Michel Jasmin: «Je rêvais de ce métier depuis l’âge de 8 ans» | 7 Jours
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Michel Jasmin: «Je rêvais de ce métier depuis l’âge de 8 ans»

Image principale de l'article «Je rêvais de ce métier depuis l’âge de 8 ans»
Photo TVA Publications, Julien Faugère

Pendant de nombreuses années, Michel Jasmin a été l’animateur numéro 1 tant à la radio qu’à la télé. C’est aussi dans nos pages que le public avait l’honneur de lire ses entrevues où sa grande humanité était toujours mise en relief. Nous avons remonté le fil de ses souvenirs en prenant soin, au passage, de nous informer de sa vie actuelle. Pour célébrer notre 30e anniversaire, ce grand interviewer vous réserve prochainement, dans votre 7 Jours, quelques belles rencontres avec des artistes de renom.  

Michel, vous êtes indissociable de notre paysage culturel. On vous a entendu à la radio, vu à la télé et lu dans nos pages. Quelle carrière que la vôtre!   

J’ai débuté à CJMS en 1968 après avoir travaillé pendant trois mois à CKJL à Saint-Jérôme, la station qui appartenait au père de Pierre Lalonde. J’ai décidé d’accepter l’offre de CJMS, même si c’était à l’information, car je rêvais de ce métier depuis l’âge de huit ans. Pour moi, c’était une porte d’entrée. Je me disais que la vie allait faire en sorte de me mettre sur la bonne piste, et c’est exactement ce qui s’est passé.   

On a souvent relevé votre manière particulièrement humaine de faire de l’entrevue. À quoi l’attribuez-vous?   

Je ne pourrais pas dire... Un jour, Gaston L’Heureux m’avait dit que lui et moi étions semblables à certains égards et pour une raison fort simple: nous étions, lui et moi, des gens de la terre. Nous sommes nés les deux pieds sur la ferme et nous avons toujours gardé cette proximité avec les gens.   

J’ajouterais que votre parcours singulier rempli d’épreuves vous a apporté une grande humanité. Qu’en pensez-vous?   

Oui, bien que j’aie toujours refusé qu’on utilise ma situation pour ouvrir des portes ou faciliter le trajet. À mes débuts à la télé, quand on me proposait de faire une émission, je m’assurais qu’on ne s’attendait pas à ce que j’entre sur le plateau en marchant avec ma canne. Je ne voulais pas tabler là-dessus ni faire pitié en public. En même temps, je suis conscient que ma condition a pu donner espoir à bien des gens. (NDRL: Depuis un terrible accident de la route, qui l’avait plongé dans le coma en 1973, Michel Jasmin se battait avec fierté afin de garder ses jambes durement blessées. En 2005, une infection majeure l’avait résigné à l’amputation de son pied droit.) Je crois que vous avez raison. C’est peut-être ça qui m’amène à une écoute plus authentique. Je laisse parler les silences. Ils contiennent souvent des choses importantes qui ne sont pas dites, mais que l’on comprend. C’est toujours un cadeau extraordinaire!   

Avez-vous toujours fait les choses par passion?   

Toujours. C’est la passion qui me guidait, mais aussi la question suivante: «Est-ce que le public va aimer? Sera-t-il étonné? Surpris?» Je travaillais toujours pour le public. Je me considère chanceux d’avoir passé ma vie à faire ce que j’ai toujours voulu faire. C’est un grand bonheur! Je trouve que les autres sont intéressants. Moi, je ne le suis pas. C’est probablement pour cette raison que j’aime tant réaliser des entrevues... et si peu en donner.   

Actuellement, qu’est-ce qui occupe votre temps?   

Je m’ennuie un peu... Je m’intéresse beaucoup aux documentaires. Je passe six heures par jour à en regarder. Une chose m’amène à une autre, puis à une autre. Tout m’intéresse! J’ai eu un copain qui disait de moi que j’étais un puits inépuisable d’informations inutiles... À quoi ça sert de connaître la vitesse d’une goutte de pluie? (rires) Aussi, je m’intéresse aux émissions La Voix, au Québec et à travers le monde.   

Avez-vous la chance d’être accompagné dans votre vie, d’être amoureux?   

Oui, depuis neuf ans, maintenant. J’ai gardé le contact avec la plupart des copains importants que j’ai eus dans ma vie, car ils m’ont tous apporté quelque chose. Toutes les personnes avec lesquelles j’ai eu une relation prolongée m’ont beaucoup apporté en tant qu’être humain, mais aussi sur le plan de mon métier. J’ai eu deux copains anglophones. C’est avec eux que j’ai perfectionné mon anglais.   

À votre avis, le fait de vieillir bien accompagné est-il un privilège?   

Oui, mais je suis aussi un adepte du dicton qui dit: «Mieux vaut vivre seul que mal accompagné.» Je refuserais d’être mal accompagné. C’est un privilège à ce moment de ma vie d’être bien avec quelqu’un. C’est très précieux. Je pense que l’un et l’autre, nous savons pourquoi nous sommes ensemble.   

Après tout ce temps, on peut considérer que c’est une relation sérieuse...   

Tout à fait! La période d’essai est passée... (rires) Cette relation est importante, mais j’apprécie aussi mes moments de solitude. Je suis capable de vivre seul. Je ne ferais pas exprès, mais lorsque mon copain part en vacances une semaine ou deux, ça ne me punit pas. Je me retrouve seul dans mon appartement et tout va très bien.   

