Diane Juster: «Je ne cherche pas le bonheur, je le prends» | 7 Jours
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Diane Juster: «Je ne cherche pas le bonheur, je le prends»

 

 D’une classe inégalée, Diane Juster est demeurée la femme charmante et sympathique qu’on a connue lorsqu’elle faisait carrière dans la chanson. Une autrice-compositrice-interprète qui a connu de grands succès et qui a passé une importante partie de sa vie à se battre pour les droits des auteurs en cofondant la SPACQ, il y a 40 ans. 

   

 

 Diane, comment en êtes-vous venue à défendre les droits des auteurs?  

 

 La SPACQ (Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec) a été fondée il y a 40 ans. Ginette Reno venait de chanter Je ne suis qu’une chanson, qui lui avait valu un beau succès, et qui m’avait valu à moi la reconnaissance comme autrice. Luc Plamondon m’a alors appris que lorsqu’une chanson était vendue sur disque, elle rapportait 2 ¢ à son auteur. Je ne m’étais jamais vraiment intéressée à ce que ça rapportait; il m’a dit qu’en France, les choses étaient très différentes, puisqu’on y fonctionnait au pourcentage. J’ai compris que tout ça passait par les lois, et l’idée a fait son chemin. Luc et moi avons alors fondé la SPACQ, qui réunit tous les auteurs et compositeurs de chansons et de musiques qui défendent leur métier. 

   

 

 C’est à la fois une passion et un travail important pour vous?  

 

 Oui, je désire continuer à mener bataille pour la chanson avec la SPACQ. Je veux juste en être l’âme. L’âme de quelque chose n’est pas nécessairement en avant, mais elle fait tout pour que les choses se passent, si je peux dire. J’ai développé plein d’amitiés et, tu sais, la Fondation de la SPACQ, je ne pourrais pas la faire rouler si je n’avais pas beaucoup d’amis. Au gala, cette année, nous avions 15 prix, dont un nouveau, pour la musique country. Ce sont des bourses de 10 000 $ que nous remettons. Nous choisissons deux artistes de la relève, qui reçoivent chacun 5000 $ pour la qualité de leur travail. Nous avons aussi un grand projet qui est d’identifier toutes les œuvres du Québec, avec les bons noms des auteurs et des compositeurs, des éditeurs, qui a chanté quoi. Du début jusqu’à maintenant. 

   

 

 Combien rapporte une chanson, aujourd’hui, à un auteur-compositeur-interprète?  

 

 S’il a écrit une chanson qui est vendue sur disque, elle rapporte 8 ¢: 2 ¢ vont au parolier, 2 ¢ au compositeur et 4 ¢ à l’éditeur de la chanson. Avant, l’éditeur trouvait les chansons, mettait les auteurs et compositeurs ensemble et allait porter les chansons chez les interprètes. Ça a évolué, aujourd’hui, les éditeurs se disent plus producteurs (de plus en plus d’auteurs-compositeurs-interprètes s’enregistrent aussi comme éditeurs, pour ainsi pouvoir négocier avec le producteur de l’album et obtenir 2 ¢ de plus). 

   

 

 Écrivez-vous encore des chansons?  

 

 Oui, je n’en fais pas maintenant, mais j’en ai peut-être quatre ou cinq qui sont sur le piano. Ce ne sont pas des chansons faciles à passer à des interprètes. En plus, le style a évolué, mais le mien est resté le même et je n’ai pas envie de changer. Quand je me mets au piano, je fais une mélodie, et c’est toute ma culture classique qui revient. 

   

 

 À 73 ans, quel regard portez-vous sur votre carrière?  

