Frédérick De Grandpré: pompier d’un jour | 7 Jours
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Frédérick De Grandpré: pompier d’un jour

Image principale de l'article Frédérick De Grandpré: pompier d’un jour
Photo : Janylène Boucher
La journaliste Janylène Boucher a invité le comédien Frédérick De Grandpré à repousser ses limites et à aller au-delà de sa zone de confort mental et physique. Celui qui a prêté ses traits à Mac Cloutier dans Le Négociateur a en effet accepté de revêtir pendant deux jours l’uniforme de pompier et d’accomplir l’entraînement et les tâches de cette profession, une expérience intense qui lui a permis de réaliser un rêve d’enfant.
 
Afin de souligner la sortie du calendrier de la Fondation des Pompiers du Québec pour les grands brûlés, Frédérick De Grandpré s’est porté volontaire pour devenir pompier durant deux jours des plus intenses. «Il a la personnalité parfaite pour l’être. Il est vaillant, il sait garder son sang-froid et il écoute toutes les directives sans broncher, en plus d’être aussi très en forme physiquement», a souligné le lieutenant Jean-François David du Centre de formation pour les pompiers de Montréal, après avoir pu observer l’acteur à l’œuvre aux casernes 5 et 19 de la métropole. 
 
Frédérick explique que ces qualités lui viennent de l’enfance et du sport. «En plus d’avoir été l’aîné de trois enfants, donc devant servir un peu de modèle, j’ai une formation en arts martiaux. Les décennies d’entraînement et d’apprentissage de codes de conduite stricts, dont la base est le respect, ont sans doute contribué au fondement de ma personnalité.» 
 
Des qualités qui l’ont par ailleurs aidé dans des moments plus douloureux. «Je n’ai jamais rien vécu de comparable aux grands brûlés, qui vivent l’extrême sur le plan de la souffrance physique et mentale. Pour ma part, c’est plutôt dans mon enfance que j’ai eu des difficultés, pas avec mes parents qui m’ont choyé, mais à l’école. Je n’arrivais pas à performer ni à trouver ma place, j’étais vraiment angoissé. Le sport a joué un rôle majeur et m’a aidé à reprendre le contrôle. Je me laisse un temps pour vivre mes émotions, puis j’entre en mode solution. Je m’entraîne aussi physiquement, je modifie mon alimentation, je change mes idées noires.»
 
Cela dit, derrière ce calme olympien, Frédérick a aussi ses moments où il laisse libre cours à l’impulsion. «Je suis capable de faire le fou ou de perdre patience, surtout face aux tâches du quotidien! Demandez à ma blonde et à mes filles!» avoue-t-il en riant. J’ai d’ailleurs pu constater cette folie lorsque je me suis soudain sentie soulevée de terre par Frédérick, qui voulait mimer un sauvetage in extremis devant les gars de la caserne 5!
«L’équipe de la caserne 5 nous a reçus avec cœur et générosité.»

Photo: Janylène Boucher

«L’équipe de la caserne 5 nous a reçus avec cœur et générosité.»

Des leçons de vie

À travers son métier d’acteur, il a tiré des leçons de vie qui l’ont fait travailler sur lui-même. Plusieurs rôles, dont celui de Christian dans Mémoires vives, l’ont amené à réfléchir à la question de l’authenticité. «Christian portait de lourds secrets. Ça faisait de lui un homme austère, enfermé dans une carapace mensongère. À partir de ce rôle, j’ai conclu qu’il est toujours mieux de vivre dans la transparence. Me mentir à moi-même et aux autres n’est pas une voie que j’ai envie de suivre», note-t-il. 
 
S’il n’a pas eu de rôle principal depuis cette série, il a trouvé d’autres passions. «Ça m’a permis de rester à la maison avec les filles et d’exploiter d’autres aptitudes. Je suis retourné aux études. Je n’ai pas abandonné mes recherches de travail comme acteur, mais mon regard par rapport à ce processus est différent. Je suis dans l’action, j’explore d’autres voies pour satisfaire mes goûts et avoir un travail rémunérateur, sans être sans cesse dans l’attente d’un appel et dans la déception face à des refus de rôles.» 
 
C’est alors qu’il lisait Philosopher et méditer avec les enfants, de Frédéric Lenoir, qu’il a eu un coup de cœur. Il s’est donc tourné vers une formation professionnelle offerte par l’organisme SEVE, cofondé par Frédéric Lenoir, et il a entrepris des études à l’Université Laval en philosophie. «C’est passionnant! s’exclame-t-il. Comme artiste, je pourrais tomber dans la facilité ou négliger d’analyser un texte. La philosophie me force à une grande rigueur intellectuelle et à décortiquer différentes théories de philosophes anciens ou contemporains qui me serviront dans toutes les sphères de ma vie.»
 
La philosophie le servira-t-elle aussi dans ce défi que lui a lancé La Semaine? Il a choisi de réaliser un rêve de gamin: être pompier. Sans se douter que cette aventure éprouvante allait exiger de lui une force mentale et physique.
 

