Les métiers de la télé | Figurant: en toute discrétion | 7 Jours
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Les métiers de la télé | Figurant: en toute discrétion

Carole Dionne
Photo : Patrick Seguin

Carole Dionne

L’instant d’un tournage, ils se glissent dans la peau d’avocats, d’infirmières, de policiers, d’étudiants, de clients dans un restaurant ou de simples passants. Leur mission: créer du mouvement derrière les vedettes de vos séries préférées. Ils sont essentiels, mais passent inaperçus en se fondant littéralement dans le décor: ce sont les figurants.

Carole Dionne dirige l’agence de casting spécialisée en figuration la plus sollicitée du Québec. Ironiquement, c’est par pur hasard qu’elle a fait ses premiers pas en tant qu’agente. «Lorsque mon frère, l’auteur Luc Dionne, a écrit Omertà, il a eu besoin de motards pour figurer dans la série. À l’époque, j’étais directrice d’une association de motards, et il m’a demandé d’en trouver une trentaine pour faire de la figuration. Après cette première expérience, plusieurs maisons de production ont fait appel à moi lorsqu’elles avaient besoin de bikers. Puis, en 2001, on m’a demandé d’en trouver 200 pour la série Le dernier chapitre, avec Roy Dupuis. J’ai alors quitté mon emploi dans une compagnie de limousines pour fonder mon agence de casting spécialisée en figuration», raconte-t-elle.

Dix-huit ans plus tard, Figuration Carole Dionne enchaîne les castings. Son équipe et elle fournissent notamment les figurants sur les plateaux de District 31, L’heure bleue, 5e rang, Une autre histoire, Ruptures, C’est comme ça que je t’aime et Toute la vie

Les figurants de l’agence participent à de nombreuses séries populaires, dont L’heure bleue et Ruptures.

Photo : © TVA

Les figurants de l’agence participent à de nombreuses séries populaires, dont L’heure bleue et Ruptures.

Photo : Vero Boncompagni

Un décor vivant

Lorsque vous regardez une série télé, il y a peu de chances que vous portiez attention aux figurants, et c’est tant mieux, car ils sont engagés pour mettre les acteurs en valeur et donner de la crédibilité à la scène. «Certaines personnes croient que les gens qui passent derrière les comédiens sont là par hasard, mais ce n’est pas le cas. Tout ce que vous voyez à l’écran a été minutieusement planifié. Par exemple, pour une scène de la dramatique Ruptures qui se déroule au palais de justice, le réalisateur me demande de trouver dans ma banque de figurants deux avocats d’âges différents, une petite famille avec deux enfants, un homme d’affaires avec des lunettes, deux personnes âgées aux cheveux blancs, un agent de la paix et trois passants de différentes origines ethniques pour créer l’action derrière la comédienne Mélissa Désormeaux-Poulin», explique Carole Dionne.

«En 2001, on m’a demandé de trouver 200 motards pour la série le dernier chapitre.» — Carole Dionne

Photo : © Radio-Canada

«En 2001, on m’a demandé de trouver 200 motards pour la série le dernier chapitre.» — Carole Dionne

Des besoins spécifiques

S’il est plutôt facile de «peupler» une rue, un restaurant ou une salle d’urgence de figurants, certaines distributions représentent un plus grand défi. «Pour la série Demain des hommes, j’ai dû dénicher des joueurs de hockey de haut calibre afin d’entourer les personnages sur la patinoire. L’équipe des Pays d’en haut, elle, m’a demandé des figurants qui savaient manier la hache, pour incarner des bûcherons! Et pour Faits divers, j’ai trouvé des gens qui acceptaient de se dénuder afin de recréer l’atmosphère d’un camp de nudistes. À ma grande surprise, je n’ai pas eu de difficulté avec la nudité. Par contre, dans cette même série, j’ai eu plus de mal à trouver des figurants pour une intrigue concernant des juifs hassidiques. Toutefois, à force d’astuce, j’ai relevé le défi!» souligne fièrement la directrice de casting.

