répondre à ses questions. En effet, pour sa sécurité et celle de sa famille, l’ancien espion a passé les 10 dernières années caché en Europe, où il ne risque pas de croiser un de ses ennemis. C’est donc à Barcelone que Félix rencontre Michaël, dont l’histoire débute au milieu des années 1980.
De belles promesses
À l’époque, Michaël fréquente l’arcade Le Casino de Belœil, où il se lie d’amitié avec le fils du Hell’s Angel Guy-Louis «Chop» Adam. La police locale en profite pour lui faire une proposition alléchante: si Michaël fournit des informations intéressantes sur ce qui se passe chez les Adam, il obtiendra beaucoup d’argent et des références solides qui l’aideront à devenir un vrai policier.
Pour un gamin de 14 ans, c’est une offre qui ne se refuse pas. Galvanisé par le pouvoir, l’argent et l’impression de faire le bien, Michaël n’a aucun problème à rapporter ce qu’il sait, au grand bonheur des policiers. Même lorsque Chop est tué au cours du «massacre de Lennoxville», en 1985, les policiers incitent l’adolescent à poursuivre son travail aux dépens de son parcours scolaire, de ses liens familiaux et de sa santé.
Le doigt dans l’engrenage
Évidemment, l’informateur se met vite à craindre les représailles. Déménagé à Montréal, puis à Québec, l’adolescent devenu adulte ne peut cependant pas renier ce qu’il croit être son devoir. Il passe les années suivantes à infiltrer la mafia italienne et les Rock Machine, plongés en pleine guerre des motards. Par contre, il est épuisé, fauché, et il a perdu le contrôle de sa consommation d’alcool, ce qui l’amène à poser un geste regrettable en 2000.
Aussitôt emprisonné et trans-formé en délateur carcéral, il commence à perdre confiance en la justice et dépose une plainte en déontologie, qui est vite rejetée. En 2005, Michaël est placé dans une maison de transition du quartier Hochelaga-Maisonneuve... qui fourmille de Hell’s Angels. Avec l’accord de son agent de probation, il se rend à Toronto, puis à Cuba, où il est arrêté pour liberté illégale, en 2007.
Trahison
Pour Michaël, il est clair qu’il s’agit d’une erreur: après tout, il avait l’appui de son agent de probation et il a toujours collaboré avec les forces policières. Pourtant, ce n’est pas assez pour la Commission des libérations conditionnelles, qui le condamne à reprendre son rôle de délateur. Abandonné par la justice comme par la police, qui refuse de le protéger, Michaël sait que sa seule option est de s’exiler dès qu’il regagnera sa liberté.
Dix ans plus tard, il est toujours en quête d’explications, et Félix Séguin a bien du mal à les lui fournir. Il faut dire que le silence semble être la règle, une règle qui s’étend des services de police de Belœil, Montréal, Québec et Toronto à la Commission des libé-
rations conditionnelles, en passant par les enquêteurs qui ont étudié la plainte de Lechasseur et le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).
Encore des promesses
Félix réussit heureusement à retrouver François Leclair, le policier qui a enrôlé Michaël à l’âge de 14 ans, ainsi que plusieurs témoins-clés de l’affaire. Cette percée ne permet pas seulement à Michaël de se vider le cœur: elle entraîne également l’ouverture d’une enquête par le ministère de la Sécurité publique, qui reconnaît que le traitement infligé à Michaël se rapprochait de l’intimidation policière. Reste à savoir si cette victime obtiendra finalement réparation pour une vie d’isolement, de peur et d’exil.