«À 82 ans, j’ignore encore le bonheur que je crée» -Michel Louvain | 7 Jours
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«À 82 ans, j’ignore encore le bonheur que je crée» -Michel Louvain

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Photo : Bruno Petrozza, TVA Publications

Michel Louvain se sent reconnaissant de la vie et de la carrière qu’il mène avec une énergie surprenante. Ensemble, nous avons discuté d’âge, de vieillissement et même de la fin, inéluctable. Autant de sujets que le chanteur aborde avec une rare sérénité. Il a aussi été question de sa bonne santé et des magnifiques projets qui meublent son agenda... jusqu’en 2021!  

Michel, j’ai souvenir d’une entrevue que nous avions faite ensemble durant laquelle il avait été question de ta peur d’atteindre 62 ans. Ça semblait être un moment critique pour toi. Maintenant que tu en as 20 de plus, comment te sens-tu avec ton âge?  

(Rires) La vérité, c’est que je ne me suis jamais senti aussi bien. J’ai quelques petits bobos, mais ce sont des problèmes mineurs.  

La perspective de la cinquantaine ne t’avait pas dérangé, mais des proches étaient décédés à 62 ans, et cela te faisait craindre cette étape.  

Il faut dire que ça m’affectait beaucoup de perdre des amis alors qu’ils étaient encore jeunes. Je me souviens de cette époque où j’avais peur d’avoir 62 ans. Je trouvais ça vieux. Maintenant, c’est loin derrière moi. Il m’est arrivé tellement de belles choses depuis mes 62 ans!  

As-tu traversé cette barrière psychologique?  

Je l’ai traversée. J’ai 82 ans. Il y a peu de temps, en l’espace d’un mois, j’ai perdu trois amis, tous plus jeunes que moi. J’avais embrassé deux de ces personnes lors de mon spectacle de Noël, et je les ai perdues en janvier. Trois d’affilée... Depuis ce temps, on dirait que je recommence la crise de mes 62 ans: je n’arrête pas d’y penser. Avant, je regardais les avis de décès dans le journal et l’âge auquel les gens mouraient. Maintenant, je ne consulte plus la chronique nécrologique. Je passe tout droit. Souvent, les gens décédés sont plus jeunes que moi. Je me dis que ce sera peut-être moi...  

... le prochain?  

Oui, mais je ne crois pas être le seul à penser ainsi. Je crois que, rendus à 80 ans, les gens se disent qu’il y en a moins devant que derrière. C’est un fait. Heureusement, je suis en bonne santé. Mon médecin se demande même où je prends mon énergie. Je touche du bois (il touche la table): je suis fait fort!  

«Il y a trois mois, j’avais peur de ne pas être capable d’apprendre mes 24 chansons. C’est là que j’ai vu que ma mémoire fonctionne encore.»

Photo : Bruno Petrozza, TVA Publications

«Il y a trois mois, j’avais peur de ne pas être capable d’apprendre mes 24 chansons. C’est là que j’ai vu que ma mémoire fonctionne encore.»

Qu’est-ce qui te fait le plus peur? La mort ou la maladie et tous les désagréments qui viennent avec?  

Je suis un peu lâche, Michel: j’ai peur de souffrir. J’ai vu trop de mes amis souffrir... Qui n’a pas peur de ça? En fait, ce n’est pas de la lâcheté; la mort est la seule justice sur terre. Nous passons tous par là... Nous nous en allons tous un jour et, subitement, c’est terminé.  

Ce qui te fait peur, c’est donc la souffrance?  

Oui. J’ai vu ma mère qui, pendant huit ans, ne nous reconnaissait pas... Elle ne souffrait pas, selon les médecins. Elle était dans un genre de coma. Mais je ne voudrais pas vivre comme ça. Elle avait 68 ans quand c’est arrivé, et elle est décédée à 75 ans.  

Tu as commencé ta série de spectacles. Ça demande d’être en forme!  

Oui, et si tu savais comme ça m’allume! C’est un nouveau show. Il y a trois mois, j’avais peur de ne pas être capable d’apprendre mes 24 chansons, dont les paroles sont en français, en anglais, en italien et en espagnol. C’est là que j’ai vu que ma mémoire fonctionne encore! (sourire)  

Est-ce que ça te rassure de pouvoir le faire?  

Oui, et c’est ma passion pour mon métier qui me donne cette force. J’ai vraiment eu peur quand, il y a trois mois, j’ai constaté que j’avais tout ça à apprendre! Je chialais et j’étais marabout. Je me disais que je n’allais jamais y arriver. Je me levais la nuit pour regarder mes paroles et je retournais me coucher. Je les fredonnais dans ma tête. Encore maintenant, il m’arrive de ne pas dormir. Finalement, je me suis rendu compte que je connais mes chansons. On aurait dit que j’avais peur de ne pas avoir de mémoire...  

Ne trouves-tu pas que c’est normal? 

Oui, ça l’est. Nous, les artistes, nous fonctionnons à long terme. Nous avons un agenda rempli d’un an à un an et demi à l’avance. Je pourrais te dire où je serai dans deux ans. J’ai des engagements jusqu’en 2021! Les gens n’en reviennent pas! Par la force des choses, je suis toujours à l’avance dans mon temps. On me parle déjà de mes 85 ans, entre autres parce que la Ville de Québec veut me fêter! J’ai fait mes débuts dans cette ville. Je ne te le cacherai pas: parfois, je me demande si je vais me rendre là... Je n’avais pas ce genre de réaction à 70 ou 72 ans...  

«La seule chose qui me fait de la peine par rapport à mon âge, c’est qu’il me ralentit à certains égards.»

