Réal Béland: «J’ai toujours cru que c’était de la timidité» | 7 Jours
/magazines/lasemaine

Réal Béland: «J’ai toujours cru que c’était de la timidité»

Atteint du syndrome d’Asperger comme son aînée, Charlotte

Réal Béland
Photo Patrick Seguin

Réal Béland

Personnalité bien connue du public, Réal Béland a appris à composer avec ce qu’il pensait être de la timidité. Alors qu’il accompagnait sa fille Charlotte chez un spécialiste, il a non seulement appris qu’elle avait le syndrome d’Asperger... mais que lui-même en était atteint. S’il affirme que cette différence n’est aujourd’hui plus problématique pour lui, il comprend désormais les difficultés auxquelles il a dû faire face.

Réal, récemment, vous nous avez dit que vous étiez Asperger. Quand l’avez-vous découvert?

Charlotte, ma fille aînée de 24 ans et moi, nous avons appris en même temps que nous étions atteints de ce syndrome, en décembre dernier.

Êtes-vous allés consulter?

Oui, Charlotte a voulu aller consulter. Elle cherchait à savoir ce qui n’allait pas bien chez elle... Elle se sentait un peu bizarre. En fait, déjà petite, elle se sentait à part des autres; alors, ce questionnement l’habitait depuis l’enfance. Elle a d’abord effectué des recherches sur le Web, où elle a trouvé un questionnaire sur le syndrome d’Asperger. Après y avoir répondu, son résultat démontrait qu’elle en était très probablement atteinte. Elle a poursuivi ses recherches en essayant de trouver le meilleur spécialiste à consulter dans le domaine à Montréal. Et elle a trouvé un institut, situé rue Saint-Laurent.

Au départ, vous désiriez l’accompagner là-bas comme le ferait tout bon père soucieux du bien-être de sa fille...

Exactement. Ma femme était là également. Nous y avons rencontré un spécialiste, dont j’ai oublié le nom, mais que j’ai surnommé Yoda. (sourire) Parce que, pour moi, c’est un maître. Au début de l’entretien, il a dit à Charlotte: «Si tu es atteinte du syndrome d’Asperger, je vais pouvoir te le confirmer rapidement au terme de notre rencontre.» Ce syndrome fait partie du trouble du spectre de l’autisme. Il y a plusieurs variantes.

Pouvez-vous nous expliquer?

Il peut être accompagné de 25 comorbidités différentes, comme l’anxiété, un trouble obsessionnel-compulsif, etc. Quand tu es atteint de ce trouble, tu as aussi certaines de ces comorbidités. 

À la fin de la rencontre, qu’est-ce que le spécialiste a dit à votre fille?

Réal Beland et sa fille Charlotte

Photo Daniel Daignault

Réal Beland et sa fille Charlotte

La rencontre a peut-être duré deux heures, mais déjà, au milieu de celle-ci, il lui a confirmé qu’elle avait le syndrome d’Asperger. Il a ajouté qu’elle était née autiste et qu’elle avait migré, au cours de sa jeunesse, vers le syndrome d’Asperger, et qu’elle continuerait d’évoluer et d’être de mieux en mieux dans sa vie. 

Mais comment vous-même avez-vous reçu le diagnostic?

C’est que je suis identique à ma fille. Je dirais même qu’avant j’étais peut-être un peu plus atteint qu’elle. Quand j’étais jeune, j’étais vraiment renfermé. J’avais beaucoup de mal à entrer en relation avec les autres. Jusqu’à décembre dernier, j’avais toujours pensé que c’était dû à ma timidité. Chaque cas est différent, mais comme j’ai un caractère de fonceur, j’ai toujours surmonté ces embûches. Aujourd’hui, à 48 ans, je peux dire que j’ai beaucoup évolué en tant que personne atteinte de ce trouble. Ça va bien.

Avez-vous consulté pour vous-même?

