«Je suis un romantique dans ma tête», -Pierre Lapointe | 7 Jours
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«Je suis un romantique dans ma tête», -Pierre Lapointe

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Photo : John Londono ©

Le processus créatif est permanent chez Pierre Lapointe. Si bien qu’il a lancé le 18 octobre dernier son troisième album en trois ans, Pour déjouer l’ennui, qui regroupe 12 chansons aux textes assez sombres, mais accompagnés de mélodies joyeuses et rafraîchissantes. En plus de se confier sur sa boulimie de projets, Pierre Lapointe fait le point sur sa vie et ses 15 ans de carrière. 

Pierre, est-ce pour déjouer l’ennui que vous avez fait trois disques en trois ans?

Je n’y avais pas pensé! (rires) En fait, j’ai toujours été atteint de la maladie de l’ennui, dans le sens où j’ai toujours eu besoin de bouger vite. J’ai trouvé mon équilibre dans ma vie personnelle le jour où j’ai commencé à partager ma vie entre Paris et Montréal et à travailler sur 12 projets en même temps. J’ai écrit les trois derniers albums (La science du cœur, Ton corps est déjà froid, avec son groupe Les Beaux Sans-Cœur, et Pour déjouer l’ennui) en l’espace de deux mois. Je tournais La Voix en même temps, en plus de créer le spectacle Amours, délices et orgues, que j’ai présenté à la Place des Arts en 2017. J’avais aussi mille autres projets. C’est ce qui fait que je m’ennuie moins. Ça me plaît de travailler sur plein de projets différents en même temps.

Étiez-vous heureux dans cette période frénétique?

Il y avait un certain sentiment d’urgence, car j’étais assez déprimé et ça ne me ressemblait pas. Je me disais: «Tu as une belle vie, tu fais ce que tu aimes, tu as des amis...» Et je me suis concentré là-dessus. J’ai appelé des amis pour qu’on écrive ensemble; j’ai travaillé sans m’en rendre compte et tout est sorti très vite. 

Pourquoi aviez-vous envie de jumeler des textes sombres avec des mélodies plus légères?

Les chansons qu’on retrouve sur cet album sont des berceuses destinées à des petits enfants qui sont devenus grands. Je traite de sujets qui demandent d’avoir vécu un peu. Je peux dire des trucs assez atroces, mais qui passent en douceur grâce à la beauté mélancolique et lumineuse des mélodies. En fait, j’écris des petits aveux de défaite, des moments où on se retrouve devant un miroir et où on se dit qu’on n’est pas aussi beau et fin qu’on le voudrait. Pour moi, c’est là que l’humain commence à être intéressant, parce que c’est une preuve d’intelligence et de sensibilité. On vit dans une société où Instagram a complètement bouleversé la donne. Voir des gens qui disent qu’ils ne vont pas bien, c’est intéressant. La dépression fait partie de la vie. 

«J’ai toujours été atteint de la maladie de l’ennui, dans le sens où j’ai toujours eu besoin de bouger vite.»

Photo : John Londono ©

«J’ai toujours été atteint de la maladie de l’ennui, dans le sens où j’ai toujours eu besoin de bouger vite.»

Il y a une simplicité dans cet album qui rappelle les chansons de vos débuts. En aviez-vous conscience?

Je suis un chanteur pop avec une démarche qui se rapproche de celle d’un artiste contemporain: j’explore, je cherche, j’essaie de trouver des nouvelles façons de faire de la musique... Punkt ou La science du cœur, par exemple, sont des albums plus cérébraux. Mais dans le cas de Pour déjouer l’ennui, tout comme Paris Tristesse et mon premier album éponyme, on est davantage dans des pièces plus simples et traditionnelles, qui n’ont pas demandé de démarche particulière. Ça va vous paraître bizarre, mais c’est la première fois que j’écoute un de mes disques. Il m’est récemment arrivé de faire de l’insomnie et de le faire jouer pour m’apaiser. J’espère que les gens qui l’écouteront feront de même.

