«Je n’ai plus peur du ridicule» -Julie Le Breton | 7 Jours
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«Je n’ai plus peur du ridicule» -Julie Le Breton

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Photo : Sébastien St-Jean, TVA Publications

Elle multiplie les projets à la télé et au théâtre, mais Julie Le Breton n’a jamais perdu l’essentiel de vue. Antistar à sa manière, elle cultive son jardin secret, un jardin auquel elle consacre un espace vital. Car pour l’actrice, en dehors du travail, il y a la vie, le quotidien et le bonheur d’improviser au gré de ses envies.

Julie, que pouvons-nous dévoiler au sujet de la nouvelle saison de Victor Lessard?

Les fans de la série retrouveront les personnages qu’ils aiment, mais Martin Michaud, l’auteur, raconte l’histoire différemment. Très rapidement, nous allons savoir qui sont les bandits à attraper et cela ouvrira une porte en lien avec le passé de Victor. C’est ficelé de manière intelligente. À la fin de la deuxième saison, Jacinthe a perdu son partenaire, Victor, qui a donné sa démission parce qu’il ne veut plus travailler aux crimes majeurs. Jacinthe est perdue sans lui. On va la voir dans des situations de vulnérabilité comme on ne l’a jamais vue. On va la sentir ébranlée, en danger. C’est agréable d’explorer ces zones.

D’autres projets se greffent-ils à ton horaire?

Je suis actuellement en tournage pour Épidémie, qui sera diffusée à TVA en janvier. J’ai eu une grosse année, les projets se sont enchaînés. Je serai du Bye Bye et j’ai très hâte d’y participer! La pièce La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé reviendra en octobre 2020 au TNM et je serai de Corps célestes en janvier prochain au Théâtre d’Aujourd’hui.

Avec Mélissa Désormeaux-Poulin sur le plateau d’Épidémie.

Photo : Dominic Gouin, TVA Publications

Avec Mélissa Désormeaux-Poulin sur le plateau d’Épidémie.

Compte tenu de tout ce qui t’arrive, es-tu plutôt satisfaite de ta carrière?

J’avoue que ce serait difficile de ne pas l’être... Je sais que ce sont des années fastes et j’en profite à fond. À travers tout cela, j’essaie de profiter un peu de la vie, de voir les gens que j’aime, de rester équilibrée, car il faut aussi se ressourcer. Si on ne fait que travailler, on peut devenir déconnecté de soi-même et du monde autour de soi. Je me réserve donc des moments pour prendre soin de moi. Professionnellement, je me sens choyée et je reconnais mon privilège. Je suis aussi consciente que ça s’est construit dans les 20 dernières années et que je récolte ce que j’ai semé.T’arrive-t-il de refuser des projets?

Oui, bien sûr. J’ai ce luxe-là. Certaines choses m’interpellent moins ou ne fonctionnent pas dans mon horaire. Parfois, j’ai dit non parce que je sentais que ce n’était pas la bonne chose à faire. C’est quelque chose que je me suis toujours permis. Je gagne bien ma vie, je n’ai pas d’enfant à nourrir, je n’ai que ma petite personne de qui m’occuper. Ça me donne une plus grande latitude. Je trouve ça important de dire non. Ça nous permet de nous diriger vers ce qui nous ressemble et nous stimule davantage. 

Au fil du temps, ta vision de ton métier a-t-elle changé? 

Oui, parce que je vieillis et parce que le métier change aussi. Il ne se fait plus de la même façon qu’avant, notamment pour les tournages télé. Il y a aussi le rapport à la célébrité qui a changé avec les réseaux sociaux.

Photo : Sébastien St-Jean, TVA Publications

Ça, ça me semble particulièrement loin de toi... Je me trompe?

Je participe à la parade, mais je publie très rarement. J’essaie de ne pas trop en dévoiler sur ma vie privée. J’essaie juste d’être intègre et cohérente pour ne pas publier quelque chose et angoisser pendant deux jours parce que j’ai le sentiment de m’être dévoilée. À un moment donné, il y avait des photos de mon copain sur Instagram et, chaque fois que j’accordais une entrevue, ces photos ressortaient. Je les ai retirées, ne serait-ce que par respect pour mon copain, qui n’est pas du métier. Je ne porte aucun jugement sur les gens qui se dévoilent énormément. Moi, ça me ressemble moins. L’important, c’est de se respecter.

