Marie-Thérèse Fortin: «L'art n'a pas d'âge» | 7 Jours
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Marie-Thérèse Fortin: «L'art n'a pas d'âge»

À 60 ans, la comédienne souhaite travailler encore longtemps!
Photo : Julien Faugère, TVA Publications

À 60 ans, la comédienne souhaite travailler encore longtemps!

Elle nous fait rire dans Boomerang, nous touche dans Le monstre et nous fait réfléchir sur scène. Véritable artiste accomplie, Marie-Thérèse Fortin est inspirante où qu’elle soit. Et, à 60 ans, elle prévoit nous émouvoir encore longtemps!  

Marie-Thérèse, les derniers mois ont été très festifs dans votre famille, puisque vous avez célébré vos 60 ans et que votre mère a franchi le cap de la centaine. Comment avez-vous célébré tout ça? 

Je suis partie en Italie avec mon conjoint pendant un mois. C’était un voyage de vélo que nous avions planifié depuis longtemps. Pour ce qui est de maman, nous avons organisé une fête qui lui ressemble. 

C’est-à-dire? 

Elle voulait que ce soit à son image et que tout son monde soit autour d’elle: ses enfants, ses petits-enfants, ses arrières-petits-enfants et les cousins et cousines, qui sont venus lui faire la bise. Nous avions organisé le tout dans la salle paroissiale de notre petit village du Bas-Saint-Laurent, et même monsieur le curé était là. Nous lui avons chanté des chansons qu’elle nous a apprises quand nous étions jeunes, et elle nous a surpris avec un très beau discours auquel nous ne nous attendions pas. Elle en était très heureuse. Et elle ne voulait pas que ça finisse trop tard, parce qu’elle était fatiguée. (rires) 

Avez-vous hérité de sa vitalité? 

J’ai bien peur que oui! Ma mère nous a appris bien des choses à mes frères, mes sœurs et moi, et nous y sommes très attachés. C’était une cuisinière hors pair et nous aimons tous cuisiner. Elle faisait aussi de beaux jardins et mes frères et sœurs ont continué cette tradition, ce qui est malheureusement impossible pour moi en ville. 

«Mon conjoint enseigne le théâtre, il comprend ma réalité.»

Photo : Julien Faugère, TVA Publications

«Mon conjoint enseigne le théâtre, il comprend ma réalité.»

 

À 60 ans, vous travaillez énormément. Imaginez-vous un jour être à la retraite? 

Non, la retraite d’un comédien arrive seulement quand plus personne ne l’appelle. Les projets artistiques peuvent durer toute une vie. L’art n’a pas d’âge. Nous trimballions Janine Sutto partout d’une scène à l’autre pour Belles-Sœurs et, malgré ses 90 ans, elle était aussi en forme que bonne. Le soir, après les représentations, alors que nous voulions aller dormir, elle voulait sortir prendre un verre de vin. Elle était inépuisable! 

Votre conjoint, qui est enseignant, n’a pas hâte de vous avoir un peu plus pour lui à la maison? 

Il enseigne le théâtre, il comprend ma réalité. Quand sa retraite arrivera, il m’aidera à apprendre mes textes et viendra voir mes pièces! 

Est-ce que vos enfants sont aussi passionnés de théâtre que leurs parents? 

Ils aiment ça, ils viennent me voir jouer régulièrement, mais pas assez pour en faire un métier. Emma a hérité du côté scientifique de la famille de son père, elle est infirmière. Samuel, lui, est en relations politiques. Il aime le monde et a beaucoup d’entregent; je pense que ça vient de moi. 

La cinquième saison de Boomerang a commencé sur les chapeaux de roues avec deux nouveaux membres dans la famille. Comment s’est déroulé le tournage? 

C’était super! Les petits bébés étaient vraiment faciles. Ils ne pleuraient pas et nous faisaient de la façon. Diane Lavallée et moi, les deux grands-mères, nous nous disputions à savoir qui les prendrait! Ç’a été formidable, puisque nous avions des a priori. Ça brasse parfois, dans Boomerang, et les petits auraient pu avoir peur. 

Un ouragan vous a particulièrement brassée, oui! 

Les scènes d’ouragan ont été très drôles à tourner. Il y avait d’immenses ventilateurs dans lesquels de l’eau était projetée. Ça donnait vraiment l’impression d’être pris dans la tempête. 

