Le métier de doubleur : tous les dessous | 7 Jours
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Le métier de doubleur : tous les dessous

Nathalie Coupal
Photo Collaboration spéciale, M. Chauvin

Nathalie Coupal

Vous voyez leur visage à l’écran, mais souvent leur talent ne fait pas que se voir: il s’entend aussi! ce sont les spécialistes du doublage. Regard sur un métier méconnu où des acteurs prêtent leur voix à des personnages... connus.   

«Si je dois pleurer, je pèse sur le piton» -Nathalie Coupal      

À peine Nathalie Coupal a-t-elle prononcé quelques mots que sa voix éveille en nous le souvenir de personnages marquants interprétés par des célébrités comme Uma Thurman, Cate Blanchett ou Tilda Swinton. En effet, cette actrice prolifique fait aussi du doublage depuis de nombreuses années. Elle connaît tous les rouages du métier. «Au départ, notre voix doit correspondre aux personnages doublés. Par exemple, je ne parle pas extrêmement rapidement, je suis “zéro Louis-José Houde”. Si on m’attribue une actrice avec un débit rapide, c’est plus laborieux. Un personnage est intéressant à faire quand notre instrument correspond à l’actrice qu’on va doubler. C’est bien aussi quand le personnage nous amène ailleurs: qu’il soit complètement fou ou différent de ce qu’on est. J’ai beaucoup doublé Lisa Kudrow, la blonde dans la sitcom américaine Friends. Elle est parfois un peu nounoune. Quand je passe deux heures à la doubler, je sors de là ravigotée; c’est vraiment le fun!»    

Parmi son impressionnante feuille de route, Nathalie a doublé la reine Élisabeth Ire, son expérience préférée. «Dans le film Elizabeth: L’âge d’or (Elizabeth: The Golden Age), j’ai adoré prêter ma voix au personnage interprété par Cate Blanchett. Après avoir doublé cette vedette plusieurs fois, j’avais le sentiment d’avoir enfin capté le type d’artiste qu’elle est. C’est une si grande actrice que chaque scène me faisait grandir. Sans parler de toute son énergie et de son assurance, choses que je n’ai pas naturellement dans la vie. Durant cette période, je partais pour l’Espagne et il a fallu faire toutes mes scènes rapidement. C’était très intense, touchant et bouleversant! J’aime toujours doubler Cate Blanchett. Un autre de mes gros hits est Tuer Bill (Kill Bill), avec Uma Thurman.»     

Cate Blanchett dans Elizabeth: L’âge d’or.

Photo courtoisie

Cate Blanchett dans Elizabeth: L’âge d’or.

 Une perte douloureuse   

Avoir doublé un personnage durant des années ne signifie cependant pas qu’on l’incarnera à tout jamais. «J’incarnais la petite bergère (Bo) dans Histoire de jouets 1 et 2 (Toy Story). Puis on a annoncé la sortie d’un quatrième film, où la bergère est plus présente parce qu’elle est devenue une sorte de guerrière. Ils ont fait des auditions. J’avais tellement peur de perdre mon personnage que je n’étais pas à l’aise. Ce qui devait arriver arriva: ils ont choisi une autre voix. J’en ai tellement entendu parler, de ce lancement-là! C’était un film très populaire. Je vous jure que la plaie est encore ouverte. Ça me déchirait le ventre, mais dans mon cœur je suis encore la petite bergère! (rires)»    

Pour cette professionnelle, il reste toujours des défis à relever. «Il n’y a aucun souci lorsque je joue un drame: si je dois pleurer, je pèse sur le piton. Avec la comédie, c’est beaucoup plus compliqué: il suffit que mon rythme soit légèrement fautif pour que je doive recommencer. Ça prend du punch et de la finesse. Par exemple, lorsque je double Lisa Kudrow, il y a beaucoup d’humour. Il suffit de décaler un peu pour que ça rentre moins bien au poste. La comédie est beaucoup plus difficile que les autres genres.»    

