Marie-Claude Barrette accompagne sa mère dans la maladie: «sa force m’impressionne» | 7 Jours
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Marie-Claude Barrette accompagne sa mère dans la maladie: «sa force m’impressionne»

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Photo Julien Faugère

Que ce soit à Deux filles le matin ou à Où es-tu?, Marie-Claude Barrette veut continuer d’apprendre et surtout de se rendre utile. C’est ce qui la stimule et lui donne l’énergie dont elle a besoin pour mener de front tous ses projets, prendre soin de ceux qu’elle aime, tout en ne s’oubliant pas à travers ce tourbillon...  

Marie-Claude Barrette

Photo Julien Faugère

Marie-Claude Barrette

Pour elle, les étés ont toujours été sacrés. Vacances, repos, voyages en famille sont essentiels pour faire le plein d’énergie et de moments précieux. Depuis deux ans, les choses ont changé; Marie-Claude Barrette consacre une partie de la belle saison à Où es-tu?. Cette série, qui a connu un grand succès, revient sur les ondes pour une deuxième saison. Au travers de ses rencontres et de ses recherches pour ces émissions, l’animatrice apprend. «C’est un peu comme si j’avais continué l’université!» note-t-elle. Par-dessus tout, elle est animée par ce besoin de faire avancer les choses, à sa manière bien à elle. Elle prend soin de ceux qu’elle aime, dont sa mère, atteinte d’un cancer, qui possède une force de caractère et une façon de voir la vie qui l’inspirent. «Tu mesures à quel point tu dois profiter de la vie, de ce qui se passe maintenant», constate-t-elle.   

Marie-Claude, à quoi a ressemblé ta période estivale?  

Mon été a été très occupé. Depuis que j’ai eu les enfants, je n’avais jamais travaillé l’été. Puis l’année dernière, ç’a été la seule période où j’étais disponible pour le projet Où es-tu?. C’était la même chose cette année, mais je ne travaille pas à temps plein, il s’agit plutôt de rencontres et d’entrevues ponctuelles. Reste que ce n’est pas comme ne rien avoir à son agenda, c’est un état de vigilance.  

En plus, Où es-tu? est prenante comme émission.  

Oui, il y a des réunions et beaucoup de lectures préalables. Quand j’arrive sur les lieux, je suis fin prête et je n’ai pas besoin de notes. J’ai assimilé la matière et je me sens comme si j’allais parler à des membres de ma famille. Je connais assez l’histoire des gens que je rencontre pour échanger avec eux sur leurs préoccupations. Même si c’est parfois très triste, j’adore préparer Où es-tu?. De plus, j’ai la chance de pouvoir compter sur une belle équipe.  

Arrives-tu à faire une coupure lorsque tu arrives le soir à la maison ou restes-tu imprégnée de tes sujets?  

Ça dépend... Souvent nous sommes à extérieur, et par chance, tous les membres de l’équipe dorment au même endroit. Nous pouvons décanter ensemble ce que nous venons de tourner. Et ce, plus particulièrement dans les cas où l’on fait face à l’injustice. J’éprouve parfois de la colère, de l’indignation face à certaines situations, face à des éléments qui auraient pu changer le cours de la disparition. L’émotion, je la vis avec les gens que je rencontre, les proches.   

Comme l’an dernier, vous tournez six émissions. Comment arrivez-vous à vous renouveler?  

C’est très important pour nous d’aborder des sujets différents. Cette saison, nous allons notamment présenter un cas de disparition à l’international. Nous allons voir les rouages d’Interpol et le fonctionnement de tous les autres intervenants. J’ai passé une journée avec la GRC à Ottawa, j’ai interviewé le chef d’Interpol, j’ai parlé avec une polygraphiste. Nous sommes vraiment très impliqués dans tout ce qui touche une disparition.  

As-tu l’impression d’apprendre beaucoup en ce moment?  

Mets-en que j’apprends! C’est tellement vaste, tout ce qui concerne une disparition. On touche à divers champs d’expertise. On a entre autres vu comment les résultats de tests d’ADN influencent le déroulement d’une enquête. À ce titre, le cas de Cédrika Provencher a complètement changé la façon d’enquêter. Je me suis aussi rendue là où la Sûreté du Québec avait déclenché l’alerte Amber. Je suis certaine que les téléspectateurs apprennent beaucoup de choses grâce à Où es-tu?.  

Est-ce ce qui te motive, de toujours vouloir en apprendre davantage?   

C’est vraiment de la curiosité! Mais il faut aussi que mes recherches soient utiles. Je suis comme ça dans toutes les sphères de ma vie. Si je décide d’aller dans un spa, c’est la plupart du temps pour remédier à la fatigue, et non par loisir. Je sais les bienfaits qu’aura sur moi ce moment de détente.    

C’est la même chose avec Deux filles le matin...  

Exact! C’est un peu comme si j’avais continué de fréquenter l’université! Je me souviens d’ailleurs à quel point j’ai eu l’impression d’en apprendre en lisant une préentrevue avec le pédiatre Jean-François Chicoine. Cette image-là m’est toujours restée. Deux filles le matin nous permet d’aborder une foule de sujets. C’est en quelque sorte être au cœur de la vie.   

