Il pleuvait des oiseaux: Une ode à la liberté | 7 Jours
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Il pleuvait des oiseaux: Une ode à la liberté

Image principale de l'article Une ode à la liberté

Le film Il pleuvait des oiseaux, scénarisé et réalisé par Louise Archambault, est l’adaptation du roman du même titre signé Jocelyne Saucier. Il relate l’histoire de trois hommes âgés reclus dans le bois. La mort de l’un d’eux et l’arrivée de deux femmes, dont une octogénaire injustement internée toute sa vie, viendront bouleverser leur quotidien.

Malgré la gloire et l’accumulation de succès dans sa filmographie, un acteur doit toujours se renouveler. Parlez-en à Rémy Girard. Ce monument du cinéma et de la télévision québécoise n’était pas le premier choix de la réalisatrice Louise Archambault pour l’un des rôles phares de ce film. Le célèbre acteur, une des vedettes du long métrage Les invasions barbares (2003), couronné meilleur film en langue étrangère aux Oscars, et de la populaire série Les Bougon (2004-2006), a produit un enregistrement où il chantait et jouait de la guitare pour convaincre la réalisatrice de le choisir... «Louise Archambault cherchait un acteur capable de chanter et de jouer de la guitare, confiait Rémy Girard lors de la projection de presse. Elle a été surprise lorsque mon agent lui a proposé mon nom. Elle m’a demandé de lui enregistrer la chanson Time, de Tom Waits.»

La réalisatrice et scénariste Louise Archambault.

Photo TVA Publications, Patrick Séguin

La réalisatrice et scénariste Louise Archambault.

Mais la partie n’était pas encore gagnée... «Louise me trouvait un peu jeune pour le personnage. Pourtant, j’ai seulement deux ans de moins que Gilbert Sicotte. C’est juste que je n’ai pas de cheveux blancs! (rires) Puis, Tom Waits voulait entendre celui qui allait interpréter sa chanson avant de céder ses droits. On est donc entrés en studio et on l’a enregistrée. Trois jours après avoir reçu la chanson, il nous a appelés pour nous donner le feu vert. J’étais fier en maudit! Ça m’a également donné une bonne confiance en moi. C’était la première fois que j’avais des chansons à chanter live dans un film, et je suis très content du résultat.»

Dans ce long métrage mettant en vedette d’autres grosses pointures, comme Andrée Lachapelle (Gertrude), Gilbert Sicotte (Charlie), Eve Landry (Raphaëlle), Éric Robidoux (Steve) et Louise Portal (Geneviève), Rémy Girard interprète Tom, un musicien turbulent hanté par ses dépendances qui coupe les liens avec le reste du monde pour entamer une nouvelle vie dans le bois. 

26 jours en forêt

«Il pleuvait des oiseaux est un roman qui m’a habitée. Je le trouvais puissant et, au fil des mois, il m’est resté en tête, confie Louise Archambault. Je voyais des images et je trouvais qu’il y avait quelque chose là-dedans qui était plus grand que moi. Alors, j’ai contacté l’autrice, Jocelyne Saucier, et l’éditrice tout en me demandant: “Est-ce que j’ose faire un film avec des ermites dans le bois?” (rires)» 

La réalisatrice et scénariste a osé. «Le film est une ode à la vie, à l’amour. Il porte sur la liberté et l’espoir. Chacun des personnages a un bagage important, parfois lourd, mais on n’est jamais dans le misérabilisme ou dans l’apitoiement. On va plutôt vers l’avant. On tend la main vers l’autre, vers la différence: c’est quelque chose qui m’interpellait beaucoup.» 

Les acteurs ont vécu des conditions de tournage particulières: ils ont passé 26 jours dans la forêt Montmorency. «Les conditions étaient tout de même intenses, affirme Louise Archambault. Dans la forêt, il n’y a pas d’eau, pas d’électricité. Mais le lieu était magnifique. Avec les acteurs, on formait une famille, on avait vraiment envie de raconter la même histoire.»

Les anecdotes de Rémy Girard

Tom (Rémy Girard), un musicien hanté par ses dépendances.

Photo Production

Tom (Rémy Girard), un musicien hanté par ses dépendances.

Rémy Girard a vécu des situations particulières. «Une scène sur le quai a eu des conséquences inattendues: je me suis étiré un ligament et la douleur a duré quelques semaines. En plus, lors de ma première journée de tournage, je devais chanter une chanson de Richard Desjardins. Ça a donc cassé la glace en partant! (rires) Sinon, le tournage ne s’est pas fait dans des conditions difficiles: on était dans une très belle nature, il n’y avait pas vraiment de bibittes, l’eau du lac était ni trop froide ni trop chaude... On était bien dans notre petit univers. On n’a pas souvent l’occasion d’être dans le bois et de ne pas se servir de son cellulaire parce qu’il n’y a pas de signal! On avait vraiment l’impression de vivre cette vie-là en forêt. Ça nous a beaucoup aidés à travailler les personnages et à les jouer.» 

