«Cette histoire, c’est un peu celle de ma fille», -Véronique Béliveau | 7 Jours
/magazines/lasemaine

«Cette histoire, c’est un peu celle de ma fille», -Véronique Béliveau

Image principale de l'article «Cette histoire, c’est un peu celle de ma fille»
Photo : Bruno Petrozza, TVA Publications

Adoptée au Vietnam alors qu’elle avait six mois et demi, Yasmeena a inspiré un conte à sa maman, Véronique Béliveau, qui a couché sur papier une histoire touchante tournant autour du respect de la différence. Un récit pour les enfants de 4 à 8 ans qui semble plus d’actualité que jamais...

Véronique, vous avez lancé cet automne un conte pour enfants. Racontez-nous la genèse de ce projet. 

Véronique: Petite, j’adorais les émissions et les films pour enfants. Même en vieillissant, j’ai continué à les aimer. J’aurais adoré faire les voix de personnages pour les jeunes! À 30 ans, je n’étais pas encore maman, j’allais voir des films pour enfants au cinéma avec ma sœur... Et j’adorais les toutous! Avoir des enfants m’a permis de laisser libre cours à ma passion.
Il y a quatre ans, j’ai commencé à écrire cette histoire... puis je l’ai mise de côté. 

Qu’est-ce qui vous a poussée à vous remettre à la création de ce livre?

V.: C’est au moment où j’accompagnais Josélito (Michaud, son conjoint) dans une cure santé de trois jours que j’ai été prise d’une grande inspiration. Le reste de l’histoire m’est venu: dialogues, personnages... Et j’ai terminé le livre sur place. L’an dernier, durant la période où j’ai chanté pour l’Orchestre Métropolitain et participé à la soirée des prix Gémeaux, mon amoureux m’a suggéré d’aller de l’avant avec mon projet. J’ai envoyé mon conte aux Éditions de la Bagnole et, une semaine plus tard, j’apprenais qu’on allait le publier. J’ai travaillé avec Lucie Papineau, une éditrice qui est vraiment formidable. Il fallait trouver l’illustratrice... Quand j’ai vu le travail de Sabrina Gendron, j’ai su que c’était elle que je voulais pour mettre ce livre en images... 

En lisant le titre, on peut déduire que c’est votre fille qui vous l’a inspiré... 

V.: Oui. Yasmeena porte aussi son nom vietnamien Thao. Parce que l’histoire tourne autour de la différence, c’est un peu celle de ma fille. Dans l’histoire, le petit dragon reste caché dans un arbre, car il est si différent des autres qu’il craint de ne pas être accepté. Yasmeena est une Asiatique qui a été acceptée avec sa différence. Je trouvais que c’était un beau parallèle. 

Yasmeena: Quand j’ai vu le livre avec ses belles images, ça m’a émue. Pour réaliser les illustrations, on a utilisé des photos de moi quand j’étais bébé, au Vietnam. La première image qu’on voit à l’intérieur, c’est ma première photo officielle. Quand j’ai vu les illustrations, je me suis reconnue. J’ai vraiment trouvé ça touchant... 

V.: La première fois que Sabrina a rencontré Yasmeena, elle était tout impressionnée de la voir pour vrai! (rires) Dans le conte, la marmotte s’appelle Colette, le prénom de ma mère, et le porc-épic, Ronald, le prénom de mon père. Ça me touche de penser que Yasmeena lira peut-être ce conte un jour à ses enfants... J’ai tellement aimé l’expérience que j’ai décidé d’en écrire un deuxième qui sortira l’année prochaine et qui met encore en vedette Thao. Nous resterons dans la diversité. 

Vous avez voulu écrire sur la différence. L’intégration s’est-elle toujours bien passée pour votre fille? 

V.: Oui, mais il y a eu des moments où on l’a taquinée parce qu’elle est asiatique. 

Y.: Au début du secondaire, je me sentais différente et je n’aimais pas ça. J’aurais voulu être une Québécoise «normale». Être comme tout le monde. Mais j’étais vietnamienne. Aujourd’hui, j’accepte plus ma différence. 

V.: Au secondaire, c’est l’école qui nous a avisés qu’elle se faisait intimider... Yasmeena ne nous en avait pas parlé. Nous sommes pourtant des parents ouverts, prêts à tout entendre. L’école a été formidable, et ça s’est réglé rapidement. Aujourd’hui, Yasmeena fait de la figuration et, grâce à sa différence, elle est souvent choisie. C’est devenu un avantage pour elle. 

Véronique, racontez-nous l’histoire de ce bébé du bout du monde... 

V.: Nous avons d’abord reçu une photo d’elle alors qu’elle avait deux mois. Quand nous sommes allés la chercher, elle avait six mois et demi. Dans l’orphelinat, il y avait beaucoup de bébés et peu de moyens. La dame qui s’occupait de l’orphelinat était formidable, mais elle faisait ce qu’elle pouvait. Plusieurs enfants avaient attrapé un virus.

Votre fille avait-elle des problèmes de santé?

V.: Yasmeena faisait une pneumonie. Elle avait tellement perdu de poids... Nous sommes restés 10 jours avec elle au Vietnam. À deux reprises, nous avons dû nous rendre à la clinique pour la faire soigner. Quand on est rentrés à la maison, c’était déjà une autre petite fille. 

Ç’a été une belle rencontre entre vous? 

V.: Quand on l’a mise dans mes bras, elle n’a pas pleuré, elle n’a pas eu peur, comme si elle se disait qu’elle était enfin arrivée au bon endroit. C’était le bonheur! 

Photo : Bruno Petrozza, TVA Publications

Yasmeena, ça te touche d’entendre cela? 

Y.: Oui. Ça me touche chaque fois. J’aime entendre ma mère me raconter ce que j’ai vécu au Vietnam quand j’étais petite. Je suis tellement reconnaissante que mes parents soient venus me chercher, car je serais morte... Nous dormions sur le plancher, nous n’avions pas de berceaux, et j’étais malade. Maintenant, je suis dans une bonne famille: j’ai un frère et des parents que j’aime beaucoup. 

Véronique, vous vous êtes beaucoup consacrée à vos enfants. C’était important pour vous d’être présente pour eux? 

V.: Oui. Nous avons accueilli Antoine quand j’avais 47 ans. Josélito, lui, en avait 37. En mai, on nous a proposé d’adopter un autre enfant, car les adoptions allaient fermer au Vietnam. Cela a confirmé pour moi qu’une petite fille m’attendait et qu’il fallait que j’aille la chercher. Comme nous avions déjà adopté un enfant, les démarches ont été plus faciles. En septembre, le dossier était complété, et le 23 décembre, Yasmeena était chez nous, à la maison. C’était notre cadeau de Noël! 

Avez-vous des activités en commun? 

V.: Nous aimons aller magasiner! (rires) Nous écoutons de la musique. Nous aimons aussi manger au restaurant ensemble. Yasmeena travaille au Lov, au Dix30, un restaurant végane. Après sa cinquième secondaire, elle a décidé de prendre une sabbatique. Elle poursuivra ses études au cégep en septembre. 

As-tu décidé de la suite des choses, Yasmeena? 

Y.: J’aimerais beaucoup voyager, partir avec mon père et faire le tour du monde. Plus tard, je voudrais être dans le monde des communications, des médias, de la télé, mais je ne sais pas précisément ce que je veux faire. 

Le conte Thao dans la forêt des Lucioles, illustré par Sabrina Gendron et publié aux Éditions de la Bagnole, vient de sortir en magasin.

Photo : Courtoisie

À lire aussi

Et encore plus