Piégées | Une réalité choquante | 7 Jours
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Piégées | Une réalité choquante

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Brigitte Noël et Matt Joycey, le réalisateur du documentaire.
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Brigitte Noël et Matt Joycey, le réalisateur du documentaire.

Derrière des portes closes, des travailleuses étrangères captives subissent toutes sortes d’abus, passant d’un nombre d’heures de travail aberrant à des violences physiques et sexuelles. Dans le documentaire de 30 minutes Piégées: L’esclavage moderne des nounous étrangères au Québec, la journaliste d’enquête Brigitte Noël dénonce le sort de ces esclaves modernes.

Brigitte, qu’est-ce qui vous a menée à enquêter sur les travailleuses étrangères engagées comme aides domestiques?

J’ai déjà réalisé plusieurs reportages sur les travailleurs migrants dans l’industrie agricole. Chaque fois que je parlais à des intervenants, ils me signalaient le sort de ces travailleuses qui vivaient dans des milieux très hermétiques.

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Vous avez réussi à faire témoigner 15 travailleuses qui ont subi des abus. Comment les avez-vous trouvées?

Ça a pris plusieurs mois pour développer des liens de confiance avec ces femmes et les convaincre de parler. L’organisme Pinay, qui vient en aide aux femmes philippines, nous a aidés, tout comme des avocats qui travaillent dans le milieu.

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Pourquoi est-ce si difficile pour ces femmes de dénoncer les mauvais traitements qu’elles subissent?

Elles ont tout à perdre et n’ont rien à gagner en parlant aux médias et en dénonçant leurs conditions de travail. Il faut comprendre qu’elles viennent ici pour assurer un meilleur avenir à leur famille. La moitié d’entre elles laissent des enfants dans leur pays d’origine. Elles se retrouvent ensuite dans des résidences privées où leur permis de travail est lié à l’employeur. Si elles dénoncent leur patron, elles perdent leur emploi et leur droit de rester au Canada. Elles préfèrent endurer les mauvais traitements plutôt que de se voir expulser, d’autant plus que plusieurs se sont endettées pour venir ici.

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Qui sont les gens qui les emploient?

Je tiens à préciser que certains employeurs sont vraiment chouettes et que plusieurs femmes vivent de très belles expériences ici. Elles sont bien traitées et sont même incluses dans la famille. Pour ce qui est des employeurs malveillants, il n’y a pas de profil type. On pourrait penser que les gens qui engagent des aides domestiques sont tous à la tête de familles aisées, mais ce n’est pas toujours le cas. Dans certaines situations familiales, il revient moins cher d’avoir une travailleuse étrangère à la maison que d’envoyer plusieurs enfants à la garderie. Des aides domestiques sont aussi engagées pour des personnes âgées, pas juste pour s’occuper des enfants.

Vous vous êtes fait passer pour une cliente potentielle à la recherche d’une aide domestique. Qu’avez-vous pensé de votre expérience auprès des agences de recrutement?

Je l’ai trouvée choquante! Mais, encore là, je dois dire qu’il existe des agences légitimes, gérées par des avocats, des notaires et des conseillers en immigration, qui font bien les choses. Le processus et la paperasse d’immigration sont tellement compliqués que les employés tout comme les employeurs n’ont pas vraiment d’autre choix que de passer par une agence. Le problème est qu’il existe tout un réseau d’agences nébuleuses et clandestines qui passent sous le radar des autorités.

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Que font ces agences louches?

Elles exploitent les travailleuses, notamment en exigeant qu’elles payent des milliers de dollars en échange d’un emploi et de leur billet d’avion. Selon la loi, c’est l’employeur qui doit assumer ces dépenses. D’entrée de jeu, les responsables de ces agences clandestines m’ont expliqué, sans même que je le leur demande, comment contourner les lois pour ne pas payer les heures supplémentaires de ma future aide domestique. Elles encouragent l’exploitation.

Comment peut-on aider ces femmes?

Leur plus gros problème, c’est leur contexte de travail en résidence privée. C’est facile de faire des inspections surprises dans des restaurants ou dans des fermes, mais chez les gens, où il n’y a souvent qu’une employée, ça l’est beaucoup moins. Il faut un processus d’inspection mieux rodé. Par ailleurs, ces femmes ont accès à très peu de ressources à leur arrivée. Elles ne connaissent pas leurs droits et ne sont pas en contact avec des gens qui pourraient les aider.

Y a-t-il de l’espoir pour elles?

Il y a eu des changements dans les programmes fédéraux qui les concernent, ce qui rendra leur vie plus facile. Malheureusement, ces changements ne s’appliquent pas au Québec, car la province a décidé de gérer son propre programme seule.

Avez-vous contacté les autorités pour signaler des cas d’exploitation?

Lorsque nous nous sommes aperçus que le nom d’une agence et, surtout, celui d’une personne revenaient sans cesse dans les cas d’abus, nous l’avons signalé. Après que nous avons commencé à poser des questions à ce sujet, une perquisition a été faite.

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