Quel âge avez-vous, Michel?   

J’ai eu 74 ans le 13 août dernier. Je suis assez fier: je ne suis pas trop décati... Pas encore! (rires) C’est Janette Bertrand qui m’avait dit que ce qu’elle détestait du vieillissement, c’était que tout allait vers le bas. Je constate que c’est aussi mon cas! (rires)   

«Je compose avec la douleur chronique depuis bientôt 46 ans. On ne peut rien y faire, malheureusement.»

Photo TVA Publications, Julien Faugère

«Je compose avec la douleur chronique depuis bientôt 46 ans. On ne peut rien y faire, malheureusement.»

Si vous le permettez, donnez-nous des nouvelles de votre santé.   

Je compose avec la douleur chronique depuis bientôt 46 ans. On ne peut rien y faire, malheureusement. C’est relativement récent que la médecine soigne les douleurs chroniques. Je pense qu’on n’écoute pas suffisamment les gens qui doivent vivre au quotidien avec la douleur. C’est mon cas. Je n’ai pas le choix.   

Des médicaments peuvent-ils vous permettre d’atténuer un peu la douleur?   

Oui. Au début de l’année, de janvier à mars, j’ai été hospitalisé dans le but de réviser ma médication et de tenter de diminuer mes douleurs. Nous voulions tenter de mieux la contrôler, mais la réponse s’est avérée négative; nous ne pouvons pas y parvenir. Je voyais le temps passer, l’âge avancer et j’ai pensé naïvement qu’au fur et à mesure que les années s’accumulaient, j’allais finir par ressentir moins de douleur. J’entretenais la pensée qu’en vieillissant, je souffrirais moins. Ça n’a pas été le cas, au contraire! Ç’a été pire avec le temps.   

Quel a été le verdict des médecins?   

Le médecin m’a confirmé qu’on me donnait déjà le maximum possible de médicaments pour diminuer les douleurs et que le maximum qu’on pouvait faire pour moi avait été atteint. Je pense que ç’a été le verdict le plus négatif que j’ai eu de ma vie. Pendant trois jours, j’ai pleuré... Je ne peux pas croire que rien ni personne ne me fera vivre, d’ici la fin de mes jours, au moins une heure sans douleur...    

Quelle vie chargée vous avez eue, quand même!   

Oui, et à quoi ça sert? Il ne faut pas se poser cette question, mais il faut se pardonner de se la poser de temps en temps. Je ne pourrai jamais prendre le contrôle sur la douleur et ça, ça m’a fait terriblement mal de me l’entendre dire... Je crains toujours les spasmes, car ils sont d’une telle violence! Mais vous savez, je ne me plains pas... Je ne peux pas me plaindre, car je suis conscient du fait qu’il y a des gens qui sont beaucoup plus mal pris que moi.    

N’est-ce pas paradoxal d’avoir vécu à la fois des joies exceptionnelles et d’être confronté à autant de souffrance physique?   

C’est vrai. Je n’avais jamais vu les choses sous cet angle, mais je compose effectivement avec les deux extrêmes. J’ai vécu des moments d’euphorie et j’ai aussi vécu des moments éprouvants. L’un des pires moments de ma vie, ç’a été de devoir dire oui à l’amputation.   

Mais vous êtes passé à travers les épreuves avec tellement de résilience...   

Au moment où je traverse ces moments, je ne me montre pas. Lorsque ça ne va pas, je ne veux pas me montrer en public. Il m’arrive de parler de ma condition comme je le fais maintenant, mais je ne m’apitoie jamais sur moi-même. Je me dis que le fait d’en parler encouragera peut-être quelqu’un qui pense être au bout de son rouleau. Mais nous ne sommes jamais au bout de notre rouleau, même quand la vie nous porte des coups, encore et encore. L’être humain est extraordinaire et plein de ressources. Il faut se faire confiance.   

Il faut quand même admettre que vous auriez pu vous laisser abattre et fermer la porte à tout: l’amour, la carrière, etc.   

Je pense que ce n’était pas dans ma nature. Si des gens souffrent dans notre entourage, il faut leur donner le goût de se battre. Non pas contre quoi que ce soit, mais pour eux. Pour vivre. La perspective d’un combat est toujours difficile, mais quand il est livré et qu’on pense l’avoir gagné, quelle immense satisfaction on peut ressentir!   

En terminant, seriez-vous ouvert à des propositions professionnelles?   

Bien sûr! Je vais faire quelques entrevues avec des artistes pour le 7 Jours dans le cadre du 30e anniversaire. J’aimerais aussi travailler en télé ou en radio, collaborer avec une équipe pour bâtir des émissions. Avec toutes les expériences que j’ai vécues, je ne peux pas croire que je ne puisse pas aider quelqu’un... Nous verrons.   

De grandes rencontres   

Michel Jasmin estime avoir mené pas moins de 16 000 entrevues en carrière. Revoici en images quelques rencontres qu’il a faites lors de son passage comme grand collaborateur au 7 Jours. Dans le cadre de notre 30e anniversaire, Michel Jasmin vous réserve de belles entrevues à venir.  

   

  • L’équipe du 7 Jours tient à remercier le personnel du Mamie Clafoutis de L’Île-des-Sœurs pour son accueil lors de la séance photo. 105, chemin de la Pointe Nord, Verdun. mamieclafoutis.com   

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