Vous amorcez la 20e saison... De quelle façon allez-vous souligner cet anniversaire?  

Il y aura une émission spéciale pour Noël, et je me croise les doigts pour que le concept fonctionne. Ça sera un gros cadeau pour les téléspectateurs, mais pour nous aussi! L’an dernier, nous avons souligné la 2000e émission, cette fois, nous ferons quelque chose de différent.  

Et 20 ans, ça veut dire quoi pour toi?  

Ça veut dire que nous sommes toujours restés au goût du jour, que nous avons été capables — je dis nous, et je parle de toutes les équipes, de toutes les animatrices qui ont été à la barre de l’émission — de rester près des priorités des gens. C’était important. Nous avons toujours réussi à réinventer notre émission. À Deux filles le matin, il n’y a pas de distance, parce que les invités qui sont autour de la table vivent de près les sujets abordés.   

Avec tes émissions, tu as choisi de faire œuvre utile, de rendre service, de faire en sorte que les discussions aient un impact positif dans la vie des gens...  

Oui, tout à fait. Et ça n’a pas besoin d’être dans la peine ou les difficultés, ça peut aussi être dans le plaisir. Se gâter, se déculpabiliser, ça aussi, ça fait partie de la vie et de la manière d’en profiter. De réaliser qu’on est vivant et qu’il ne faut pas attendre qu’il soit trop tard. C’est beaucoup ça, Deux filles, et depuis que je suis jeune, je suis comme ça. La vie est trop précieuse pour ne pas donner de sens à ce que l’on fait.  

À travers tout ça, tu restes une fille qui aime avoir du plaisir. C’est important pour toi, le bonheur...  

C’est ce qui assure mon équilibre. Je dis souvent à la blague que je suis une paresseuse fonctionnelle. Je travaille très fort, mais je dois toujours me récompenser en fin de compte. Je ne suis vraiment pas une workaholic, je ne comprends pas ceux qui ne prennent pas de vacances. Pour moi, c’est sacré les vacances, parce que c’est l’occasion de passer du temps avec ceux qu’on aime. De prendre du temps pour soi, de faire juste ce qui nous fait envie, de lire un livre par goût, d’aller au cinéma ou encore de ne rien planifier. J’ai été élevée dans une famille où l’on prenait des vacances, et c’est toujours resté important pour moi. De toute façon, sinon, c’est mon corps qui me le demande.   

Et tu as pris des vacances toute seule au printemps...  

Trois semaines! J’étais la seule en congé à ce moment-là. J’ai donc décidé de voyager seule. Je le faisais avant d’avoir des enfants. L’an dernier, notre plus vieille, Angela, est partie seule deux semaines aux îles Canaries, et j’ai trouvé ça extraordinaire. Et mes enfants sont rendus grands; il n’y avait personne qui allait souffrir de mon absence. Alors, j’ai décidé de renouer avec cette formule. Ça m’a vraiment fait du bien.  

Qu’as-tu le plus apprécié?  

Être seul, ça veut dire vivre juste à son rythme, et c’est rare dans la vie qu’on peut penser juste à soi. J’ai une grande capacité d’adaptation aux autres, mais aussi à être seule, alors je m’adaptais à moi-même! (rires) J’ai rencontré des gens que je ne connaissais pas, je me suis fait des amis québécois, martiniquais. J’ai même fêté avec eux ma nomination au gala Artis, c’était spécial! Et j’ai adoré ça, être à mon rythme. Si on peut se le permettre, ce serait une prescription: se retrouver seul, un instant dans la vie. J’ai eu 50 ans et j’ai fait le point avec moi-même durant ce voyage-là. Je ne sais pas si je repartirais aussi longtemps — c’est long quand même trois semaines —, mais des petits trucs seule, je veux en refaire.  

En général, Mario, les enfants et toi partez en voyage l’été. As-tu pu poursuivre cette tradition malgré le travail?  

Avec son conjoint, Mario Dumont.

Photo Dominic Gouin

Avec son conjoint, Mario Dumont.

Ce n’était pas dans les plans de partir cet été. Durant les vacances de Mario, les trois enfants et moi travaillions. Finalement, ma fille Angela a lancé l’idée que nous partions tous en famille. Nous avons réussi à coordonner nos horaires grâce à l’un de mes tournages qui a été décalé. Je me trouvais libre en même temps que tout le monde, alors, nous sommes partis deux semaines en Algarve, au Portugal, et dans le sud de l’Espagne, à Séville et à Malaga. Ç’a été une belle surprise dans mon été. Ça faisait longtemps qu’on ne s’était pas retrouvés tous ensemble. J’aime voir mes enfants interagir. Je trouve ça beau de les voir participer au choix de ce que l’on va visiter, de sortir le soir dans les bars, tous les trois ensemble. Comme parent, c’est un bonheur de voir que ses enfants s’entendent.   

