Patrick Groulx: «c’est un long processus de guérison» | 7 Jours
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Patrick Groulx: «c’est un long processus de guérison»

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Photo TVA, Sébastien St-Jean

Fidèle à la cause qu’il a épousée il y a plusieurs années, l’humoriste a choisi de donner de son temps pour venir en aide à ceux qui ont dû traverser une des épreuves les plus inimaginables

Patrick, ça fait une douzaine d’années que vous vous impliquez auprès d’Entraide Grands Brûlés. Comment tout ça a-t-il commencé?

Ça a commencé à l’époque avec mon médecin. C’est lui qui m’a parlé de l’organisme. Il voulait organiser un spectacle, et on a essayé de voir comment je pouvais m’impliquer. Finalement, je lui ai proposé d’organiser un gros show avec mes chums, avec de la musique et de l’humour. C’est ce qu’on a fait, et on répète l’expérience chaque année depuis.

Pourquoi cette cause en particulier?

Elle m’a tout de suite touché. À 20 ans, j’avais vu une émission sur les grands brûlés. On voyait comment ça se passait quand, dans un établissement de soins, on recevait un patient avec des brûlures importantes. Je me souviens encore d’une image en particulier, où on enlevait la peau d’un brûlé. C’était épouvantable. Les gens qui me connaissent savent que je n’ai pas le cœur sensible, mais là j’ai été obligé d’aller prendre l’air tellement ça m’avait frappé. Je ne voulais pas croire qu’un être humain pouvait passer à travers une épreuve comme ça. Alors quand le Dr Lasalle m’a parlé de l’organisme, j’ai tout de suite pensé à cette émission. 

On pense aux blessures physiques, mais le feu laisse aussi des cicatrices profondes sur le plan psychologique.

La souffrance qu’ils doivent endurer est incroyable. On ne peut imaginer à quel point c’est dur à surmonter. On a déjà vu des gens défigurés par le feu, qui ont des marques, des cicatrices, mais après être passés par l’hôpital et avoir été vus par des spécialistes, c’est à ce moment-là qu’ils ont besoin d’un organisme comme Entraide Grands Brûlés. Une fois de retour à la maison, le processus n’est pas terminé. Ils ont besoin de soutien. Heureusement, le personnel est là tout au long du processus de guérison, physique et psychologique. 

Comment aide-t-on, par exemple, un enfant qui retourne à l’école?

C’est important de bien le préparer. Il y a notamment un programme de pairs aidants, que j’aime beaucoup. Ce sont des grands brûlés qui ont choisi de donner un coup de main à ceux qui doivent vivre la même chose que ce qu’eux-mêmes ont vécu, que ce soit au travail ou à l’école. Dans le cas d’un jeune, par exemple, un grand brûlé ira dans sa classe pour expliquer aux jeunes les étapes qu’il a traversées, comment ç’a été dur pour lui et comment les amis peuvent l’aider. 

Une des difficultés auxquelles ils doivent faire face, c’est la réaction des gens.

Oui. J’ai déjà été témoin de ça à plusieurs reprises, et c’est affreux. En fait, les grands brûlés font peur à certaines personnes. Un jour, dans un restaurant, une femme qui avait été sévèrement marquée par le feu est venue me voir. Elle m’a remercié pour mon implication. Moi, ça me fait toujours plaisir de jaser avec eux. Mais une femme est arrivée devant elle et s’est mise à hurler. Ça n’avait aucun sens.

Comment avez-vous réagi?

J’ai mal réagi. Je me suis retourné vers elle et je lui ai dit: «Ben voyons toi, câ...!» J’étais à la fois mal à l’aise et insulté. Chez Entraide Grands Brûlés, on explique qu’il y a des gens pour qui ça peut être une réaction normale parce qu’ils se sentent confrontés par ça et ont une espèce de réflexe de peur. Mais en même temps, il faut se mettre à la place de celui ou de celle qui subit cette réaction.

Il est nécessaire de parler à des gens qui comprennent ce qu’un grand brûlé traverse.

Oui. J’ai réalisé qu’en fait, ça passe beaucoup par des petits gestes. On organise des activités sociales, et j’adore ça. Par exemple, on réunit un groupe de personnes pour aller à la cabane à sucre, pour faire des barbecues ou des camps de vacances. C’est là que se passe une partie de la réinsertion. Certains vont aller prendre des cafés ensemble... C’est vraiment un beau programme.

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