Doubler une idole  

Avec ce métier, les artistes peuvent réaliser de vieux rêves. «J’ai déjà doublé l’actrice française Isabelle Huppert. Elle était mon idole de jeunesse. Elle jouait dans le film Greta, tourné en anglais aux États-Unis. Pour différentes raisons, elle ne pouvait pas se doubler elle-même en français. Après l’enregistrement, je la regardais parler français avec ma voix; c’était tellement bizarre... mais ça fonctionnait! J’ai aussi doublé Monica Bellucci, bien qu’on ne se ressemble pas beaucoup! (rires)»  

Nathalie Coupal reprend son rôle dans Une autre histoire, de retour sur les ondes de Radio-Canada le 9 septembre à 20 h. «J’apprends mes textes pour mon rôle de Sophie: je suis toujours très surprise lorsque je les reçois. Mon personnage en a dedans: on l’appelle “la mante religieuse” parce qu’elle fait des ravages assez particuliers. J’aime beaucoup ce personnage, c’est mon projet principal. Sinon, je suis encore dans L’heure bleue (de retour à TVA le 10 septembre à 20 h). Je fais également de la direction en doublage pour un documentaire, et j’adore ça.»    

«Je n’ai pu refuser de doubler Harrison Ford» -Normand D’Amour    

Normand D'Amour.

Photo TVA Publications, Eric Myre

Normand D'Amour.

Normand D’Amour fait partie de notre paysage télévisuel depuis de nombreuses années, mais il exerce aussi le métier de doubleur: on peut entendre sa voix dans plusieurs films d’animation et longs métrages. Tout récemment, il prêtait sa voix au berger allemand Coq, un des personnages principaux du film Comme des bêtes 2 (The Secret Life of Pets), à l’affiche depuis le 7 juin. «Le personnage que j’incarne est le boss d’une ferme. Ce berger allemand accueille deux chiens de la ville et doit les éduquer. C’est un chien assez autoritaire, mais au grand cœur. Il va ainsi prendre sous son aile un petit chien inquiet et peureux. Ce chien-là va finalement sauver la situation, parce qu’il est passé sous la tutelle du grand berger allemand: comme je fais dans la vie avec tous ceux que je rencontre! (rires) Il me ressemble beaucoup!» explique Normand.   

Dans la version originale du film d’animation, c’est Harrison Ford qui interprète Coq. «Je suis très content de faire la voix de cet acteur pour la première fois, souligne Normand. Lorsqu’on m’a appelé pour me proposer de doubler Harrison Ford, je n’ai pas pu refuser! J’ai aussi incarné Forest Whitaker dans Rogue One: A Star Wars Story et dans Black Panther. Depuis, j’ai commencé à faire beaucoup plus de doublage.» Toutefois, le rythme des doublages a diminué depuis qu’il a repris les tournages de Ruptures.   

Coq, le berger allemand.

Photo Courtoisie

Coq, le berger allemand.

Les qualités essentielles  

Quiconque exerce le métier de doubleur doit donner vie aux personnages sans dénaturer l’histoire et la vision du réalisateur. Normand n’est pas novice dans ce domaine. «J’ai eu un déclic lors de mon premier rôle important en doublage pour Le livre de la jungle. J’y incarnais le roi Louie. J’ai alors compris les qualités essentielles de ce métier: être disponible pour écouter le directeur de doublage, avoir une bonne technique et une bonne base en tant qu’acteur. Il faut connaître les codes de doublage et s’en tirer du mieux qu’on peut!»    

Normand a un été bien rempli. En plus de Ruptures, en ondes dès le 9 septembre à 21 h, à Radio-Canada, il participe à plusieurs projets. «Je tourne dans le film La déesse des mouches à feu avec Anaïs Barbeau-Lavalette, et dans Le 422, une série jeunesse présentée cet automne à Télé-Québec. Je serai aussi en tournée avec la pièce Tanguy à l’automne.»    