Photo: Janylène Boucher

Un grand défi pour l’acteur

Jour 1: Une formation exigeante
Nous voilà assis dans une classe du Centre de formation des pompiers de Montréal, un peu nerveux. Les lieutenants Caroline Lavigueur et Jean-François David nous ont préparé une formation qui nous mettra à l’épreuve. «Ils nous ont parlé avec beaucoup d’ouverture des défis du métier, des dernières technologies, des dangers et chocs auxquels ils peuvent faire face et comment certains se retrouvent ensuite victimes d’un syndrome post-traumatique ou de cancer à cause des intoxications chimiques», résume la recrue De Grandpré.
 
«Il est temps de revêtir votre bunker, nous avons un test à vous faire passer avant de vous envoyer en caserne», nous dit la lieutenante Lavigueur, en référence au lourd uniforme pesant plus de 75 lb avec la bonbonne d’air. Le regard de Frédérick croise le mien et je vois qu’il est aussi excité que moi d’avoir la chance de vivre ces moments que peu de gens expérimenteront.
 
Notre premier test est une simulation. Il s’agit d’entrer dans un bâtiment enfumé pour y récupérer un mannequin de 200 lb tout en traînant le tuyau et la hache. Le comédien suit les directives qui nous sont données. «Il faut vous mettre à quatre pattes. Vous devez suivre le pompier qui entre avec le tuyau et l’aider à le tirer, trouver le corps et le sortir, puis pratiquer la réanimation». 

Photo: Janylène Boucher

Dès qu’on franchit la porte, la visibilité est nulle. On y va à tâtons, peinant à contourner les obstacles. La chaleur monte vite et peut provoquer la panique. «C’est impensable de s’imaginer en plus avec une chaleur d’une centaine de degrés, je ne sais pas comment ils font pour endurer ça», dit Frédérick, impressionné par le boulot à accomplir. La deuxième épreuve consiste à gravir les six étages de l’édifice voisin. Tandis que j’abandonne ma bonbonne et mon casque, Frédérick, lui, monte avec tout sur son dos, s’ajoutant un sac de 50 lb au bout des bras! «Je veux être l’un des boys. Je ne veux pas tricher!» dit-il, à bout de souffle. Mais ce défi aura poussé l’acteur bien au-delà de sa zone de confort. «Je savais que j’aurais pu faire une pause, mais mon orgueil m’a poussé à monter vite. Rendu en haut, il a fallu que je me parle pour calmer la panique provoquée par cette impression d’étouffer. Mais le pire, c’est que pour un vrai pompier, c’est là que le travail commence! Il doit ensuite rester et combattre le feu, sauver des gens!» 

Photo: Janylène Boucher

Jour 2: À la caserne 5

Le lendemain, on nous attend de bonne heure à la caserne 5, la plus occupée du Québec. Chacun à notre tour, nous accompagnons le chef des opérations, Daniel De Angelis, dans son camion qui file à bonne vitesse et avec les sirènes. Les moments d’émotion de cette journée ont entre autres été de porter secours à une personne tombée du quatrième étage d’un immeuble, de s’occuper d’une fuite de gaz dans un gratte-ciel, ainsi que de porter assistance à une jeune femme en overdose dans une ruelle. «Ça m’a vraiment attristé de voir cette détresse humaine», souligne Frédérick. 
 
En effet, les incendies ne constituent qu’un faible pourcentage des appels d’urgence auxquels répondent les pompiers. Ils sont formés pour donner les premiers soins. Même qu’ils sont souvent les premiers répondants devant 
les ambulanciers sur les scènes d’accidents. 
 
Les pompiers de la caserne 5 nous ont reçus avec cœur et générosité. De même que leurs voisins de la caserne 19. Ayant été à la hauteur des héros que nous avons côtoyés, Frédérick De Grandpré peut être fier de son accomplissement. Ce fut, en somme, un défi qui a permis à un homme de réaliser son rêve de petit gars...
 
Que retire-t-il de cette expérience? «Ce que nous avons vécu avec les pompiers peut être une aventure en soi. Mais l’aventure, c’est aussi vivre quelque chose qui sort de l’ordinaire. C’est prendre un risque en ne sachant pas nécessairement quelle sera la fin.»
Frédérick en «opération de sauvetage» de notre journaliste!

Photo: Janylène Boucher

Frédérick en «opération de sauvetage» de notre journaliste!

Un calendrier pour aider les grands brûlés

La Fondation des Pompiers du Québec pour les grands brûlés lance, pour une 20e année, son fameux calendrier. L’objectif est d’amasser des fonds pour les centres des grands brûlés de Québec et de Mont-réal. Chaque année, plus de 300 patients y sont traités par des spécialistes. Cette Fondation ne reçoit aucune aide gouvernementale. Ce sont donc les dons des particuliers et des entreprises qui permettent la pérennité de cet organisme qui offre aussi des soins de réadaptation et de l’aide aux familles des victimes non couvertes par la RAMQ.
 
Les calendriers seront en vente dès le 1er octobre dans les pharmacies du Québec.Vous pouvez aussi faire des dons directement sur le site fondationdespompiers.ca. 

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