 

 J’ai commencé à chanter à 27 ans. J’avais déjà mes enfants. De 27 à 37 ans, j’ai fait cinq ou six albums, et j’étais divorcée. J’ai fait des spectacles, j’ai un peu essayé en France avec Charles Dumont. Grâce à mon père, je n’étais pas dans l’obligation de travailler. C’était du travail que d’aller chanter à Chibougamau, par exemple, mais il fallait que ce soit agréable. Je me suis tannée assez vite, en fait. Après 10 ans, j’avais fini de raconter une partie de ma vie, qui était la plus émotive, quand j’avais écrit Ce matin et Quand tu partiras. J’étais amoureuse d’un garçon que je vois encore, et ça m’a inspiré mes plus belles chansons. 

   

 

 Quand avez-vous tiré un trait sur votre carrière de chanteuse?  

 

 Quand j’ai rencontré mon mari, François. Il avait 19 ans et moi, 37. Ça a switché! J’ai eu envie de créer la SPACQ. Il vivait en France, on voyageait, et j’ai délaissé la partie chanteuse avec bonheur. Je vis seule; mon mari a choisi une vie différente, et c’est très bien parce qu’il reste mon meilleur ami. J’ai marié un homme plus jeune que moi qui voulait des enfants, et je ne voulais pas en avoir à l’âge que j’avais. J’ai continué à chanter, de temps en temps, j’ai commencé à faire des choses pour des soirées-bénéfice. Chanter pour aller faire un show, je n’étais plus là. 

   

 

 La Diane Juster qui se battait pour les droits d’auteur a pris le dessus sur la chanteuse?  

 

 Oui. Ce qui s’est passé, c’est qu’en rencontrant Luc Plamondon et Eddy Marnay, j’ai su ce qu’était un auteur de paroles. Plamondon est l’un des meilleurs avec qui j’ai eu le bonheur de travailler. Marnay était un maître. Il arrivait, mettait son papier sur le bord du piano et me demandait de rejouer la mélodie. Et, quand il partait, qu’il écrivait une ligne, ça ne bougeait pas. En côtoyant ces talents, j’ai commencé à perdre confiance en moi. Et ce que j’avais à dire était si personnel que je ne voulais plus aller là, surtout que j’étais avec François. Il était beau et jeune, j’étais heureuse, alors qu’est-ce que j’aurais raconté? Ça m’a éloignée du métier. Je ne regrette rien, ç’a été un beau parcours. 

   

 

 Quelle est votre plus grande fierté comme chanteuse?  

 

 Quand tu partiras. Julie Arel l’avait chantée. Moi, quand je l’interprétais, c’était autre chose. «Ne va pas croire que je suis celle qui va t’attendre toute une vie»... J’avais écrit ces paroles à l’époque où je me sentais très triste. 

   

 

 Et votre grande fierté à titre d’autrice?  

 

 Sans doute Je ne suis qu’une chanson, parce que, même si j’ai beaucoup aimé Ce matin, elle a été marquante. Quand j’ai vu qu’elle ne me rapportait que des miettes, ç’a été le début de la bataille. J’ai fait plus de sous avec À ma manière, que Dalida a reprise et qu’un cinéaste italien a mise dans l’un de ses films. Ce sont des petits coups qui rapportent un peu, mais les droits d’auteur qui rentrent après les diffusions dans les radios, ce sont des miettes. 

   

 

 Comment envisagez-vous l’avenir? Avez-vous fait une croix sur l’amour?  

 

 Oui. Honnêtement, j’aime la vie que j’ai. Qu’est-ce que je voudrais de plus? Tous les matins, je dis: «Merci, mon Dieu!» J’ai beaucoup d’amis. Et j’ai François, qui est toujours là dans mon cœur. Mes deux enfants ont leur vie. Je n’ai pas de petits-enfants, mais il y a le fils de François, qui a 10 ans. Il est tellement mignon! 

   

 

 Pour vous, le bonheur se résume à quoi, en quelques mots?  

 

 À garder l’équilibre que j’ai. J’espère que la vie va me protéger des grosses affaires. La santé, la peine de perdre quelqu’un: toutes sortes de choses peuvent arriver. Moi, le bonheur, je ne le cherche pas, je le prends.  

 

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