On sait que ta mère est malade. Est-ce que ça t’inquiétait de la laisser?  

Marie-Claude Barrette et sa mère.

Photo Laurence Laba

Marie-Claude Barrette et sa mère.

C’est justement pour ça que nous n’avions pas planifié de vacances. Avec le cancer de ma mère, on ne sait jamais ce qui peut arriver d’une journée à l’autre. Mais elle était bien lorsque nous sommes partis. Nous avons réservé les billets quelques jours avant le départ, et j’ai avisé la famille qu’au moindre mal de ma mère, je resterais. C’était non négociable. Aussi, ce n’était pas compliqué, à partir de notre destination, de prendre un vol direct vers Montréal en cas d’urgence. Finalement, ma mère a arrêté sa chimiothérapie durant tout l’été. Elle vient de recommencer, parce qu’elle s’est reposée. Elle est encore assez forte pour avoir des traitements de chimio, mais je te dirais que c’est semaine après semaine que nous vivons cette maladie-là. Je la trouve vraiment solide. Ma mère a toujours été une femme très forte de caractère. Ça ne change pas. Là, elle a appelé son cancer Antoine, et je te dirais qu’elle lui fait la vie dure, à Antoine!  

Comment tes enfants vivent-ils cette situation?  

Doris, ma mère, parle ouvertement de sa maladie. Au début, c’était un peu déstabilisant, je t’avoue. Elle parlait de la mort sans tabou. Les médecins lui donnaient entre trois et six mois à vivre. Pour elle, c’était un choc, il fallait qu’elle en parle. Mais là, elle a dépassé les pronostics, elle est rendue à 10 mois, et maintenant nous vivons ça au jour le jour. Je ne vis plus en fonction de délais. Je prends chaque instant. Il n’y a pas de zones grises avec ma mère, il y a du noir ou du blanc, et elle en parle ouvertement. Au-delà du choc pour les enfants, ça fait réfléchir. Tu mesures à quel point tu dois profiter de la vie, de ce qui se passe maintenant.  

Ça semble inné chez toi de profiter de la vie au maximum...  

Oui, il faut continuer de rire, de s’amuser malgré la maladie. Il y a deux semaines, j’ai dit à ma mère: «Je te donne ma journée. Qu’est-ce que tu veux faire?» Nous sommes allées chercher une nouvelle perruque, puis elle m’a lancé qu’elle aimerait aller au casino. Alors nous y sommes allées, nous nous sommes amusées et nous avons gagné de l’argent! Nous avons ri, en nous disant qu’elle venait de gagner sa perruque! C’était une belle journée. On les prend tous, ces moments-là...   

En terminant, Marie-Claude, que peut-on te souhaiter pour cette nouvelle saison?  

La santé, c’est sûr. Il faut réaliser à quel point cet aspect-là de la vie est précieux. Je me souhaite aussi l’émerveillement. J’ai encore cette faculté de m’émerveiller devant plein de choses. Enfin, je veux être entourée de gens positifs. C’est important d’être bien entouré dans la vie. Ça fait longtemps que je n’ai plus autour de moi des personnes qui me tirent vers le bas. Ça fait toute la différence d’être avec des personnes qui nous aiment pour ce qu’on est. Des gens qui n’essaient pas de nous changer. Oui, ça va bien, et je veux que ça se poursuive.  

Des rencontres marquantes  

Marie-Claude Barrette et Janette Bertrand.

Photo courtoisie

Marie-Claude Barrette et Janette Bertrand.

«Cette photo a beaucoup de sens pour moi. Cette femme, je l’aime depuis que je suis adolescente. De l’avoir à mes côtés à Deux filles le matin, c’est de l’ordre du rêve», a-t-elle écrit à propos de Janette Bertrand, en 2017.  

Marie-Claude Barrette et Johanne Fontaine.

Photo courtoisie

Marie-Claude Barrette et Johanne Fontaine.

«Même si elle nous avait annoncé qu’elle était en fin de vie, la nouvelle du décès de Johanne Fontaine me happe de plein fouet. [...] Je garderai en mémoire cet après-midi que j’ai passé avec elle en août dernier. Malgré la douleur qu’elle ressentait, elle a accepté de se confier sans détour avec la franchise qu’on lui connaît», a-t-elle écrit sur sa page Facebook, en octobre 2018, en réaction au décès de la comédienne.  

Marie-Claude Barrette et Yama Laurent.

Photo Julien Faugère

Marie-Claude Barrette et Yama Laurent.

C’est une rencontre émouvante qu’elle a vécue avec la gagnante de La Voix 6, Yama Laurent.  

Marie-Claude Barrette et Anick Lemay.

Photo Marï Photographe

Marie-Claude Barrette et Anick Lemay.

En mars dernier, elle a pu s’entretenir avec Anick Lemay; son courage face au cancer a impressionné l’animatrice.   

Retrouvez Marie-Claude à la barre de Deux filles le matin, du lundi au mercredi, à 10 h, dès le 9 septembre, à TVA.   

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