Roch Voisine: «J'ai fait bien des sacrifices» | 7 Jours
/magazines/7jours

Roch Voisine: «J'ai fait bien des sacrifices»

Image principale de l'article Roch Voisine: «J'ai fait bien des sacrifices»
Photo : Julien Faugere, TVA Publications

En 33 ans de carrière, Roch Voisine a connu une trajectoire exceptionnelle au Québec et à l’étranger. Malgré le succès, l’auteur-compositeur-interprète a su rester terre à terre. Parce que son histoire et la nôtre sont intimement liées, Roch a accepté de revisiter des pans de sa fabuleuse carrière avec nous.   

Roch, quels sont les projets qui retiennent ton attention actuellement?   

Je fais une tournée acoustique jusqu’à la fin du mois de mars 2020. L’album anniversaire 10 ans Americana est maintenant disponible. On y trouve trois nouvelles chansons: Come to Me, Crying, en duo avec Isabelle Boulay, et Loin d’ici, une chanson originale, qui est une ballade pour mon fils. Initialement, Americana était une idée des Français. Lorsque j’ai présenté ce projet au Québec, j’ai obtenu un succès extraordinaire à la fois sur disque et en concert. J’ai fait le Centre Bell à deux reprises. Ce projet a été récompensé par deux Félix. Comme les gens m’en parlaient encore, il a été décidé de présenter une compilation pour souligner le 10e anniversaire de ce projet. La tournée 10 ans Americana débutera en avril. Il y aura un nouveau décor, un nouveau groupe et de nouvelles chansons. Nous irons partout.   

Revenons aux débuts de ta carrière. Quels souvenirs conserves-tu de ce départ canon?   

C’était en 1986, ça fait donc 33 ans. Il y a une chose que peu de gens savent: à l’époque, quand je suis entré en studio, ce n’était pas pour enregistrer Hélène. J’ai travaillé pendant deux ou trois jours sur une autre chanson. J’ai appelé Paul (Vincent, son gérant de l’époque) au bout de deux jours en lui disant que ça ne marchait pas. Il fallait se dépêcher, car ça coûtait cher. Je trouvais qu’Hélène sonnait mieux. C’était un choix tout à fait arbitraire. Paul m’a dit: «Suis ton instinct.» Si c’était ce que je sentais, c’était ce qu’il fallait faire. Je n’avais pas d’expérience... C’est devenu une grande chanson parce que les gens se la sont appropriée, mais c’est une chansonnette. Les Français m’avaient demandé de revoir sa structure, parce qu’elle est construite de manière peu orthodoxe. J’avais refusé. Après tout, elle avait fait ses preuves... (rires) Ce n’est pas vrai que ce succès était écrit dans le ciel. Il y a eu bien des sacrifices à faire avant d’y arriver. Nous avons travaillé fort, nous avons pris de gros risques. Hélène, ce n’était pas l’investissement d’une grande compagnie de disques: c’est Paul qui avait mis ses derniers sous dans cette pièce...  

Photo : Julien Faugere, TVA Publications

  

Le succès de cette équipe reposait donc sur la confiance mutuelle que vous vous portiez...   

Oui. C’est une équipe qui a fait ses preuves. Les gens ont souvent pensé que Paul dirigeait tout et que je suivais, mais ce n’était pas du tout le cas. Ceux qui entraient dans notre bulle constataient que nous formions une équipe et que nous partagions tout. Nous nous faisions réciproquement confiance. Heureusement que j’ai fait à ma tête par rapport à la chanson Hélène! Sinon, ma vie aurait sûrement été bien différente...  

Comment as-tu composé avec le succès qui t’est tombé dessus comme une tonne de briques?   

Le succès a été une épreuve. Une belle épreuve, mais il fallait quand même composer avec ça. Je n’avais pas d’expérience. Paul a eu l’instinct de m’entourer de gens qui pouvaient m’aider. J’avais l’équipe A de l’époque. L’album est sorti peu de temps après. Par la suite, il a fallu tenir le cap, se protéger le plus possible et travailler. Les tournées étaient longues. Ça prenait beaucoup de discipline. Je faisais comme quand j’étais à l’université: je dormais six heures par nuit parce que j’étudiais en physiothérapie et que je jouais au hockey au niveau universitaire. J’étais habitué à ce rythme.   