As-tu le sentiment de ressentir moins d’insécurité qu’avant, que ce métier t’a donné des forces intérieures?

Oui, et je suis dans une position particulière parce que je travaille beaucoup et que j’ai des projets. Je ne vis pas vraiment d’insécurité actuellement. En même temps, je viens d’avoir 44 ans. Je sais très bien que dans 10 ans, ça sera sûrement moins effervescent que ça l’est maintenant. Je profite de chaque journée, car je sais que ça ne sera pas éternel. L’insécurité, je la vois partout autour de moi. Je suis entourée d’acteurs formidables qui ne travaillent pas à la hauteur de leur talent. Je vois des gens qui ont beaucoup travaillé et qui tombent dans l’oubli. Il y a quelque chose de très cruel dans ce métier: on peut être porté aux nues et oublié aussi vite, de là l’importance de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Il faut garder une ouverture face au reste de la vie. Même si le travail est une grande partie de ma vie et qu’il me définit beaucoup, ça doit rester une partie et non un tout.

On dit souvent de toi que tu sembles toujours souriante et de bonne humeur. Dirais-tu que c’est dans ta nature? 

(Rires) Non, ce n’est pas toujours le cas! Il faudrait demander à mes proches... J’ai quand même une personnalité assez forte. J’aime avoir du fun et rire. Je ne crois pas au travail dans la douleur. Être enjouée fait partie de ma personnalité au travail. Dans mon intimité, je suis plutôt réservée. J’ai même un côté un peu sauvage... J’aime être seule. Autant je suis grégaire au travail, autant le contraire est essentiel pour moi. J’ai besoin de ces deux pôles. Tant mieux si c’est ma réputation, mais j’avoue qu’elle est peut-être un peu enjolivée! 

Arrives-tu à te détacher du regard des autres?

À l’âge que j’ai et avec le bagage que j’ai acquis, j’ai suffisamment confiance en moi pour commencer à me sentir libre de ce que les gens pensent de moi. Ça me donne une grande liberté dans le travail. Je n’ai plus peur du ridicule. Ça donne des ailes. 

N’est-ce pas encore plus difficile pour ceux qui font ton métier? 

Je fais un parallèle avec la beauté: à partir du moment où on mise tout sur notre physique, on a plus de difficulté à accepter qu’il se transforme avec l’âge. Je peux comprendre que ça puisse être extrêmement souffrant pour certaines personnes. Les actrices que j’admire le plus sont celles qui ont utilisé ça à leur avantage. Elles ont porté des rôles de leur âge, en lien avec leur expérience. Il y a une grande liberté qui vient avec le fait d’accepter de vieillir et d’avoir des rides. Après tout, c’est la vie! Il y a une espèce de lâcher-prise là-dedans. Je parle du physique, mais c’est aussi une démarche intérieure. 

Dans la peau de Jacinthe Taillon, dans Victor Lessard.

Photo : Dominic Gouin, TVA Publications

Dans la peau de Jacinthe Taillon, dans Victor Lessard.

Tu parlais précédemment de profiter de la vie. Qu’est-ce qui te procure ce sentiment? 

Ne rien faire. J’aime bien n’avoir rien au programme. Je peux décider d’aller au marché, de faire une soupe, d’aller marcher en forêt avec mon chum, de lire un livre, de regarder un film, d’appeler un ami sur un coup de tête. J’aime cette spontanéité. Profiter de la vie, c’est avoir des plages durant lesquelles il n’y a rien à mon agenda et où je suis libre de faire plein de choses... ou rien du tout. Pour moi, c’est ça profiter de la vie. Je peux me coucher à 20 h et avoir le sentiment de réussir ma vie au maximum!

  • La troisième saison de Victor Lessard est offerte sur Club illico.
  • Épidémie, cet hiver, à TVA.
  • Corps célestes, du 21 janvier au 15 février, au Théâtre d’Aujourd’hui. theatredaujourdhui.qc.ca 

 

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