«Il y a des enfants qui n’ont pas envie de vivre...» | 7 Jours
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«Il y a des enfants qui n’ont pas envie de vivre...»

Elle raconte l’histoire de son fils

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Photo: gracieuseté

Dans le parcours d’un auteur, il y a toujours un roman qui est l’œuvre d’une vie. Pour Francine Ruel, il s’agit d’Anna et l’enfant vieillard, dans lequel elle raconte l’histoire de son fils, qui a perdu pied et vit désormais dans la rue. Comment fait-on le deuil d’un enfant vivant? L’autrice se pose la question dans ce roman touchant. 

Francine, qu’est-ce qui vous a poussé à raconter votre histoire et celle de votre fils?

Ça fait longtemps que j’y pense, mais la décision était difficile à prendre. Je n’aime pas beaucoup les récits. Il n’y a pas de distance par rapport à l’événement quand on parle au «je». J’ai fait la même chose avec Ma mère est un flamant rose. J’avais 12 ans quand j’ai eu l’idée d’écrire un roman sur ma mère. J’avais envie qu’on la connaisse, mais j’ai attendu d’être moi-même mère avant de mettre ce projet de l’avant. Cette distance est importante. La question s’est à nouveau posée cette fois-ci. Je ne voulais pas seulement écrire un roman pour vider mes tripes abruptement, à froid. Je voulais faire œuvre utile. Oui, il y a une douleur abrupte, mais elle se lit avec une certaine distance. 

Est-ce que ce roman a été difficile à écrire?

Ça a déboulé. Je n’ai jamais écrit aussi vite! Quand j’ai trouvé le personnage d’Anna, une couturière qui ne comprend pas pourquoi elle ne peut pas réparer des pans de la vie de son fils, j’ai su. Je pouvais donner la parole aux mères qu’on n’entend pas souvent. De plus en plus d’enfants sont différents, mais ça passe mieux lorsque c’est une maladie que lorsque c’est social... Le fils d’Anna est dans la rue, donc il subit beaucoup de jugement. Les parents sont impuissants quand leur enfant a perdu pied. On ne peut rien faire. J’ai pris toutes les décisions pour mon fils: j’ai payé ses loyers, je l’ai envoyé en désintoxication... J’ai appris. J’ai appris que ces décisions, je les prenais pour moi, et que ce n’étaient pas les bonnes. Il y a des enfants qui n’ont pas envie de vivre, qui n’ont pas ce spring... Mon fils a eu des parents passionnés et travaillants qui ne l’ont pas eue facile. Il a assisté à ça. Mais je pense que j’ai un enfant qui s’est dit: «Je n’y arriverai pas, moi.» À neuf ans, le fils d’Anna dit: «Je veux prendre une année sabbatique pour ne rien faire...» C’est une phrase de mon fils. Il y a des signes avant-coureurs, mais on ne les voit pas. Je pense aux enfants qui se sont suicidés; c’est terrible. Le mien se suicide à petit feu. Dans le roman, Anna dit: «J’ai l’impression de me promener dans un cimetière sans corps à mettre en terre...»

Que souhaitez-vous apporter aux lecteurs avec ce roman?

Je veux transmettre un message, parler du fait qu’il faut parfois se faire aider et raconter de ce qu’est le tough love. C’est effrayant de se détacher de son propre enfant. C’est tellement difficile. Je veux dire aux parents qu’on n’est pas seuls. Qu’on doit accepter que notre enfant nous donne ce qu’il peut nous donner. Accepter qu’on a fait notre possible. Mon fils et celui d’Anna n’ont jamais pris des chemins faciles. Le prix à payer est vraiment énorme... En écrivant ce livre, je me suis rendu compte que soit on subit et on est malheureux, soit on essaie de faire œuvre utile. Si on ne fait rien, c’est perdu d’avance. J’étais convaincue d’écrire sur le fils, et finalement c’est un livre sur la mère. Mais ce n’est pas larmoyant! Je ne voulais pas ça. Ce livre est magnifique. Il est bourré de petites illustrations de Maddia Esquerre, une artiste de grand talent qui a aussi réalisé la couverture. Je pense que l’art nous sauvera tous. C’est ce qui nous soutient, c’est ma nourriture.

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