«Il faut persévérer» -Fayolle Jean Jr   

Fayolle Jean Jr

Photo TVA Publications, Marco Weber

Fayolle Jean Jr

Fayolle Jean Jr possède une voix grave, suave, dramatique. On pourrait même la qualifier de sexy dans le métier. On peut le reconnaître dans les publicités de Super Écran. Plus récemment, il a prêté sa voix à deux grandes productions américaines. «J’ai interprété une hyène dans Le roi lion (The Lion King) et Ducky le canard dans Histoire de jouets 4 (Toy Story 4). C’était très le fun, en particulier mon personnage dans Histoire de jouets 4; je fais rarement des dessins animés et ça me sortait de ma zone de confort. Avec ce type de doublage, on peut se permettre de jouer davantage, de se laisser aller. Je travaillais également avec une grosse pointure du métier, Hugolin Chevrette. Il faisait le lapin, mon acolyte, et on a eu la chance d’être ensemble au micro. Ç’a été une très belle expérience.»   

Ce n’est pas du cinéma   

Selon Fayolle, la formation est essentielle pour réussir dans ce métier. «Il faut persévérer: c’est toute une technique, un autre monde, ce n’est pas du cinéma. Il y a de très bons acteurs qui sont de mauvais doubleurs, et vice-versa. Le plus difficile est d’entrer rapidement dans la peau du personnage.» Pour devenir un professionnel du doublage, Fayolle a travaillé dur. Il s’est formé en France et au Québec. «J’ai suivi des cours de voix, de diction. Je fais beaucoup d’observation en studio pour rencontrer les directeurs de plateau et voir le processus. On rentre ainsi dans la “boucle”. S’ils ont du temps, ils nous permettent de faire un essai. S’ils ont un projet qui correspond à notre profil, ils nous rappellent.»   

Ducky, le canard

Photo Courtoisie

Ducky, le canard

Fayolle a plusieurs fois prêté sa voix à Trevante Rhodes (Moonlight) et à 50 Cent. Il retient de ce métier des moments cocasses: «Il y a des films tellement secrets qu’on doit laisser nos cellulaires à l’extérieur de la salle de doublage. Ou encore, on ne voit que la bouche du personnage; tout est caché lors de la projection, parce que c’est ultra-confidentiel.»    

Par ailleurs, Fayolle est en tournage sur la Rive-Sud pour la série L’effet secondaire, prévue à Radio-Canada dès janvier 2020, et finira de tourner dans la deuxième saison de la série jeunesse Les Sapiens en septembre.   

«J’avais 32 ans quand j’ai commencé dans Les Simpson» -Bernard Fortin   

Bernard Fortin

Photo TVA Publications, Bruno Petrozza

Bernard Fortin

Bernard Fortin a une voix familière à l’écran: on l’entend depuis 30 ans sous les traits du chef Wiggum, le policier maladroit des Simpson (The Simpsons). «Il y a deux qualités essentielles pour exercer le doublage: faire une très bonne première lecture et jouer juste rapidement. Nous devons lire une bande rythmo avec du texte qui se déplace de droite à gauche assez rapidement, tout en regardant ce que l’acteur donne comme émotion ou comme énergie. Et il faut rendre tout ça en le lisant! On regarde une petite boucle de 30 à 45 secondes, et après on se lance... On doit donc travailler rapidement. Les gens pensent souvent, à tort, qu’on travaille des mois sur une production, mais le doublage, ça va vite.» Bernard insiste sur cette difficulté. «À mon humble avis, pour tous les jeunes acteurs qui aimeraient faire du doublage, la première grande difficulté, c’est de suivre le tempo.»   

Bernard Fortin a doublé plus d’une trentaine de personnages, mais deux l’ont particulièrement marqué. «J’ai aimé faire Anatole Bonbon, un alligator du bayou dans la série Cocotte Minute. Il était charmant, en avance sur son temps. Il y a aussi le chef de police Wiggum dans Les Simpson. Je le trouve complètement farfelu, drôle, et c’est une image des imbéciles de notre société. Les Simpson sont diffusés depuis 30 ans; c’est rare! J’avais 32 ans quand j’ai commencé, j’étais père de deux enfants; j’en ai maintenant trois et je suis grand-père!»    

Le chef de police Wiggum.

Photo Courtoisie

Le chef de police Wiggum.

