Émile Bilodeau: Marchand de bonheur! | 7 Jours
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Émile Bilodeau: Marchand de bonheur!

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Photo : Patrick Seguin, TVA Publications

L’immense succès de J’en ai plein mon cass aurait pu — sans jeu de mots — lui monter à la tête, mais le jeune homme de 23 ans a gardé les pieds bien ancrés dans la réalité pendant qu’il composait les plages de son nouvel album. Homme de clan dévoué autant à sa famille qu’à ses amis et aux membres de son groupe, il repart aujourd’hui arpenter «le territoire» en quête de retrouvailles et de nouvelles rencontres. 

Émile, tu nous as conviés à la boutique Les Artisans d’Azure, bien connue des amateurs de jeux de rôle à saveur médiévale. Est-ce une référence à la chanson Robin des Bois, qu’on retrouve sur ton nouvel album? 

Oui, et c’est aussi un clin d’œil à la chanson Échec et mat, dans laquelle je parle d’une reine et tout ça... À Mont Royal, également, dans laquelle je fais allusion aux jeunes qui font des jeux de rôle grandeur nature. C’est un des thèmes de l’album et ça me fait penser au type de vie que j’ai avec mon band, ma petite communauté. On part à l’aventure sur nos chevaux à quatre roues sur les routes du Québec. Entre nous, on s’appelle les marchands de bonheur, parce qu’on voit après les spectacles à quel point les gens sont contents. C’est valorisant.  

Après le lancement de ton premier album, tu as évoqué l’influence de Félix Leclerc et de Bernard Adamus. Depuis, as-tu fait des découvertes marquantes? 

J’ai écouté beaucoup de musique française. Richard Desjardins est un artiste qui a aussi pris beaucoup de place dans ma vie. Et puis, je travaille avec des musiciens qui ont leurs propres références. J’ai une batteuse qui fait du punk, un claviériste qui est dans la musique indépendante et un bassiste qui s’intéresse à l’électro. La chimie que j’ai avec eux a beaucoup influencé mon travail.  

Tu as connu un immense succès avec ton enregistrement précédent. Est-ce plus dur de trouver l’inspiration quand tout va bien? 

C’est une bonne question. Il y a une petite période durant laquelle j’avais vraiment hâte de me sentir inspiré. Un an et demi avant de retourner terminer l’album, j’avais passé du temps en studio à Calgary pour enregistrer les maquettes de cinq chansons. Il y en avait trois sur le lot qui étaient potables et qui se retrouvent sur l’album, mais disons que pour le reste, j’avais hâte que l’inspiration arrive!  

Comment as-tu réussi à vaincre le syndrome de la page blanche? 

Il y a eu un déblocage quand j’ai arrêté de penser à l’horaire. Avoir trouvé le thème médiéval m’a aussi beaucoup aidé à développer des chansons. Après, je me suis permis de triper avec d’autres instruments comme le ukulélé, le piano, la guitare électrique... Il n’y en avait pas sur le premier album. Changer mes méthodes m’a permis de découvrir d’autres espaces où j’ai pu aller jouer.  

L’identité est quelque chose d’important pour toi. Tu as grandi à Longueuil, mais tu te décris un peu comme un Saguenéen, car tes parents sont originaires de cette région...  

Pour moi, l’idée de vacances, que ce soit en hiver ou en été, est encore très liée à Chicoutimi. J’associe la région au calme, à la vivacité, à un sentiment de liberté. Ça me rappelle les moments où je jouais avec mes cousins, où je passais le tracteur avec mon grand-père. Je m’étendais sur le divan de ma grand-mère et c’était comme si j’étais dans mon salon. Je suis fier des gens de cette région. Ils ont un accent très fort, une personnalité très forte, ils sont très fiers et je suis content d’être issu de ça. 

Tu parles aussi de la vie à Montréal. C’est ton nouveau port d’attache? 

En fait, je vais bientôt être Montréalais. C’est quelque chose que j’envisageais au moment d’enregistrer les chansons, alors j’en parle beaucoup sur mon album. Parler du territoire, c’est quelque chose qui est super important pour moi. 

En même temps, tu as eu l’occasion de voyager depuis que tu as lancé ton premier disque. Est-ce que ça a contribué à ouvrir tes horizons?  

J’ai eu la chance d’aller trois fois aux Îles-de-la-Madeleine, je suis allé en France, en Belgique et je reviens de Barcelone. Après tout ça, je comprends pourquoi j’aime mon territoire. On est chanceux d’avoir quatre saisons, de pouvoir expérimenter tous les sports. Parler de ça, ça allait de soi!  

La chanson J’en ai plein mon cass a touché une corde sensible chez les gens de différentes générations. Ç’a été comment de se faire reconnaître du jour au lendemain dans la rue? 