Une maman aux premières loges

Sylvie Sanscartier en médecin dans Au secours de Béatrice et en avocate dans Toute la vie.

Photo : © Collection personnelle

Sylvie Sanscartier en médecin dans Au secours de Béatrice et en avocate dans Toute la vie.

Sylvie Sanscartier est la mère de l’acteur et animateur Mathieu Baron, mais ce n’est pas grâce à lui qu’elle fait de la figuration. «Carole Dionne est une amie d’enfance. Un jour, tandis que je travaillais comme assistante à son bureau de casting, une figurante s’est désistée à la dernière minute, et j’ai accepté de la remplacer. J’ai immédiatement eu la piqûre des plateaux. Je suis de nature plutôt réservée, je n’aime pas être sous les projecteurs, mais j’apprécie l’ambiance des productions. En tant que figurante, je suis aux premières loges pour voir nos talentueux acteurs exercer leur métier.» Sylvie a-t-elle déjà croisé son fils sur un plateau? «Non, et c’est par choix. Figurer dans une scène pendant que mon fils joue l’un des rôles principaux me stresserait bien trop! (rires) Des plans pour que je m’enfarge ou que j’échappe un accessoire du décor!» conclut celle qui fait présentement de la figuration dans la série anglophone Transplant, qui met en vedette Laurence Leboeuf.

Photo : © Collection personnelle

De magnifiques occasions

Charles-Édouard est figurant tant sur les plateaux de séries québécoises que sur ceux de productions américaines.

Photo : © Collection personnelle

Charles-Édouard est figurant tant sur les plateaux de séries québécoises que sur ceux de productions américaines.

Charles-Édouard a décroché son premier contrat de figuration grâce au mannequinat. Aujourd’hui, il gagne sa vie en tant que figurant, cascadeur et acteur. «Je suis souvent “upgradé” comme on dit dans le jargon du métier: je passe de la figuration à un troisième rôle, à un rôle muet ou même à un rôle parlant. Mon histoire la plus rocambolesque: j’étais sur le plateau d’une série américaine au milieu de 900 figurants. Puisque l’action se déroulait dans un rave, l’assistant-réalisateur cherchait des gens pour danser sur les haut-parleurs. Même si je suis un piètre danseur, j’ai sauté sur l’occasion. Avant même que je comprenne ce qui m’arrivait, je me suis retrouvé habillé en collégien, aux côtés des quatre acteurs principaux!» raconte celui qui cumule les figurations en tant que pompier, policier et soldat.

Photo : © Collection personnelle

Photo : © Collection personnelle

Un travail étudiant qui sort de l’ordinaire

Noélie et sa sœur Maïa avec d’autres figurantes sur le plateau du film Vivre à 100 milles à l’heure.

Photo : © Collection personnelle

Noélie et sa sœur Maïa avec d’autres figurantes sur le plateau du film Vivre à 100 milles à l’heure.

Petites-filles de Carole Dionne, Noélie (16 ans) et sa sœur Maïa (15 ans) cumulent les expériences de tournage depuis qu’elles sont toutes petites. «J’ai commencé dans le métier à trois mois! Ma plus belle expérience de figuration à ce jour: la série jeunesse Kaboum, dont j’étais une fan finie dans mon enfance. Voir l’envers du décor a été toute une expérience pour la petite fille de 10 ans que j’étais!» mentionne Noélie, qui rêve d’être designer de décors. «Au lieu d’être gardienne d’enfants ou monitrice de camp de jour, je passe des journées sur un plateau à faire de la figuration. C’est amusant! J’ai adoré mon expérience dans le film Avant qu’on explose. Nous, les figurants, devions faire des actions précises, notamment intimider un des personnages principaux en le bousculant et en lui lançant des papiers. Nous étions au cœur de l’action!» poursuit Maïa, qui aimerait plus tard travailler en cinéma. 

Noélie en costume d’époque sur le plateau du film Jouliks.

Photo : © Collection personnelle

Noélie en costume d’époque sur le plateau du film Jouliks.

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