En fait, j’ai échangé avec Yoda, lors de notre rencontre, et nous avons conclu que j’étais atteint du même syndrome que ma fille. Il a ajouté que beaucoup des enfants Asperger ont des parents atteints soit d’autisme, soit du syndrome d’Asperger. La dyslexie est fréquente aussi dans des cas comme les nôtres. 

Alors, quelles sont vos propres comorbidités?

Enfant, je souffrais beaucoup d’anxiété. À l’école, il fallait que mon bureau soit à côté d’une fenêtre, parce que je pouvais y apercevoir notre maison. Et si je voyais sortir l’un ou l’autre de mes parents, je faisais une crise de panique. Je téléphonais à la maison pour savoir si au moins l’un d’eux était encore chez nous.

Quel âge aviez-vous à ce moment-là?

Je dirais entre six et neuf ans... J’ai aussi un trouble obsessionnel-compulsif. Mais maintenant, à l’âge que j’ai, je suis capable de me raisonner. Vous savez, les robinets bien fermés, les portes bien barrées, retourner en arrière pour répéter les gestes... Ça me préoccupe un peu. Il peut m’arriver encore de «partir» sur ce genre de séquences. J’ai appris avec le temps que tout ça est beaucoup lié au stress. Plus tu souffres de stress, plus tu deviens vulnérable à ce genre de comportements, à la manifestation de tes comorbidités.

Si vous regardez en arrière, diriez-vous que vous avez...

Souffert? Oui, absolument. Louis T., qui est lui-même atteint du syndrome d’Asperger, vous le dirait aussi: notre métier est le pire qui soit pour des personnes comme nous. Parce que nous sommes constamment en contact avec
les autres. 

À l’école, comment avez-vous composé avec votre situation?

Au secondaire, j’étais ultra timide. C’est l’improvisation qui m’a sauvé. J’étais excellent en mathématiques, mais pourri dans d’autres matières. 

Vous avez des difficultés, mais avez-vous aussi des talents particuliers?

Oui, mais pas comme Dustin Hoffman dans Rain Man! Je n’ai pas été génial au piano à l’âge de quatre ans ou quoi que ce soit d’autre. Mais si je joue aux dés, je vais compter plus vite que tous les autres joueurs. Les gens se sentent poches lorsqu’ils jouent aux dés avec moi! (rires)

Votre fille Charlotte est autrice-compositrice-interprète et elle assure la première partie de votre spectacle Faire semblant. A-t-elle accueilli le diagnostic difficilement?

Non. En fait, ça l’a soulagée de l’apprendre. Avant, elle se demandait si elle était bipolaire, ou dépressive à répétition, etc. Maintenant, elle sait ce dont elle souffre. La chance qu’elle a, c’est qu’elle peut consulter son père, qui est lui-même atteint de ce trouble. Je peux lui raconter comment j’ai fonctionné à tel ou tel âge, les moments difficiles que j’ai pu traverser, mais que j’ai surmontés.

Qu’est-ce qui a été le plus dur à vivre pour vous?

D’avoir constamment dit à ma fille et à ma femme, jusqu’à décembre dernier, que ce que vivait Charlotte était tout à fait normal, parce que j’avais vécu les mêmes choses aux mêmes âges... Non, ce n’est pas normal.

Une fois ce diagnostic posé, ç’a été en quelque sorte une libération pour vous tous...

Oui. Jusqu’à ce qu’on le reçoive, j’étais dans le noir. Par contre, je n’étais pas malheureux. J’ai su évoluer là-dedans de façon positive. Le décès de mon père, oui, ce fut une tragédie, mais cet événement a peut-être aussi été bénéfique pour moi. Parce que, comme le spécialiste le disait, quand tu vis un choc, ça te fait évoluer, ça te force à t’ouvrir. Il est décédé à l’âge de 63 ans, et j’en avais 12. 

Réal Béland, vous êtes la preuve vivante que des gens peuvent être atteints du syndrome d’Asperger et malgré tout très bien fonctionner dans la vie.

Avec sa conjointe, Sophie, et leurs trois plus jeunes: Juliette, Emma et Béatrice, ainsi qu’Alex, le copain de l’une de ses filles.