De l’extérieur, nous voyons le succès, le côté magique, mais de l’intérieur, c’est tellement de travail!   

C’est correct que les gens voient essentiellement le côté magique. Si ça peut les faire rêver... Lorsque le premier album est sorti, j’avais 80 spectacles à donner en trois mois. Je me souviens d’avoir présenté 10 concerts d’affilée... Au 10e, j’ai failli perdre connaissance tellement la tête me tournait. Physiquement, j’étais brûlé! Sur scène, Jean Bissonnette a été mon mentor. Je pense souvent à lui. Il m’a montré à être sur une scène. Ç’a été rassurant. Tout était allé si vite! En moins d’un an, j’avais des salles de 15 à 20 000 personnes. Il fallait travailler fort, mais j’étais méticuleux. J’aimais ce que je faisais.   

Tu avais tout ce qu’il fallait pour faire ce métier, sinon tu n’aurais pas résisté...   

Effectivement. Mais assez jeune, j’avais déjà appris à me protéger. Je suis un loup solitaire. Les gens qui sont autour de moi n’ont pas beaucoup d’emprise sur moi. Mon entourage à l’époque était composé de gens avec lesquels j’étais allé à l’école. Je n’avais pas d’amis dans le show-business. J’avais une petite maison au Vermont, où personne ne me connaissait. Là-bas, j’étais un nobody.   

Photo : Julien Faugere, TVA Publications

Les gens ne savaient pas qui tu étais?   

Aux États-Unis, personne n’a jamais su ce que je faisais dans la vie. Certains ont dû croire des choses épouvantables, que j’étais un vendeur de drogue ou que mon père avait été généreux avec moi... (rires) J’avais la paix. Je m’isolais complètement. C’est ce qui m’a sauvé.   

Cette attitude t’a-t-elle permis de garder ton enthousiasme face à ton métier?   

Oui, ça m’a permis de ne pas être désillusionné par rapport à mon métier. J’ai réussi à le pratiquer en pleine conscience de ce qu’il était. J’ai fait mes choix en pensant au long terme. Si ça n’avait pas marché, je serais retourné à l’école.   

Ton premier succès en Europe est survenu à quel moment?   

Très rapidement. J’arrivais avec une proposition et une culture différentes. J’étais donc unique, là-bas. Si je veux résumer mon succès en France, je dirais que j’étais un Américain qui chantait dans leur langue. Je n’empruntais rien: je venais du country. Ce mythe de l’Amérique devenait subitement accessible...   

Parmi les événements marquants, qu’est-ce qui retient ton attention?   

L’ampleur du phénomène. C’était gros et intense tout le temps! Je suis un faiseur de rêves, mais je ne rêve pas. Alors, j’ai pu me regarder de l’extérieur. J’ai rationalisé la chose. Ça m’a beaucoup protégé. Je n’ai pas eu de God complex. Quand elles ont de gros succès, certaines personnes se sentent au-dessus de tout. Moi, je me rappelais que ça n’allait pas durer, qu’il fallait profiter de l’instant présent et essayer de faire en sorte que ça dure plus longtemps. C’est comme ça que tout a été planifié. Aujourd’hui encore, je suis la même recette.   

Qu’est-ce que tu n’as pas fait et que tu aurais souhaité faire?   

Il y a bien des choses que j’aurais aimé faire. J’aurais voulu que ça marche aux États-Unis. Je n’ai pas fait tout ce que j’aurais souhaité. Le métier s’est transformé et il faut le faire différemment. Il n’y aura plus de folies comme il y a 33 ans... mais je n’en veux pas non plus! (rires) Il y a un âge pour tout. Bien des choses restent à faire, et c’est ce qui est agréable. Je n’ai pas le sentiment d’avoir tout fait.   

As-tu des regrets dans ce métier?   

