Patrice Robitaille: La chance et le talent | 7 Jours
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Patrice Robitaille: La chance et le talent

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Photo : Julien Faugere, TVA Publications

Fort de ses rôles diversifiés, le comédien Patrice Robitaille a une carrière qui va à 100 km à l’heure. Michel Barrette a pris plaisir à piloter pour La Semaine une entrevue avec l’interprète de Victor Lessard, qui porte un regard lucide sur son métier.

Patrice, de Patrick dans les Beaux malaises à Cyrano de Bergerac, tu es toujours crédible dans les rôles que tu défends! Comment te l’expliques-tu?

Je ne sais pas quoi dire d’autre que ceci: la chance joue un rôle dans l’offre qu’on nous fait comme acteur. Quand on m’a proposé de jouer Cyrano de Bergerac, par exemple, ç’a été une belle opportunité pour moi, même si ce personnage est une arme à double tranchant. Tu ne peux pas refuser ça, mais c’est vertigineux comme mandat.

Vertigineux sur le plan du travail?

Les attentes étaient élevées! Cyrano évoque quelque chose dans l’imaginaire collectif et il a déjà été incarné par de grands acteurs, comme Guy Nadon, Gérard Depardieu et Gilles Pelletier. Quand tu l’interprètes, tu souffres toujours des comparaisons. J’ai douté du début à la fin. Je me souviens d’un soir — c’était ma fête — où je ne voulais pas y aller. Je répétais à ma blonde: «Je n’ai pas le goût.» Je me suis mis à faire un peu d’anxiété; pourtant, je n’en étais pas à ma première représentation! Avec le recul, je me dis que c’était cool et que je suis chanceux de m’être vu confier ce rôle. 

Quand t’es-tu senti appelé par le jeu?

C’est la télé qui m’a appelé. Enfant, je trouvais ça très excitant de regarder la télé avec mes parents. J’ai le souvenir bien précis d’un épisode de Terre humaine qui racontait l’histoire d’un chasseur qui avait eu un accident de chasse. Ça m’intéressait, et ça intéressait mes parents aussi: je trouvais cette connexion fabuleuse. J’écoutais Le temps d’une paix aussi et je tripais sur Jamais deux sans toi. Jean Besré est la première vedette que j’ai rencontrée lors d’un festival quand j’étais au cégep. J’avais été bien impressionné.

Avais-tu l’impression qu’être acteur était un rêve inatteignable?

Mes parents n’ont jamais réprimé mon rêve, mais ils voulaient que j’aie un plan de secours. Il était clair qu’il fallait que j’aille à l’université. J’ai donc étudié en communication: je voulais devenir concepteur publicitaire. Pour moi, cette branche, c’était en quelque sorte encore de la télévision. J’ai fait une majeure à l’Université Laval, puis, avant de conclure avec une mineure en cinéma, j’ai senti que j’étais prêt à passer mes auditions en théâtre. J’ai été accepté aux conservatoires de Québec et de Montréal. Je me suis dit que j’allais me faire plus de contacts si je partais à Montréal.

Photo : Julien Faugere, TVA Publications

Quel projet a été un tremplin pour toi dans ta carrière?

C’est le film Québec-Montréal, que j’ai écrit avec Ricardo Trogi et Jean-Philippe Pearson. D’ailleurs, il aurait pu ne pas voir le jour... À l’époque, nous avions tourné plusieurs courts métrages ensemble. Ricardo faisait ses premières armes en réalisation, et nous jouions dans ses trucs. Nous avons attiré l’attention de Juste pour rire, avec qui nous avons signé pour créer une série à Télé-Québec. Nous avons reçu des subventions et nous avions sept ou huit épisodes d’écrits lorsque nous avons tourné le pilote. Mais les producteurs n’étaient pas satisfaits du résultat... 

Qu’avez-vous fait?

Nous nous retrouvions avec rien devant nous. Ricardo a alors dit: «Patrice, tu n’avais pas une idée depuis un bout?» Nous sommes allés voir une productrice avec l’idée de Québec-Montréal et nous avons passé l’été à l’écrire. Ce film a complètement changé la façon dont nous étions perçus dans l’industrie. Nous avons tenté de nous réunir à nouveau pour en faire un troisième. Je suis devenu très frileux sur le plan de l’écriture. Ça fait trois ans que j’ai deux débuts de projets que je traîne...

Est-ce par manque de temps ou par peur?

Les deux. Quand j’étais plus jeune, j’avais entendu Janine Sutto dire en entrevue que le trac, ça ne faisait qu’augmenter en vieillissant, et je n’y croyais pas... C’est pourtant vrai! Jeune, on a une espèce d’innocence. On a tout à gagner, rien à perdre. Avec le temps, on a la pression de ne pas décevoir!

Penses-tu avoir trouvé un équilibre entre carrière et famille?

Oui, j’ai une très belle vie de famille. Ma grande de 13 ans comprend davantage que je peux travailler intensément sur un projet que mes filles de 5 et 3 ans, mais je suis aussi pas mal présent pour elles. Notre métier apporte des booms de travail, mais aussi des horaires qui font que je peux être avec elles le matin ou le soir. Cela dit, les vacances d’été sont plus dures à gérer puisque c’est la grosse saison des tournages. 

Ta fille aînée est-elle fière de ce que tu fais?

Je pense que oui, même si elle ne me le dit pas. Je le sens dans l’amour qu’elle a pour moi et la curiosité qu’elle a envers mon métier. J’ai peur qu’elle veuille suivre mes traces. Faire carrière dans les arts n’est pas juste une question de talent ou de chrono. Il y a aussi cette chose floue qui s’appelle le charisme, et le hasard des rencontres. 

Il incarne Victor Lessard pour une troisième saison.

Photo : Yan Turcotte, Club Illico

Il incarne Victor Lessard pour une troisième saison.

T’es-tu déjà senti impressionné sur un plateau, devant un acteur ou une actrice?

J’ai gelé devant Raymond Bouchard quand je jouais dans la série Temps dur. Il faisait le chef des motards, et moi, un petit voyou. Je devais aller à sa rencontre en descendant un petit talus. Quand tout le monde s’est retourné vers moi, le temps s’est arrêté. J’ai eu un vertige, j’ai figé. Je me disais: «Vas-y, c’est à ton tour, dis ta réplique.» Finalement, j’ai réussi!

Quels autres comédiens admires-tu?

J’ai un immense respect pour ceux qui m’ont précédé. Quand j’ai la chance de travailler avec un acteur ou une actrice qui a plus de métier que moi, je prends plaisir à le regarder faire. J’ai été impressionné quand j’ai joué dans Les Boys. C’est rarement à cause d’un Rémy Girard qu’on arrête une scène. Il est tellement bon et concentré! Un jour, Marc Messier m’avait offert d’aller voir Broue, et j’ai été épaté par la rigueur de ces trois gars-là. Et après avoir tourné des scènes difficiles avec Guy Nadon dans Victor Lessard, j’ai dit à ma blonde que j’avais rencontré quelqu’un de solide ce jour-là!

Y a-t-il un rôle que tu rêves toujours d’interpréter?

Je n’ai jamais eu de rêve de personnage ou l’ambition de faire carrière à l’international. Je suis très bien ici. Ce qui m’intéresse, ce sont les rencontres. Je suis réaliste, je veux en profiter tant que ça durera. Je ne me suis pas fixé une date de retraite: je vais faire ma job le mieux possible jusqu’à ce que la roue arrête de tourner et j’irai ensuite triper ailleurs...

Retrouvez l’acteur dans la troisième saison de Victor Lessard, maintenant offerte sur Club illico.

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