La mosquée: une communauté menacée | Des blessures toujours vives | 7 Jours
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La mosquée: une communauté menacée | Des blessures toujours vives

Jeudi le 22 novembre à 22 h, Canal D

Commémoration citoyenne de l’attentat de la grande mosquée de Québec en 2018.
Daniel Mallard/Agence QMI

Commémoration citoyenne de l’attentat de la grande mosquée de Québec en 2018.

Le 29 janvier 2017, un homme armé est entré dans la grande mosquée de Québec pour tirer sur les fidèles. Six hommes sont morts et 19 autres ont été blessés ce soir-là, mais les victimes collatérales de cet acte haineux se comptent par centaines. Le documentaire La mosquée: Une communauté menacée est une incursion dans une communauté qui peine à panser ses blessures. 

Qu’ils aient été gravement blessés comme Mohamed Hafid, cloué dans un fauteuil roulant après avoir reçu sept balles, ou épargnés, qu’ils soient devenus orphelins ou veuve avec des enfants à charge comme Najat depuis la tuerie, les musulmans de Québec sont tous des victimes des gestes d’Alexandre Bissonnette. C’est ce qu’on explique dans le documentaire d’Ariel Nasr qui multiplie les témoignages bouleversants de la communauté. 

Une vie détruite 

La vie de Najat Soufiane s’est écroulée le 29 janvier lorsque son mari a été assassiné. «Ma vie a été détruite dans le vrai sens du mot. Je ne peux toujours pas croire que mon mari est mort et de cette manière en plus. Et moi, je suis toujours vivante, je souffre en silence. Je dois être forte pour mes enfants afin qu’ils ne soient pas trop démolis par ce qui est arrivé», explique-t-elle. Se retrouvant seule du jour au lendemain pour gérer le commerce du couple et la famille, Najat a tout vendu afin d’apporter le plus possible son soutien à ses enfants. 

Pour le cofondateur de la grande mosquée de Québec, Boufeldja Benabgallah, la collaboration entre les cultures est garante de l’avenir.

Photo : © Canal D

Pour le cofondateur de la grande mosquée de Québec, Boufeldja Benabgallah, la collaboration entre les cultures est garante de l’avenir.

Rattrapés par la réalité 

Mathieu Lajante n’était pas à la mosquée le soir des meurtres, mais il aurait bien pu y être, lui qui avait repoussé sa visite. Français d’origine, ce spécialiste des communications s’est converti à l’islam il y a une dizaine d’années et a épousé une Sénégalaise qui porte le voile. Victime d’anxiété face au regard des autres, le couple a quitté l’Europe pour le Québec dans l’espoir de souffler un peu. «Le 29 janvier, il y a comme une sorte de réalité qui nous a rattrapés de manière assez brutale et qui nous a rappelé que, finalement, on est dans une époque où l’islam est visé, où l’islam est considéré comme le mal absolu. Que ce soit en France, au Québec ou ailleurs, on est malheureusement exposés à des discours et des comportements haineux», témoigne-t-il. 

Des risques de récidive 

Rachid Rafah, qui a quitté l’Algérie en 1975 après les problèmes sociaux qui ont suivi l’indépendance du pays, est bouleversé. Cet homme qui avoue s’être intégré aisément à la société québécoise au milieu des années 1970 regrette aujourd’hui son immigration au Canada. Seulement à Québec, il a compté une quinzaine de mouvements d’extrême droite anti-musulmans qui agissent en toute impunité. Il en a marre des vœux pieux et réalise que l’attentat à Québec a normalisé l’islamophobie au lieu de la contraindre. «Ça risque d’arriver de nouveau, parce que la police ne nous protège pas», souligne-t- avec indignation. Il ajoute, outré du discours des politiciens: «On va toujours dans la théorie, dans les projets, dans les discours. Les choses ont empiré dans l’indifférence totale.» 

Photo : © Canal D

Indignation devant la sentence 

Des commémorations du premier anniversaire du décès des martyres musulmans au procès d’Alexandre Bissonnette jusqu’à sa sentence, le réalisateur suit de mois en mois les gens de la communauté de Québec qui passent par toutes sortes d’émotions comme la douleur, la peur et la frustration. Bien que le juge François Huot ait affirmé dans le prononcé de la sentence du tueur en février 2019: «Le châtiment est important et il n’est que juste qu’il en soit ainsi», les 40 ans de prison imposés au condamné sans possibilité de demande de libération conditionnelle ont profondément outré les victimes directes et indirectes, qui auraient souhaité une peine plus lourde. 

Pour le cofondateur de la grande mosquée de Québec, Boufeldja Benabdallah, l’avenir repose sur la collaboration entre les différentes cultures du pays. «Comment on peut changer une société pour la rendre plus belle? C’est en travaillant ensemble. Nos différences doivent s’additionner pour faire quelque chose de beau. C’est tout», conclut-il. 

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