Meurtriers sur mesure | Quand la justice dérape | 7 Jours
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Meurtriers sur mesure | Quand la justice dérape

Club illico

Billy Taillefer et Hugues Duguay.
Photo : © Club Illico

Billy Taillefer et Hugues Duguay.

Aussi choquante que terrifiante, la série documentaire Meurtriers sur mesure ne laissera personne indifférent. On y découvre avec stupeur la terrible histoire de Billy Taillefer et Hugues Duguay, condamnés à la prison à vie pour un meurtre sauvage qu’ils n’ont pas commis.

Le drame qu’ont vécu Billy Taillefer et Hugues Duguay découle d’un crime d’une brutalité sans nom. Le 9 mars 1990, à Val-d’Or, la jeune Sandra Gaudet, 14 ans, est enlevée, violée et assassinée sur le chemin qui sépare sa maison familiale de celle de son amoureux. Son corps dénudé est découvert le 12 mars en bordure d’une route forestière à deux kilomètres de chez elle.

Sandra Gaudet

Photo : © Club Illico

Sandra Gaudet

«Il ne faut jamais oublier que le premier drame va toujours demeurer la mort de cette enfant-là. Les premières victimes sont Sandra et les membres de sa famille. Ceux-ci n’ont jamais compris ce qui est arrivé à leur enfant», souligne Izabel Chevrier, coréalisatrice de la série de sept épisodes.

Une voiture rouge

Quant à Billy Taillefer et à Hugues Duguay, ils n’ont jamais compris pourquoi le destin a fait d’eux les boucs émissaires de ce meurtre affreux. Pendant les 4000 nuits qu’ils ont passées en cellule avant d’être libérés, ils se sont demandé pourquoi ce coup du sort les avait frappés. Si on a cru Billy coupable, c’est parce que son père possédait un véhicule rouge semblable à celui qu’un témoin avait vu sur le chemin forestier le soir du meurtre. Hugues, lui, n’était coupable que d’avoir été le meilleur ami de Billy. En fait, les deux jeunes hommes, qui avaient alors 21 et 23 ans, n’avaient jamais croisé la victime. 

Me Richard Dubé, avocat criminaliste, intervient dans la série.

Photo : © Club Illico

Me Richard Dubé, avocat criminaliste, intervient dans la série.

C’est un amalgame d’incompétence, de malhonnêteté et de fermeture d’esprit de la part des policiers et d’autres acteurs du système de justice qui a mené à la descente aux enfers des deux innocents. «Ce procès a été pire qu’un cauchemar. En regardant la série, on a peur quand la police municipale agit, on a peur quand on voit la Sûreté du Québec et le procureur de la Couronne, mais, quand on arrive au juge, ça dépasse l’entendement. C’est terrifiant!» explique Izabel Chevrier, qui n’en revient toujours pas que, au Québec, deux jeunes gens ont pu être reconnus coupables de meurtre sans aucune preuve valable.

Des témoignages bouleversants

C’est le livre de Jean-Claude Bernheim racontant l’affaire «Taillefer-Duguay» qui a incité Izabel Chevrier et Martin Paquette à faire découvrir aux téléspectateurs l’une des pires aberrations du système de justice québécois. Pendant deux ans, ils ont été habités par cette histoire, repassant au peigne fin les anomalies de l’enquête et retrouvant les acteurs clés. À l’écran, les parents de Sandra sont bouleversants, eux qui ont cru que justice avait été faite avant de comprendre, des années plus tard, que l’assassin de leur fille courait toujours. Les proches de Billy et Hugues déchirent aussi le cœur. C’est grâce à leur combat que la vérité a finalement éclaté lors de la Commission Poitras. 

Jean-Claude Bernheim

Photo : © Club Illico

Jean-Claude Bernheim

Martin Paquette

Photo : © Club Illico

Martin Paquette

Billy et Hugues ont également accepté de raconter leurs souvenirs, même si on ressent toute la douleur que ceux-ci évoquent pour eux. Toutes les deux semaines pendant huit mois, Izabel Chevrier et Martin Paquette ont recueilli leur témoignage avec un énorme respect. «Ça n’a pas été facile et ç’a été long, car ils souffrent du syndrome de choc post-traumatique. Nous avons procédé une rencontre à la fois. Il a fallu des centaines d’heures d’échanges et de discussions pour gagner pleinement leur confiance. Ces gens-là ne s’étaient jamais ouverts à personne», explique la réalisatrice.

Justice pour Sandra

L’équipe de Meurtriers sur mesure espère que Billy Taillefer et Hugues Duguay obtiendront finalement réparation, eux qui poursuivent en dommages et intérêts la Ville de Val-d’Or et le procureur général depuis 2010. Elle souhaite aussi que la lumière soit finalement faite sur le meurtre de la jeune Sandra. «Notre but est qu’à la fin des procédures au civil, cette affaire redevienne un cold case et que le meurtrier — ou les meurtriers, car il semble y en avoir deux — soit découvert. Ainsi, Sandra Gaudet obtiendrait enfin la justice qu’elle mérite, et ses parents pourraient se coucher le soir en se disant que c’est vraiment terminé», conclut Izabel Chevrier. 

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