Qu’en a-t-il été des scènes d’exiguïté dans la roulotte? 

Ç’a été toute une expérience, parce qu’il y avait nous, les comédiens, mais aussi toute l’équipe technique dans cette petite roulotte. C’est fou comment se retrouver à plusieurs personnes dans un endroit aussi exigu est fatigant! 

La complicité qui vous unit à Marc Messier dans les rôles de Pierre et Monique est incroyable. Comment l’expliquez-vous? 

Marc et moi, nous ne nous connaissions pas vraiment avant de jouer ensemble, mais tout de suite, en audition, il a compris où j’allais avec Monique et ça a cliqué entre nous. Ce que je faisais l’amusait beaucoup et vice versa. Il faut dire aussi que Marc est un homme pas compliqué du tout. Nous avons vite fraternisé et sommes devenus complices. Il n’y a rien comme un bon fou rire pour rapprocher deux comédiens, et nous en avons eu plusieurs! 

Photo : Marlène Gelineau Payette, TVA

 

Catherine-Anne Toupin et Magalie Lépine-Blondeau, qui interprètent vos filles, sont, comme vous, deux actrices très impliquées autant à la télévision qu’au théâtre. Vous arrive-t-il de les conseiller? 

Je ne crois pas qu’elles aient besoin de mes conseils. Nous discutons plutôt beaucoup des défis différents de nos vies d’actrice selon notre génération. 

Les enviez-vous parfois? 

Je trouve en effet qu’il y a beaucoup plus de possibilités pour les jeunes actrices d’aujourd’hui. Elles peuvent écrire au théâtre, développer des projets télé. Dans mon temps, tout était compartimenté. Il y avait des auteurs de télévision et des acteurs, les univers ne se croisaient pas. De plus, le Web permet de tourner de façon bien plus souple. Quand j’ai commencé en télévision, les caméras étaient placées sur de grosses plateformes aussi faciles à manier qu’une laveuse et une sécheuse! (rires) 

Nous avons aussi pu vous voir dans Le monstre, où votre personnage de psychologue transmet, selon les dires de l’auteure, Ingrid Falaise, le message qu’elle a pour les femmes. Comment avez-vous abordé cette énorme responsabilité? 

C’est un sujet extrêmement délicat qui me faisait peur. J’avais l’impression que je ne pouvais pas l’aborder sans aller chercher un minimum d’information. À ma demande, la production m’a mise en contact avec deux intervenantes qui ont été extrêmement généreuses de leur temps et qui ont répondu à toutes mes questions et bien plus encore. J’ai aussi visité des ressources pour femmes victimes de violence. Je ne voulais pas trahir les victimes ni celles qui interviennent auprès d’elles avec la caricature d’un personnage. Tout au long du tournage, j’avais le désir de faire œuvre utile. 

La complicité est évidente entre les comédiens de Boomerang, qui en est à sa cinquième saison.

Photo : Sébastien Raymond, TVA

La complicité est évidente entre les comédiens de Boomerang, qui en est à sa cinquième saison.

 

Belles-Sœurs: théâtre musical, une idée qui a fait du chemin 

Il y a 10 ans, c’est dans les coulisses du TNM que Marie-Thérèse Fortin et René-Richard Cyr ont eu l’idée de faire revivre la pièce Les belles-sœurs sous forme de comédie musicale. Tout de suite, Marie-Thérèse — qui était alors directrice artistique du Théâtre d’Aujourd’hui — s’est mise à monter un budget pour cette création d’envergure devant l’œil très sceptique de certains administrateurs. Le show a bien sûr vu le jour et a été couronné de succès. Ce qui est encore extraordinaire aujourd’hui, c’est que la comédie musicale fait un tabac au Brésil, alors que la réalité des gens y est très difficile sous l’actuel régime politique. «C’est touchant de voir que ce qu’on a créé ici est perçu comme un acte de résistance de la part des comédiennes du Brésil, qui reprennent nos chansons en portugais. Ça démontre encore une fois l’universalité de l’art», se félicite Marie-Thérèse Fortin.  

  • Boomerang, lundi 19 h 30, à TVA.  
  • La détresse et l’enchantement, en supplémentaire du 22 octobre au 2 novembre au Théâtre du Nouveau Monde. Infos: tnm.qc.ca

 

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