Madeleine Péloquin: «je n’ai jamais eu un rôle aussi exigeant» | 7 Jours
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Madeleine Péloquin: «je n’ai jamais eu un rôle aussi exigeant»

Image principale de l'article «Je n’ai jamais eu un rôle aussi exigeant»
Photo, Patrick Séguin

Le parcours de Madeleine Péloquin n’est pas banal. À sa sortie de l’École nationale de théâtre, elle s’est inscrite à HEC. Cofondatrice de la compagnie La Tourbière avec son conjoint, Jean-François Nadeau, mère de deux filles de 11 et 7 ans, l’actrice et entrepreneure connaît le défi de jongler avec ses différents rôles. En incarnant une mère dépassée par l’enlèvement de son fils, elle a trouvé dans la série Alerte Amber un nouveau défi à sa mesure. 

Madeleine, on vous verra bientôt dans Alerte Amber, une série qui s’annonce intense.  

Nous plongeons dans un drame familial alors qu’Éliot, le fils autiste de mon personnage, qui a 12 ans, disparaît. Dès ce moment, tout devient urgent. Lorsqu’une alerte Amber est déclenchée, les 48 premières heures sont fondamentales. La tension est présente en quasi permanence. Le drame et le suspense se côtoient, nous sommes presque en temps réel. Cet événement nous fait pénétrer dans l’univers de la famille. 

Parlez-nous de votre personnage. 

Je suis contente d’y tenir un rôle de mère, car je suis une maman moi aussi. Valérie et Jonathan, le père d’Éliot, sont séparés. Ils ont été éprouvés par la vie, mais ils doivent faire fi de tout cela, car il y a urgence de retrouver leur fils. Un enfant qui disparaît, c’est toujours une tragédie. Ç’a été un tournage à la fois extraordinaire et inconfortable. Nous allions dans des zones extrêmes, d’une intensité douloureuse. Je n’ai jamais tenu un rôle aussi exigeant.  

Son personnage, Valérie, vivra un drame des plus poignants dans la série.

Photo TVA, Yan Turcotte

Son personnage, Valérie, vivra un drame des plus poignants dans la série.

Avez-vous toujours votre compagnie de théâtre?  

Oui, j’ai toujours La Tourbière avec mon conjoint, Jean-François Nadeau, qui est aussi acteur. On le voit dans L’Échappée, où il joue Robin. Il est aussi auteur; ce sont toujours ses textes que nous produisons avec la compagnie. Nous travaillons fort avec cette entreprise, mais nous nous faisons plaisir: nous écrivons, jouons et produisons ce dont nous avons envie. Le prochain projet est prévu en 2021. Parce que nous sommes aussi les parents de deux enfants, nous faisons les choses à notre rythme.  

Vous avez fait des études à HEC. Vous êtes incontestablement pleine de ressources!  

Je ne viens pas d’une famille artistique. HEC était pour moi plus familier que le milieu théâtral. À l’École nationale, je travaillais chez Hydro-Québec pour gagner ma vie. J’ai proposé de produire un spectacle d’entreprise, et ç’a été accepté. J’ai incorporé mon entreprise, pour trouver mon monde, et c’est ainsi que la compagnie est née. J’ai décidé de faire un DESS en gestion pour me donner les outils qu’il me manquait. Je suis encore chargée de cours au bac à HEC, j’enseigne donc ponctuellement. C’est quelque chose que j’aime beaucoup. 

Comment conciliez-vous vos deux carrières? 

Cela a forcément ralenti mes débuts de carrière en tant que comédienne, jusqu’à ce que je choisisse d’y investir plus d’énergie. Ces dernières années, les projets à titre d’actrice se sont succédé. Le déroulement de ma carrière m’a donné une grande maturité pour travailler dans cette industrie. J’ai débuté tranquillement, sans être sous les feux de la rampe.  

Vos parents ont-ils manifesté une certaine déception en vous voyant choisir le jeu?  

Non, pas du tout. Ma mère a longtemps enseigné à HEC, mon père est avocat. J’ai un frère et une sœur en finances. J’étais l’électron libre, mais j’ai eu beaucoup de soutien. Nos parents nous ont soutenus dans nos choix. J’essaie de faire de même avec mes enfants. Nous sommes quatre enfants, mes parents ont maintenant neuf petits-enfants. Nous sommes très famille.  

En 2011, elle a fondé La Tourbière, une compagnie qui produit des spectacles, avec son conjoint, Jean-François Nadeau.

Photo TVA Publications

En 2011, elle a fondé La Tourbière, une compagnie qui produit des spectacles, avec son conjoint, Jean-François Nadeau.