Les textes laissent percevoir une vision assez dramatique de l’amour. Est-ce que ça correspond à votre propre vision?

C’est dramatique, mais c’est beau en même temps. C’est l’amour romantique. En fait, je suis un romantique dans ma tête, sans l’être dans la vie. Je suis habité d’une grande lucidité, ce qui fait que j’ai développé un sens de l’humour assez acide. Même quand je suis dans une belle relation, je sais qu’elle ne durera pas, et c’est la même chose dans le cas d’une mauvaise relation. Je crois que ce regard aigre-doux que je jette sur la vie avec beaucoup d’amusement fait que je ne suis plus quelqu’un de très dramatique. Je l’ai déjà été dans ma jeunesse et j’ai vite exclu ça de ma vie. J’ai un côté joueur qui transparaît dans mon travail, alors que dans la vie je suis plutôt posé. Ça va tellement vite dans ma tête que je réussis à balancer les choses quand je suis plus posé et calme.

Ce métier semble avoir mis sur votre route des personnes importantes pour vous, si on en juge par vos remerciements dans le livret de l’album. Comment ces gens sont-ils arrivés dans votre vie?

J’ai compris très tôt que je devais m’entourer de gens avec qui je suis bien. Les projets issus d’une collaboration avec des personnes qui pensent comme moi donnent un résultat qui a une énergie saine et belle. Je ne suis pas un carriériste assoiffé de pouvoir ou de visibilité. Je ne suis pas ésotérique, mais je crois que les objets ont une énergie, et j’essaie de créer des objets musicaux qui font du bien. Pour y arriver, je dois aller dans des zones compliquées pour moi. Je dois jouer avec mes problèmes, mes doutes, mes questionnements, et essayer de les régler. Je dois aussi m’assurer d’être entouré de gens bienveillants envers moi quand je vais dans ces zones-là. J’ai vraiment des amis qui en valent la peine.

Quand on vieillit, est-ce aussi plus facile de trouver l’amour?

Tout est plus facile. Avec le temps, tout devient plus simple: le métier, l’amour, tout. Je ne retournerais pas à mes 20 ans.

15 ans de carriere

L’artiste à ses débuts, en 2004.

Photo : Frédéric Auclair, TVA Publications

L’artiste à ses débuts, en 2004.

Pierre Lapointe lançait son premier album en carrière en 2004. Quinze ans plus tard, l’artiste est fier de son parcours et de son évolution, aussi bien en tant qu’artiste qu’en tant qu’être humain. «Je suis très content, mais je ne me souviens pas de tout. J’ai tellement fait de projets! Plus j’avance, plus je comprends comment je fonctionne, et plus je peux facilement mener de front plusieurs projets à la fois. Ça me fait peur! (rires) Mais j’ai aussi connu des périodes plus difficiles. Il a notamment fallu que j’apprivoise le fait d’être connu. C’est étrange, surtout quand tes valeurs ne correspondent pas à ça. J’étais impressionné et grisé par le fait d’être connu, mais certains sont plus à l’aise là-dedans que moi.» Il est aussi reconnaissant d’avoir pu développer une carrière en France. «J’y vais parce que j’ai le goût d’y aller, mais mon succès y reste le même. Je n’ai pas vendu des tonnes de disques là-bas, mais mes salles se remplissent. Je suis connu par un certain réseau d’amoureux de la chanson, par l’industrie, par les journalistes... J’ai une place respectable et je me retrouve dans des contextes où les autres artistes québécois n’ont pas forcément la chance de se retrouver. Mon travail n’est pas vraiment commercial. Mes chansons ne jouent pas à la radio. Moi, je vends un répertoire, un univers. Je ne m’attends pas aux mêmes résultats que Cœur de pirate, par exemple, même si je l’envie amicalement par moments. Mais je sais que je ne vivrai jamais ça», a-t-il conclu.

  • L’album Pour déjouer l’ennui est en kiosque maintenant.
  • Pour plus d’infos: pierrelapointe.com. 

Photo : Courtoisie

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