Il a aimé doubler Tom Hanks   

Pendant des années, Bernard Fortin a aussi prêté sa voix aux personnages des acteurs Woody Harrelson et Tom Hanks. Mais, il y a cinq ans, la voix de Tom Hanks a été confiée à un autre acteur. «On double des comédiens pendant 20 ou 30 ans et, un beau jour, hop, c’est terminé! Ces décisions nous échappent. Pour moi, doubler Tom Hanks, c’était la Ligue nationale: c’est un grand acteur et il était complexe à faire. Chaque fois, il interprétait quelque chose de différent. Pour un doubleur, c’est un beau défi.»    

Sur le plan de la préparation, il y en a très peu, explique l’acteur. «Lorsqu’on a le premier rôle, on peut avoir l’occasion de visionner le film avant tout le monde. Il s’agira d’une copie du film de mauvaise qualité, puisque le montage n’est pas terminé, mais le dialogue est adéquat. Si on regarde le film au préalable, on a un très bon aperçu de la chronologie du personnage. Mais, normalement, lorsqu’on fait deux ou trois heures de doublage sur un film ou une série, on nous explique sur place l’histoire et notre rôle. On travaille également souvent dans le désordre: on peut débuter par la fin, par exemple. C’est particulier, le doublage.»   

Des rencontres mémorables  

Bernard Fortin dit avoir fait des rencontres mémorables. «J’ai rencontré des grands du doublage: Jean-Louis Millette — un grand acteur —, Luc Durand... des gens que je respecte. De grands directeurs de plateau aussi, du monde important dans ma vie, comme Marc Bellier, qui m’a appris plein d’affaires.»    

On verra l’acteur cet automne dans L’heure bleue, où il campe Alain Aubert, et dans la pièce Laurel et Hardy. Bernard a également mis en scène la pièce Un souper d’adieu. «J’aime beaucoup travailler derrière la caméra ou sur le devant de la scène.» Et pour ce qui est du doublage, notre homme a toujours un projet en cours! «En général, Les Simpson reviennent au début de l’automne, alors ça approche. Je ne fais pas juste du doublage, je fais aussi de la traduction simultanée. Je travaille sur une série australienne qui s’appelle Le bloc. En doublage, c’est un projet à la fois, on ne sait jamais d’avance, mais tous les mois il y a des sorties de doublages.»   

Le saviez-vous?  

Catherine Brunet est reconnue pour plusieurs rôles tant au théâtre qu’au cinéma et à la télévision, mais elle est également une experte en doublage. Elle a interprété nulle autre que l’actrice oscarisée Jennifer Lawrence dans plusieurs de ses superproductions, entre autres dans la tétralogie Hunger Games. Catherine a également prêté sa voix à Margot Robbie (Il était une fois... à Hollywood et Moi, Tonya). Elle a également doublé Emma Stone, Emily Browning et Olivia Cooke.   

La comédienne Catherine Brunet

Photo TVA Publications, Eric Carrière

La comédienne Catherine Brunet

Ludivine Reding a commencé très jeune dans le paysage culturel québécois en faisant du doublage au cinéma. Elle a notamment prêté sa voix à Chloë Grace Moretz.   

Ludivine Reding

Photo Échos Vedettes, Valérie Blum

Ludivine Reding

Le réalisateur Xavier Dolan pratique également le doublage depuis son tout jeune âge: il a doublé une centaine d’acteurs, dont Taylor Lautner, Nicholas Hoult et Josh Hutcherson, le complice de Jennifer Lawrence dans les films Hunger Games.  

Le grand acteur Guy Nadon ne laisse pas sa place en doublant des acteurs très réputés, entre autres Morgan Freeman, Dustin Hoffman et John Lithgow.  

Dans La reine des neiges (Frozen), film très populaire auprès des tout-petits, Véronique Claveau prête sa voix à la princesse Anna (Kristen Bell dans la version originale), la sœur d’Elsa. Entendrons-nous sa voix dans la suite, La reine des neiges 2, qui devrait sortir en salle le 22 novembre?   

  

  

  

  

  

  

  

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