Avez-vous toujours eu un tempérament d’artiste?  

La culture a toujours été présente. Il y avait des livres partout, nous voyions beaucoup de cinéma, je participais à des activités parascolaires en théâtre. Après le cégep, j’ai fait le choix d’étudier en théâtre. J’aime suivre ce que la vie m’envoie. C’est aussi ce que j’ai fait avec HEC. Le timing n’était pas génial, mais je sentais que c’était la chose à faire. Lorsque j’ai eu envie d’avoir des enfants, j’ai fait de l’espace pour la maternité et j’en fais toujours. 

Vous tracez votre propre chemin... 

J’ai toujours suivi ma voie. Je viens d’avoir 40 ans. Le rôle de Valérie marque mes 40 ans d’une belle façon. Pour Alerte Amber, il fallait que je sois vraiment en forme. Je suis ressortie de ce projet épuisée. J’ai mis des semaines à m’en remettre. Je veux pouvoir aller aussi loin et m’engager autant que je l’ai fait pour mon personnage dans cette série.  

Tout concilier demeure un grand défi pour vous?  

Effectivement. Nous sommes souvent éparpillées entre nos rôles de mère, de comédienne, d’amie, d’amoureuse. Il n’y a pas de recette, ni pour moi ni pour personne. Je n’y arrive pas tout le temps, ce qui me fait dire encore une fois qu’il faut se faire confiance.  

Vous êtes aussi ceinture brune en karaté. Vous devez être en forme, donc?  

Je ne le suis pas du tout! Je l’ai été par le passé, mais depuis deux ans, le travail et mon rôle de maman ont fait en sorte que je n’ai pu maintenir ma forme. Je viens des arts martiaux. La pratique du karaté pour moi tient de la santé physique, mais aussi de la santé de l’esprit. Il faudrait que je m’y remette...  

«Le rôle de Valérie marque mes 40 ans d’une belle manière. Je veux pouvoir aller aussi loin comme actrice.»

Photo, Patrick Séguin

«Le rôle de Valérie marque mes 40 ans d’une belle manière. Je veux pouvoir aller aussi loin comme actrice.»

Arrivez-vous à faire preuve d’indulgence envers vous-même?  

Mon personnage de Valérie me l’a appris. C’est une femme qui aurait voulu tout faire pour les siens, mais elle est complètement épuisée, dépassée. Ça m’a totalement rejointe. Je ressentais de la compassion et de la bienveillance envers elle. Je me suis dit que je pouvais essayer de faire de même pour moi. Nous le faisons pour nos enfants, nos hommes, nos amis, nos proches: il faudrait cultiver cela pour nous aussi. C’est ce que le personnage de Valérie m’a légué. 

Avez-vous traversé des périodes plus difficiles? 

J’ai vécu des périodes où je me suis sentie inadéquate dans les différents rôles que j’ai à jouer. Comme tout le monde, j’ai mes limites. J’ai envie qu’on voie plus de personnages comme Valérie. C’est une mère aimante, mais la charge est trop lourde. Elle est imparfaite, comme nous pouvons toutes nous sentir dans notre rôle de mère. Pourtant, elle est la meilleure mère pour ses enfants, comme je suis la meilleure maman pour mes filles. Il faut montrer plus de modèles comme ça pour que les femmes se sentent moins seules au monde. C’est une souffrance inutile. Valérie m’a fait beaucoup de bien. J’espère qu’elle fera du bien aux autres femmes.   

  • Ne manquez pas le premier épisode de la série Alerte Amber le lundi 9 septembre à 21 h, à TVA. Madeleine sera de retour dans Les pays d’en haut à l’hiver, à Radio-Canada.   

Un peu d’histoire 

C’est à la suite de l’enlèvement d’une fillette de neuf ans, Amber Hagerman, en janvier 1996 dans la ville texane d’Arlington, que l’alerte Amber a vu le jour. Malgré les informations données par un citoyen sur le suspect et le véhicule, l’enfant a été retrouvée sans vie quatre jours plus tard.  

Après cette tragédie qui a créé une onde de choc, l’AMBER Alert Bill a été adopté le 30 avril 2003 par le Congrès américain. Cette loi vise l’application uniforme de l’alerte dans tous les États américains, lors de ce genre d’événements, pour aviser la population en vue de retrouver le plus vite possible l’enfant enlevé. 

Le 26 mai de la même année, l’alerte AMBER a été implantée dans la Belle Province. Au Québec, seuls le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), responsable de l’Île de Montréal, et la Sûreté du Québec (SQ), responsable du reste du territoire québécois, ont l’autorité pour la déclencher. (source: alerteamber.ca )

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