Photo : Bruno Petrozza, TVA Publications

«La seule chose qui me fait de la peine par rapport à mon âge, c’est qu’il me ralentit à certains égards.»

 

Parce que la perspective de l’avenir était encore présente...  

Effectivement. La seule chose qui me fait de la peine par rapport à mon âge, c’est qu’il me ralentit à certains égards. Avant, je voyageais beaucoup. Cette année, j’avais prévu aller en Italie avec mes amis italiens, mais j’ai finalement annulé. Ça ne me tentait pas. Je suis très casanier, j’aime être chez moi, dans mes affaires. Dans ma vie, j’ai passé beaucoup de temps dans les hôtels et les restaurants, alors lorsque je suis chez moi, je suis heureux. Je n’avais pas envie de faire sept heures d’avion. Mes amis ont compris. Par contre, j’aime aller en Floride. C’est trois heures de vol et, si jamais il m’arrivait quelque chose, je serais quand même près de chez nous. Je n’ai plus envie de faire de longs voyages. Je crois que c’est mon âge qui fait ça... 

Par contre, tu as envie de te donner à fond dans tes spectacles.  

Ça, c’est ma vie, Michel. C’est ma passion. C’est ce qui me tient. Je sais ce qui s’en vient et je suis très excité. Même à 82 ans, c’est excitant. Mes amis le diraient: je deviens un autre homme quand il s’agit de présenter un show et de partir en tournée. C’est mes vitamines! J’y mets beaucoup d’énergie. Le hic, c’est qu’il ne me reste plus d’énergie pour faire autre chose...  

Tu as atteint un statut que bien peu d’hommes ont atteint; il faut que tu en profites un peu...  

Je constate que les gens ont beaucoup changé envers moi. Depuis quelques années, les hommes me saluent, me serrent la main. Est-ce dû à mes 62 ans de carrière ou à mon âge? Je l’ignore. Il y a plus de gens que jamais qui me disent qu’ils sont fiers de moi. Je reçois de beaux compliments.  

Les crois-tu, au moins?  

Oui, et le public est plus chaleureux que jamais envers moi. Un ami a dit récemment dans une réception: «Michel est un homme qui n’est pas conscient de sa valeur et du bonheur qu’il propage. Il ne réalise pas l’impact qu’il peut avoir sur la vie des gens.» C’est vrai que je l’ignore. Je n’ai jamais tenu ma carrière pour acquise. Pourtant, ça fait quand même 62 ans que je la fais. Sans prétention, pour mon spectacle au Casino, on a vendu les billets des quatre représentations en deux semaines... On a même ajouté une supplémentaire en 2020.  

Laisse ton humilité de côté et admets que tes chansons font du bien aux gens. Je dirais que tu es un guérisseur de l’âme...  

(Rires) C’est beau ça... Parfois, on ne s’en rend pas compte. Toi aussi, tu apportais du bonheur aux gens. Est-ce que tu t’en rendais compte? Moi, je l’ai réalisé quand j’ai entendu le commentaire que j’ai mentionné récemment. J’en suis resté bouche bée. Tu sais, je suis simplement heureux de chanter. J’ai hâte de voir le rideau se lever et d’entendre les applaudissements. Ensuite, je vais me coucher heureux... et je recommence le lendemain!  

Photo : Bruno Petrozza / TVA Pu

 

Tu touches plusieurs générations. Tu as la santé et la force de poursuivre ton métier. Considères-tu que c’est un privilège?  

Parfois, je me demande: «Pourquoi ça fait 62 ans que je chante et que ça continue?» Je remplis encore mes salles. Pourquoi moi? J’en connais d’autres pour qui ça ne marche pas. Qu’est-ce que j’ai fait de plus que les autres?  

Quelle est ta réponse à cette question?  

Je la cherche encore... J’ai été sincère et honnête avec mon public. Je n’ai jamais pensé que je faisais du bien, mais je vois que les gens dans la salle sont heureux. Je me demande si nous, les artistes, nous réalisons le bien que nous faisons? Le jour où j’accrocherai mon micro, c’est que je ne pourrai plus chanter ou que je serai malade. Mais d’ici là, je compte poursuivre.  

As-tu un chiffre chanceux?  

Je n’ai jamais pensé à ça...  

Tu chantes La dame en bleu, un de tes plus grands succès, depuis 42 ans. Tu as 82 ans. Tu mènes ta carrière depuis 62 ans. Je trouve qu’il y a pas mal de 2 dans ton parcours...  

La prochaine fois qu’on me demandera si j’ai un chiffre chanceux, je dirai le 2! (rires)  

Michel, tu m’as fait du bien, de la même manière que tu feras du bien aux personnes qui iront à ta rencontre en tournée. Le bonheur, c’est aussi ça...  

Un jour à la fois. J’ai décidé que j’avançais maintenant un jour à la fois. Quand je me réveille, je dis: «Merci, mon Dieu, pour cette autre journée.» Moi aussi, ça m’a fait du bien de te revoir. Ça faisait si longtemps...  

30 ans d’amour avec 7 jours 

Photo : Guy Beaupré, TVA Publications

«Je me souviens de la sortie de 7 Jours, s’est rappelé Michel. Au moment du lancement, M. Claude J. Charron était venu en parler à mon émission, De bonne humeur. Je me souviens que le magazine était tellement beau! Les photos étaient magnifiques! On voyait que c’était un produit de qualité.»  

  

  • Michel Louvain est en tournée à travers le Québec avec son spectacle La belle vie. Pour connaître ses dates de spectacles: michel-louvain.com. 
  • Merci à l’équipe du restaurant Les enfants terribles de L’Île-des-Sœurs pour son accueil lors de la séance photos. 209, rue de la Rotonde. jesuisunenfantterrible.com   

 

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