Kukum relate l’histoire de son arrière-grand-mère: «C’était un personnage coloré» −Michel Jean | 7 Jours
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Kukum relate l’histoire de son arrière-grand-mère: «C’était un personnage coloré» −Michel Jean

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Photo : Valérie Blum, Échos Vedettes

Après avoir abordé ses origines autochtones dans Elle et nous, avec comme toile de fond sa grand-mère, Michel Jean va plus loin dans son passé avec Kukum, un roman inspiré de l’histoire de son arrière-grand-mère maternelle, Almanda Siméon. 

Kukum signifie grand-mère en langue innue-aimun, et c’est ainsi que Michel Jean appelait son arrière-grand-mère Almanda Siméon, née Fortier. «Mon arrière-grand-mère, c’était un personnage assez coloré. Il y a plusieurs théories sur ses origines: certaines disent qu’elle était à moitié autochtone et d’autres, qu’elle était blanche. Elle n’a pas été élevée dans la communauté de Mashteuiatsh. Elle avait 15 ans quand elle a rencontré mon arrière-grand-père, Thomas Siméon, un autochtone qui avait 18 ans. Elle a choisi de l’épouser et de partir vivre dans le bois avec lui, comme les autochtones le faisaient à l’époque. Elle a adopté le mode de vie nomade. Je trouvais qu’elle était un personnage fascinant. On a beaucoup parlé des coureurs des bois, qui partaient vivre en forêt quand ils ne voulaient pas rester sur des fermes, parce que ça représentait pour eux la liberté. À ma connaissance, il n’y a pas de femmes qui ont fait la même chose, mais mon arrière-grand-mère, oui. Raconter son histoire me permettait aussi de raconter à travers sa vie comment c’était pour les autochtones avant la sédentarisation forcée, la colonisation, et quelles ont été les conséquences de la sédentarisation forcée. Les lecteurs qui ne connaissent pas beaucoup les communautés autochtones vont comprendre à travers cette histoire comment ça s’est passé.»  

Laisser un héritage 

En plus de raconter l’histoire d’amour entre Almanda Fortier et Thomas Siméon, Kukum est aussi une façon pour l’auteur de laisser un héritage en racontant l’histoire des autochtones à travers celle de son arrière-grand-mère, qui a apprivoisé la vie de nomade en chassant et en apprenant la langue innue-aimun. «Notre histoire n’est pas vraiment dans les livres d’histoires. Je me dis que si je ne la raconte pas, personne ne va la raconter. C’est appuyé le plus possible sur des faits véridiques, même s’il y a une partie qui est romancée. Je suis chanceux, parce que la sœur de ma grand-mère a relaté dans un livre comment sa mère lui a raconté sa rencontre avec son père.» 

Innu de Mashteuiatsh, le journaliste, chef d’antenne à LCN et écrivain Michel Jean avait 17 ans quand sa kukum est décédée. «J’ai le souvenir d’une personne chaleureuse, souriante, gentille et qui riait. Elle me parlait si je lui posais des questions, mais pas ouvertement. Elle était réservée... Tous ceux qui ont connu Almanda se souviennent encore d’elle.» 

Une plus grande ouverture 

Michel Jean sent que, de nos jours, les gens sont plus sensibilisés à la culture autochtone. «Je pense qu’il y a un gros changement et beaucoup d’ouverture, notamment des jeunes. Les gens voient les choses autrement. Ce n’est pas comme avant, où ça n’intéressait personne. Il y a encore de l’incompréhension, mais en général, il y a de l’ouverture. Puis, il y a une nouvelle génération d’autochtones éduqués qui prennent la parole. Je trouve que c’est positif. Quand j’ai commencé à travailler en journalisme, je ne disais pas que j’étais autochtone parce que je ne voulais pas être jugé, que ça me nuise et qu’on me dise que si j’avais quelque chose qui marchait bien, c’était parce que je suis autochtone. J’ai commencé à le dire il y a une dizaine d’années.» Aujourd’hui, il est fier de ses racines. 

Publié à l'étranger  

Son septième roman, Kukum, vient à peine d’être lancé au Québec qu’il sera publié en France après les fêtes. Il s’agira de la deuxième fois qu’un de ses ouvrages verra le jour à l’étranger. «Amun (2016), le recueil de nouvelles que j’ai dirigé, a été publié en France à la fin d’août, et il le sera en Allemagne et au Canada anglais en 2020.» Par ailleurs, Michel Jean a également participé à l’ouvrage collectif On tue la une, sous la direction de Sonia Sarfati, paru cet automne.  

Kukum, le septième roman de Michel Jean, raconte l’histoire de son arrière-grand-mère, Almanda, qui a vécu la vie de nomade en épousant un autochtone.

Photo : Courtoisie

Kukum, le septième roman de Michel Jean, raconte l’histoire de son arrière-grand-mère, Almanda, qui a vécu la vie de nomade en épousant un autochtone.

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