J’aime beaucoup les gens. Aller à leur rencontre m’a donné l’opportunité d’aborder plein de sujets avec eux, d’apprendre à les connaître et de vraiment sentir le pouls de ma nation. Ç’a fait en sorte qu’on pouvait aller tout de suite dans le concret. Ça m’a permis aussi de m’intégrer plus facilement à des gangs, que ce soit à Shawinigan, en Abitibi ou à Gatineau. Hormis ça, je dirais que ça ne m’a pas changé. Je suis toujours le même gars qui a ses amis. Ça n’a eu aucun effet négatif.  

Que font tes parents dans la vie? 

Mon père est planificateur financier. Ça m’a beaucoup aidé. (rires) Quant à ma mère, elle travaille avec les communautés de femmes, celles qui se cherchent du travail, qui ont besoin d’aide parce qu’elles viennent d’arriver au pays et qui se sentent un peu isolées parce qu’elles sont immigrantes. Elle a surmonté une épreuve professionnelle, mais aujourd’hui, elle travaille au Coffre (Centre d’orientation et de formation pour femmes en recherche d’emploi) à Saint-Hubert. 

Pour Grandeur mature, tu as travaillé avec Philippe B., qui avait réalisé ton premier album. Comment se sont passées vos retrouvailles? 

Ç’a été formidable. Il a eu un bébé pendant le processus et j’ai été choyé de pouvoir assister à ça. Il va toujours se souvenir de la période durant laquelle on a enregistré l’album. Dans la pochette, c’est écrit «Merci Philippe B., mon mentor, mon ami. J’espère que nos chansons pourront faire rire ta fille.» 

Cette année, tu es porte-parole des Francouvertes avec Laurence Nerbonne. Pourquoi as-tu voulu t’impliquer dans ce concours? 

J’adore les Francouvertes. C’est un concours où on te donne du temps. On ne fait pas seulement une ou deux chansons. On a 30 minutes et on peut faire ce qu’on veut. On propose son projet. Ce n’est pas nécessairement devant 4000 personnes. Ça peut être 150 personnes, mais 75 d’entre elles ont leur mot à dire dans l’industrie. C’est quelque chose de très concentré. Ils sont allés chercher beaucoup de bands hors de Montréal l’année passée et, pour cette édition, ça va aller dans le même sens. Pour moi, être porte-parole des Francouvertes, ça rejoint ce que je veux dire aux jeunes: «Venez vous essayer et on va vous écouter. C’est parfait, cette plateforme. Vous ne vendrez pas votre âme. Suivez vos rêves!» 

«Je suis un gars d’équipe, et ma famille a été ma première équipe.»

Photo : Patrick Seguin, TVA Publications

«Je suis un gars d’équipe, et ma famille a été ma première équipe.»

Question de feelings  

Qu’est-ce qui te rend joyeux? 

De voir mon petit frère devenir un homme. Il est plus brillant que moi dans plein de sphères et il me fait rire. Il a 19 ans. Lui, c’est un joueur de guitare formidable et il apprend le piano à l’oreille. Je le garde dans ma petite poche. Un jour, je vais le sortir et on va faire un hommage à 2Frères. (rires) Quitter la maison familiale, ça me touche. Je suis un gars d’équipe, et ma famille a été ma première équipe. Je vais m’ennuyer. Pour moi, c’était une sécurité. Je viens de faire une tournée de cinq jours et je suis complètement crevé. Je rentre, ma mère m’a fait un bon pâté chinois et j’écoute le football en famille. (Il devient très ému.) C’est ça... ça me rend triste.  

Qu’est-ce qui te met en colère? 

Quand je regarde des gens commenter en disant des âneries alors que d’autres ont vécu des drames, comme une famille syrienne qui vient d’être décimée après un incendie. Ceux qui rient du travail de Safia Nolin à cause de son corps ou de ce qu’elle représente. Des gens qui envoient promener les immigrants pour des raisons stupides, ceux qui ne croient pas aux changements climatiques... la bêtise humaine.  

Qu’est-ce qui te fait peur? 

La maladie. Je suis extrêmement chanceux de pouvoir me tenir droit devant une foule tous les soirs. Je pense à Pauline Julien, qui a perdu l’usage de la parole et qui s’est enlevé la vie pour ça. Moi, je ne suis pas le gars le plus en forme mais, dans ma tête, ça va super bien. J’ai peur pour ma famille aussi. Avant de me coucher, je regarde en l’air et je dis: «Occupez-vous de ma santé et moi, je vais faire le reste.» Je suis un gars très en confiance, mais la santé, c’est une chose qu’on ne peut pas toujours maîtriser.  

Qu’est-ce qui t’apaise? 

Mon travail, mes amis, mon band, mon équipe... (Il devient ému à nouveau.) Coudonc, je suis donc bien à fleur de peau! (rires) C’est parce que je me rends compte, dans le fond, à quel point je suis chanceux. Ça va super bien!  

Photo : Courtoisie

  

  • Pour vous procurer Grandeur mature ou connaître les dates de spectacle du chanteur: emilebilodeau.ca.  
  • Pour plus d’informations à propos des Francouvertes: francouvertes.com.  
  • Merci à la boutique Les Artisans d’Azure pour l’accueil durant l’entrevue et la séance photos. 

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