Louise Portal: «Je vis une formidable soixantaine» | 7 Jours
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Louise Portal: «Je vis une formidable soixantaine»

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Louise Portal nous inspire par l’énergie qu’elle dégage. À bientôt 70 ans, elle se dit libre de faire des choix, de prendre du recul, d’assumer qui elle est. L’actrice, qu’on voit dans le nouveau film Il pleuvait des oiseaux, vit le passage du temps dans une heureuse sérénité et un bonheur de couple qu’elle cultive amoureusement.   

Par Michèle Lemieux   

Photo: Patrick Séguin   

Louise, on peut vous voir dans le film Il pleuvait des oiseaux, inspiré du roman de Jocelyne Saucier, qui prend l’affiche.   

  

PHOTO GRAB D’IL PLEUVAIT DES OISEAUX: MK2/MILE END

  

Lorsque mon agence m’a annoncé qu’il y avait un rôle pour moi dans Il pleuvait des oiseaux, celui de Geneviève, la mère de Steve, un personnage qui n’existe pas dans le roman, j’ai spontanément accepté! Je suis contente de faire partie de cette grande œuvre qui met en scène des protagonistes qu’on voit trop peu à l’écran.   

Le fait qu’on porte au grand écran des êtres vieillissants qui évoquent le rapport au corps, à la nudité, à l’amour quand on n’a plus 20 ans, cela vous a parlé?   

Oui, c’est important de le faire. Nous n’en voyons pas suffisamment. Pourtant, nous avons tous des tantes, des grands-parents. Les trois ermites que sont Rémy (Girard), Gilbert (Sicotte) et Andrée (Lachapelle) vivent en pleine nature. Ils ont fait des choix pour vieillir différemment, pour vivre autre chose que ce qu’on offre dans les CHSLD. Ça nous enseigne quelque chose. C’est pour cette raison, je pense, que le film va rejoindre toutes les générations.   

Diriez-vous que, vous aussi, à votre façon, vous avez choisi de vieillir autrement?   

Oui, je suis désormais dans le lâcher-prise. J’arrive d’un essayage, et le personnage que j’aurai à jouer a 58 ans, puis 80 ans. Comme j’ai les cheveux gris, j’ai proposé qu’on me mette une perruque pour l’incarner à 58 ans. Je ne m’en fais plus avec ça. Je dirais même que mes cheveux blancs m’apportent d’autres genres de rôles, des rôles de femmes de mon âge. Accepter de vieillir, c’est très important. Si on l’accepte, on vieillit bien. Si on avance à reculons, en retenue, c’est plus difficile. Je donne des conférences dans des résidences de personnes âgées, je m’adresse aux gens de 50 ans et plus. J’aurai moi-même 70 ans en mai 2020.   

Vous ne les faites pas!   

Parce que je suis animée, allumée et que je peux compter sur une bonne génétique, j’en conviens, mais on reflète à l’extérieur ce qu’on vit à l’intérieur de soi. Si on est toujours préoccupé, ça transparaît sur notre visage. Notre façon de voir les choses est importante. Je vis une soixantaine formidable et je me prépare à la prochaine décennie.   

Et comment s’y prépare-t-on?  

En prenant de l’avance. Je n’ai pas encore 70 ans, mais je dis que je les ai. Ça me permet de m’y habituer. L’âge influence les choix que nous faisons. Il y a deux ans, Jacques et moi avons acheté un chalet au Saguenay. Je retourne dans mon pays d’enfance. Je suis obligée d’aménager mon agenda pour ne pas y faire un séjour de trois ou quatre jours seulement. Je m’organise pour y aller au minimum 10 jours à la fois. J’y vais deux, trois et même quatre semaines d’affilée parfois. Avant, c’était toujours l’actrice qui primait. Ce n’est plus le cas. Ce n’est plus elle qui décide de ma vie, c’est moi.   

Vous sentez-vous plus libre que jamais à cette étape de la vie?   

En effet. J’apprends à gérer les choses différemment. Si on dit toujours oui au bon vouloir des uns et des autres, on ne peut pas y arriver. À 45 ans, j’ai déjà annulé un voyage à Compostelle parce qu’on m’avait proposé quatre jours de tournage et qu’on n’avait pas voulu changer les dates... Mes billets d’avion étaient déjà achetés. Je ne
l’ai pas regretté, car même si ça n’avait pas été payant financièrement, ce projet m’avait amenée à tourner dans quatre productions par la suite. Aujourd’hui, si quelqu’un fait appel à moi, je sais que c’est moi qu’on veut. On ne me fait pas passer d’audition.   

Vous imaginez-vous arrêter un jour?  

Non, parce que je ne peux pas arrêter d’être dans la création. Cela étant dit, je veux faire les choses à un rythme différent et de façon plus posée. Je ne pourrais pas arrêter. J’en ai besoin. Comme j’écris et que j’ai plein de projets d’écriture, je ne pourrais pas cesser d’écrire non plus. Deux de mes livres vont paraître en 2020.   

Avez-vous d’autres projets?   

Oui, je vais jouer dans le prochain film de Ricardo Trogi et dans celui de Luc Picard. Ce sont de beaux cadeaux... J’ai eu une nomination pour le personnage d’Odile dans Cheval-Serpent. Ça me fait vraiment plaisir... J’ai travaillé fort pour ce rôle et je n’avais pas été nommée depuis longtemps.   

Il y a de bien belles choses dans votre vie, semble-t-il...   

Oui, et il y a l’amour. C’est plus facile de vieillir à deux que seule. En même temps, si on sait s’entourer, si on ne s’isole pas, ça peut être aussi très agréable. C’est pour cette raison que j’ai écrit Seules, ces femmes que j’aime. Ça inspire beaucoup les femmes. Elles n’ont pas abdiqué, elles vont de l’avant. Elles vivent des choses formidables. Dans ma génération, il y a beaucoup de femmes seules. Moi aussi, je pourrais me retrouver seule, un jour... Je pourrais perdre mon compagnon. Cet été, je l’ai surnommé mon Prince Vaillant. Il est tellement dévoué...   

Vous avez trouvé l’homme avec qui traverser les âges...   

Oui, c’est mon âme sœur, et c’est facile entre nous... mais nous y travaillons chaque jour. Le jardin de l’amour doit être désherbé quotidiennement. Disons que, Jacques et moi, nous avons les bons instruments pour sarcler!    

  • Voyez Louise dans le film Il pleuvait des oiseaux, qui prend l’affiche ce 13 septembre. Elle donne des conférences. On s’informe sur son site louiseportal.com .    

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