Non. Pour avoir duré 33 ans, je crois avoir pris les bonnes décisions. Parfois, on en prend de mauvaises, on s’associe avec des gens avec lesquels on n’aurait pas dû travailler. Je peux remettre bien des choses en question, mais quand je regarde l’ensemble, ce n’est pas si mal. Je me fie beaucoup à mon instinct et je protège ça. C’est possible d’être à la fois instinctif et organisé.   

Photo : Julien Faugere, TVA Publications

Un souvenir inoubliable?   

Le fameux concert devant la tour Eiffel en 1992. Il y avait 100 000 personnes sur place et 15 millions de personnes en direct à la télé. Ça ne se fait plus de nos jours... C’était un vendredi soir, et il ne faisait pas beau. J’aurais voulu que la température soit clémente... Si ç’avait été le cas, il y aurait eu un million de personnes dans les rues de Paris. Mais Paul m’avait dit: «C’est préférable d’en avoir 15 millions à la télé...» Ç’a été un événement extraordinaire! J’ai plusieurs autres bons souvenirs: la première fois que j’ai fait le Forum; le jour où j’ai animé la fête du Canada alors que nous avions lancé I Will Always Be There en direct; le jour où Elton John, dont j’étais fan, est venu me voir en concert. Los Angeles a été une belle expérience. Ça m’a appris à travailler différemment, à l’américaine. J’ai beaucoup voyagé. J’ai découvert des endroits magnifiques. Il y en a eu de beaux événements!   

C’est fascinant de constater combien tu es resté terre à terre malgré le succès...  

J’ai toujours été convaincu que ma carrière publique était une chose et que ma vie privée en était une autre. Vivre ainsi a contribué à préserver ma santé mentale. Je n’ai pas vécu seulement pour mon métier. Je suis privilégié, j’ai des fans extraordinaires et c’est une chance pour moi de pouvoir les rencontrer quand je fais des spectacles.   

Les femmes sont-elles toujours aussi intenses avec toi?   

Non! Elles ont des enfants, certaines sont grands-mères... Elles ont une famille et, comme moi, elles doivent se lever tôt le matin pour faire déjeuner les enfants et les conduire à l’école. C’est une intensité qui a changé, qui a évolué. Je suis convaincu que certaines en rient aujourd’hui et se disent: «Mon Dieu que j’étais folle!» (rires) Ça leur a fait vivre de beaux moments, et ça, ça fait partie de notre histoire. Ça nous appartient. Quand elles viennent au concert, elles vivent dans le présent, mais elles se rappellent aussi ces 30 années. Entre nous, c’est une longue histoire...   

Ta vie personnelle te comble-t-elle autant que ta vie professionnelle?   

Ça va bien. Tout le monde est en santé. Les enfants sont en pleine adolescence, mais il y a pire! Quand on se compare, on se console... (sourire) C’est une relation qui évolue. La nouvelle chanson, Loin d’ici, est une lettre à mon fils de 15 ans. Ceux qui l’écouteront comprendront où nous en sommes dans notre relation, et ça les fera sourire...     

  • L’album anniversaire 10 ans Americana est maintenant disponible. On s’informe des projets de Roch à rochvoisine.com.   

Photo : Courtoisie

30 ans d’amour avec 7 Jours  

En 30 ans, le nombre d’entrevues que Roch nous a accordées ne se comptent plus... «Nous avons fait pas mal de reportages et de pages couvertures, admet le chanteur. Je me souviens, entre autres, lorsque l’équipe du magazine était venue chez moi, à Los Angeles. 7 Jours a toujours été un magazine très populaire au Québec, où j’ai toujours eu des fans fidèles.» Au moment de célébrer les 30 ans du magazine, Claude J. Charron, son fondateur, a raconté cette magnifique anecdote: «Alors que Roch animait Top Jeunesse, il a fait notre cinquième une. Nous avons été sold out! À partir de ce jour, chaque fois que Roch accordait une entrevue à 7 Jours, c’était toujours un succès!»  

La première page couverture de Roch Voisine pour 7 Jours.

  

Photo : Guy Beaupré, TVA Publications

  

  

Photo : Guy Beaupré, TVA Publications

À lire aussi

Et encore plus