Rémy Girard est d’ailleurs très à l’aise en forêt. «Je suis un gars de bois. Tous les ans, je vais à la pêche avec mon frère pendant une semaine dans le fond des bois, où il n’y a pas d’électricité. On se débrouille très bien. Je vis dans le bois en fait, puisque j’ai une maison située en pleine forêt en Estrie, avec 13 acres de terrain.»

Des personnages plus âgés

Charlie (Gilbert Sicotte), un homme malade qui veut finir ses jours dans la forêt.

Photo Production

Charlie (Gilbert Sicotte), un homme malade qui veut finir ses jours dans la forêt.

Lorsque Louise Archambault scénarisait le film, elle avait déjà en tête Andrée Lachapelle (87 ans) et Gilbert Sicotte (71 ans) dans les rôles des protagonistes principaux. «Lorsque j’écrivais, Andrée me disait: “Je ne sais pas si je vais être encore là...” relate Louise. Il y a quand même cette réalité-là. Andrée a été magnifique dans ce rôle. C’est assez tôt dans le processus de création que j’ai pensé à Gilbert: j’avais travaillé avec lui auparavant sur la série Catastrophe (2017) et j’avais adoré l’expérience. Gilbert est cependant plus jeune que le personnage qu’il incarne dans le film.»

Louise avait des intentions bien précises. «Je ne voulais pas faire un long métrage sur la vieillesse, même si mes personnages sont plus âgés. J’ose espérer qu’on peut regarder ces gens de 70 ou 80 ans qui vivent une intimité amoureuse et qu’on peut transposer celle-ci à différents âges. Le film présente des parcours croisés, un rapport à l’espoir, l’idée d’être bien avec soi et de s’ouvrir aux possibilités.» 

Pas d’âge pour l’amour

Gilbert Sicotte incarne Charlie, un homme malade qui décide de passer le reste de sa vie dans la forêt. Mais il ne meurt pas... et la vie continue. Il crée alors des liens avec de nouvelles personnes qui transforment son parcours. «Il y a des scènes plus émouvantes et plus difficiles que d’autres, et certaines représentent des défis, confie Gilbert Sicotte. Je ne croyais pas que je ferais une scène de lit à mon âge. Je me disais que c’était étrange de montrer un corps comme ça à l’écran. Ça demande une sorte d’abandon... C’est aussi ce qui fait la beauté de ces personnages-là: le fait qu’ils puissent encore vivre leur amour. Ça représente un beau message d’espoir pour les gens qui pensent que la vie est terminée après un certain âge. Quand on reste ouvert aux rencontres et aux changements, une nouvelle voie peut s’ouvrir.» 

«Pouvoir jouer des rôles comme ça à mon âge, je trouve ça assez formidable, ajoute Rémy Girard. En plus, j’ai eu la possibilité de travailler avec Gilbert Sicotte pour la première fois de ma vie! C’est un film unique et j’espère que les gens seront touchés par ces personnages.»

Une bouffée d'air frais

Éric Robidoux incarne Steve, la ressource externe des ermites, qui les aide avec les vivres. Mais l’arrivée d’une photographe (Eve Landry) qui fait un reportage sur les feux de forêt survenus auparavant dans la région chamboulera la routine du campement. «J’avais un bébé de quatre mois à la maison et je venais de terminer le tournage de deux séries. J’étais brûlée, confie Eve Landry. Ç’a été comme une bouffée d’air frais de me retrouver en forêt. Et travailler avec ces acteurs-là (Rémy, Andrée et Gilbert), ça arrive une fois dans une vie! C’était une des raisons pour lesquelles je voulais absolument le rôle. Gilbert, pour qui j’ai un grand respect, a été mon professeur au Conservatoire d’art dramatique de Montréal. Il m’a appris énormément. Jouer avec lui m’intimidait un peu. Mais ces acteurs sont de ceux qui nous rappellent qu’on fait le même métier. On veut raconter une histoire ensemble.» 

  • Le film Il pleuvait des oiseaux a été présenté au Festival international du film de Toronto le 7 septembre, puis le sera à San Sebastian, en Espagne, à la fin du mois. Au Québec, il sera en salle dès le 13 septembre.
  • Le film est une adaptation du livre Il pleuvait des oiseaux, de Jocelyne Saucier, paru en 2011.

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