Photo Patrick Seguin

Avec sa conjointe, Sophie, et leurs trois plus jeunes: Juliette, Emma et Béatrice, ainsi qu’Alex, le copain de l’une de ses filles.

Absolument! Nous pouvons très bien vivre. Mais, voyez-vous, il y a aussi de grands inconvénients à ça... Tout ça est héréditaire en quelque sorte. J’ai quatre enfants, mais nous avons adopté les deux derniers. Charlotte (24 ans) a donc le syndrome d’Asperger, et Juliette (18 ans) est très dyslexique. Par instinct, après la naissance de Juliette, ma femme et moi avons choisi de nous tourner vers l’adoption, et nous avons accueilli Béatrice et Emma (qui sont âgées aujourd’hui de 12 et 11 ans)

Depuis quand êtes-vous avec leur mère, Sophie Quérillon?

Ça fait 25 ans. Nous aimerions d’ailleurs peut-être nous remarier, un jour, pour le plaisir de nos filles. 

Vous célébrez de plus vos 30 ans de carrière, non?

Oui. Pour l’occasion, mon spectacle Faire semblant est rebaptisé Faire semblant: 30 ans–30 villes–30 piastres pour les prochains mois. J’en donnerai 30 représentations dans 30 villes différentes.

Côté télé, dès le 5 septembre, Z diffusera En rodage, une émission que vous animez et dont vous avez aussi été l’initiateur avec la boîte de production Trinôme et filles, non?

Oui. J’y suis 10 humoristes, alors qu’ils sont en période de rodage de nouveaux numéros.

Puis dans le cadre de la nouvelle émission Dans les pas de..., à Historia, vous enquêtez, en quelque sorte, sur Mad Dog Vachon. Pourquoi lui?

Mad Dog? C’est associé à l’époque de mon père. Une époque qui me fascine. Quand mon père m’a eu, il avait 51 ans. Alors, j’ai grandi avec des personnes passablement plus âgées que moi. J’aime les pionniers. Et c’est fascinant de constater à quel point Mad Dog était aimé et populaire.

Dès le jeudi 5 septembre, à 19 h 30, suivez Réal dans En rodage, à Z. On le verra dans un épisode de la série documentaire Dans les pas de..., diffusée à Historia dès le vendredi 1er novembre, à 22 h. Pour connaître les dates de sa tournée, allez à realbeland.com . Pour s’informer sur le syndrome d’Asperger, Réal Béland suggère de consulter autisme-montreal.com .

Faits sur le syndrome d’Asperger

C’est en 1994 que l’appellation «syndrome d’Asperger» a fait son entrée dans la quatrième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-4). Elle n’est par contre plus utilisée depuis la publication du DSM-5 en 2013, ayant été incluse dans le trouble du spectre de l’autisme (TSA). (spectredelautisme.com )

En 2015-2016, on comptait 14 429 élèves autistes à la formation générale, soit 1 enfant sur 70. Entre 2005 et 2011, le nombre d’élèves autistes scolarisés dans le secteur public au Québec a doublé. (autisme.qc.ca )

En dépit des signes qui sont en général présents, on ne diagnostique pas ce syndrome avant l’âge de trois ans, alors que les particularités deviennent plus manifestes. Cela dit, il reste souvent non diagnostiqué jusqu’à ce que la personne commence à éprouver de grandes difficultés sur le plan scolaire, professionnel ou personnel. (spectredelautisme.com )

Les gens atteints ont de la difficulté avec la communication verbale et non verbale; ils ont du mal à décoder la signification des expressions faciales, les tons de voix et à créer des liens. Certains ont même des difficultés à supporter le bruit, les lumières fortes, etc. (spectredelautisme.com )

Si les femmes sont souvent non diagnostiquées, c’est que les critères sont depuis toujours basés sur les manifestations chez la gent masculine. Dans les faits, celles-ci se présentent différemment chez la femme. On aura tendance à dire qu’elles sont dépressives, phobiques ou bipolaires. (spectredelautisme.com )

À lire aussi

Et encore plus